jeudi 25 janvier 2007

18°Fanfiction: Myles Leland II° du nom.

Alexandra avait poursuivit ses recherches et abouti. Elle venait de mettre la dernière main à son récit. Elle voulait le donner à Myles avant son départ pour Vienne. Elle revint à la première ligne et relut.

Myles Leyland II° du nom.

"Lucius Leyland grandit sagement avec sa maman à Boston. Enfant sage et studieux, il reçut la meilleure éducation possible. Il était l'héritier rêvé pour s'occuper de la banque familiale et pour parachever son éducation, il fréquenta l'école de droit de la prestigieuse université de Harvard. Que demander de mieux? Il en sortit avec les honneurs et épousa Margaret, une timide jeune personne, à la fortune bien assise, que sa mère lui avait présentée. Elle lui donna en 1890, le 2 mai, exactement, un fils qu'ils baptisèrent Myles en souvenir du glorieux colonel du même nom.
Ce mariage de convenance qui ne surprit personne, car c'était chose courante à l'époque, vit naître encore deux filles. Au bout de six ans, Lucius se détacha de son épouse, qui était plus mère qu'épouse, et fréquenta assidûment les danseuses et les comédiennes. Il apparaissait de temps en temps pour embrasser les enfants et commença sérieusement à s'inquiéter le jour où la plus jeune de ses filles, Rebecca, lui dit, un soir qu'il venait prendre des nouvelles de ses rejetons:
- Bonsoir, monsieur, mon papa n'est pas là.
Il reçut comme un choc et réintégra sur-le-champ le domicile familial. Le jeune Myles, qui ne cessait de monter et démonter tout ce qui lui passait sous la main et de mélanger toutes sortes de produits tous plus étranges les uns que les autres, fut envoyé au M.I.T., l'Institut de Technologie du Massachusetts. Dans sa tête, il avait décidé de voler. Les essais des frères Wright l'avaient fascinés, il avait lu les travaux de Clément Ader. Il partit pour la France où il se retrouva bloqué en 1914. Que faire? Il offrit ses services et ses compétences à l'armée et peu à peu, il se fit accepter. Le jour où il rencontra Georges Guynemer et qu'il l'intégra à la prestigieuse Escadrille des Cigognes fut un jour béni. Il combattait vaillamment et réparait les dégâts de son avion avec trois fois rien.
Un jour, au mess des officiers, sur le terrain, il rencontra une jeune femme, une journaliste, qui était pilote, elle aussi. Elle s'appelait Hélène et vivait à Paris. Ils sympathisèrent très vite. Mais la jeune femme fut envoyée sur la Marne où de journaliste, elle devint infirmière. Myles, lui, rejoignit les troupes américaines engagées dans le conflit. Hélène le hantait, il la rechercha à la fin de cette guerre meurtrière, en vain. Il contacta toutes les instances possibles et imaginables: rien. La seule chose qu'on put lui dire fut qu'elle avait traversé la Manche, en direction de l'Angleterre. Il revint alors au pays, triste et déçu, avec un nouveau passeport au nom de Myles Leland. L'orthographe actuelle du nom était entrée dans la famille.
Un beau jour de 1919, en ouvrant son quotidien, son regard se figea à la lecture de la signature d'un article sur Georges Guynemer abattu un 11 septembre (date fatidique!). Hélène de Neuville! Son sang ne fit qu'un tour, il téléphona au journal. On lui annonça que la jeune femme était à Washington. Il obtint son numéro de téléphone, l'appela et la demanda en mariage. Et deux ans plus tard, naissait John, qui allait engendrer Philip, qui allait lui-même donner naissance à un certain Myles Leland III° du nom, agent spécial du FBI."
Myles avait donc des origines françaises et même du sang bleu! Ceci expliquait cela! Elle imprima ses feuillets et les rangea dans une chemise qu'elle mit hors de portée de Sandy qui s'accrochait à tout ce qu'il pouvait pour essayer de marcher. Et lui, que fera-t-il quand il sera grand? Elle lui accordait beaucoup de possibilités, mais agent du FBI, surtout pas! Et le futur bébé? Elle sourit en y pensant, car elle ne savait pas et ne voulait pas connaître le sexe de l'enfant. Elle ferma les yeux et revit Myles devant elle, la première fois où ils s'étaient rencontrés. Ils avaient fréquenté les mêmes écoles, avaient eu la même formation mais jamais ensemble. Comme ses ancêtres, il avait fallu que Myles passe à deux doigts de la mort pour se déclarer. Ces Leland! Heureusement qu'Andrew n'était pas comme cela!

17° Fanfiction: Lettre à Alexandra.

Myles est en Autriche, à Vienne où il prend contact avec le service qu'il dirigera d'ici peu. Les événements des dernières semaines l'ont convaincu d'accepter cette promotion avec l'assentiment de sa femme. Ce soir-là, il s'est installé dans un coin des salons feutrés de l'hôtel Sacher où ils avaient passé leur lune de miel. Derrière un claustra, à l'abri des regards, un couple se regarde amoureusement et se murmure des mots tendres. Il ne lui en faut pas davantage pour se souvenir que quelques temps plus tôt, Alexandra et lui s'abritait de la même façon des regards indiscrets.


Vienne, hôtel Sacher, ce mardi.

Mon cher cœur,


Comment allez-vous, Sandy, toi et le futur bébé? Je ne sais pas comment l'appeler puisque nous ne voulons pas savoir si nous aurons une fille ou un garçon. Tu sais déjà, qu'une petite fille ferait mon bonheur, mon troisième bonheur. Eh oui! Je me considère comme un chanceux depuis que je t'ai rencontrée. Tu es ce qu'il m'est arrivé de meilleur dans la vie et je ne te remercierai jamais assez me donner tout cet amour.
Chaque pas que je fais dans cette ville merveilleuse me ramène à toi. Mes futurs collègues ont voulu me la faire visiter. Je les ai épatés car je savais des choses sur la cathédrale Saint Stéphane que tu m'avais apprises et qu'ils ignoraient. Alors, quand ils ont commencé à parler théâtre, ils ont évidemment choisi Nestroy, pensant me dérouter. Quand je leur ai dit que nous avions vu une de ses pièces au Burgtheater, je peux t'assurer qu'ils ont fait des têtes! Bien entendu, ils ont fini par me demander d'où me venaient toutes ces connaissances, moi simple agent fédéral et c'est avec une fierté évidente que je leur ai dit : " Ma femme a vécu ici, dans son enfance et connaît très bien Vienne et l'Autriche." Ils ont hâte de faire ta connaissance.
On m'a remis les clés de notre appartement. Je crois que tu vas adorer. Je t'enverrai une vidéo. Nous avons carte blanche pour choisir la décoration et l'ameublement. Je sens que tu vas t'en donner à cœur joie. Il est situé dans le vieux Vienne. Le seul mot qui le qualifierait pour moi est "somptueux". Quand je pense que le bébé naîtra ici! Tout est à échelle humaine et je crois que la vie sera plus facile pour nous. Sandy ne jouera peut-être pas au base-ball ni au football, mais il aura une meilleure qualité de vie.
Tu sais, il n'y a pas trois jours que je suis là et tu me manques. J'essaie de t'imaginer à la maison, en ce moment. Sandy doit dormir, Félicia est déjà repartie et toi, que fais-tu? Sans doute prépares-tu la plaidoirie que Pavone t'a confiée pour défendre ce pickpocket. Je t'imagine penchée sur tes notes, à chercher le mot qui frappe. Tu as rassemblé tes cheveux en un chignon tenu par une grosse pince et tu portes ton vieux jean et une de mes chemises. Ne nie pas, je te vois d'ici!
Si j'étais à la maison, je passerai sans bruit derrière toi, je dénouerai ton chignon. Toi, tu pencherais la tête en arrière et je t'embrasserais et… il vaut mieux que j'arrête de rêver. Mais dans neuf jours maintenant, je serai de retour .Ce sera long et tu sais que je ne suis pas très patient. Je vais faire en sorte d'être occupé le plus possible et le temps passera plus vite.
Sandy fait-il des progrès? A-t-il appris de nouveaux mots? Tu sais, avant d'avoir un enfant à moi, à nous, je ne m'imaginais pas qu'il était aussi passionnant de les voir grandir, ces chères petites têtes blondes. Embrasse-le très fort pour moi et dis-lui que son papa l'aime beaucoup.
Toi, tu sais que je t'aime, mais moi, je ne sais pas comment te le prouver encore mieux. Tout ce que je sais, c'est que si tu t'étais arrêtée aux apparences, je serais sans doute encore en train de papillonner et je n'aurais pas le bonheur d'avoir fondé une famille. Comment ai-je pu passer sans te voir dans les couloirs de Quantico ou de Pennsylvania avenue avant que Jack nous présente l'un à l'autre? Je ne comprendrai jamais.
Prends bien soin de toi et de tout notre petit monde. Je t'aime plus que tout au monde et t'envoie des baisers parfumés à la "Sachertorte". C'est vraiment délicieux, mais pas autant que toi.

Avec tout mon amour,
Myles

16° Fanfiction: Eclaboussures.

Dans la rue près de chez Jack. Jack et Sue marchent en promenant Lévi. Une voiture passe un peu vite dans une flaque d'eau et éclabousse la jeune femme.
Jack, furieux: Chauffard! Tu peux pas faire attention! J'ai même pas eu le temps de relever le numéro!
Sue qui commence à grelotter: Regarde, je suis trempée, mon pantalon est plein de boue! Oh! Jack, j'ai froid!
Jack la serre contre lui: Viens, on va aller chez moi et tu vas te sécher. C'est la seule solution.
Ils marchent vite jusqu'à l'appartement de Jack à deux pas. Jack ouvre la porte, fait entrer Sue et Lévi.
Jack aide Sue à enlever sa veste: Tu devrais aller prendre une douche bien chaude et moi, j'appelle Lucy pour qu'elle t'apporte des vêtements secs.
Sue, grelottante: D'accord, merci Jack, je sais pas ce que j'aurais fait sans toi.
Jack, embarrassé: De rien, c'est normal entre amis. Va vite, on discutera après!
Sue va dans la salle de bains et Jack dans la cuisine où il prépare du thé et des cookies. Lévi attend devant la porte de la salle de bains que sa maîtresse sorte. Il aurait pourtant bien envie d'aller chiper un petit gâteau.
Quand Sue revient, elle est emmitouflée dans un peignoir moelleux. Jack a posé le thé et les cookies sur la table devant le canapé.
Jack, en signant: Ca va mieux?
Sue, répondant de la même façon: Un peu, mais j'ai encore des frissons dans le dos.
Jack, lui tendant sa tasse: Bois, c'est très chaud, ça te réchauffera complètement.
Elle avale doucement son thé en regardant Jack par-dessus son mug. Il lui sourit gentiment et lui donne un cookie. Elle le grignote.
Sue: Merci, ça va mieux. Tu as appelé Lucy?
Jack: Oui, elle va arriver.
Il ne peut s'empêcher de la regarder; elle serait jolie même vêtue d'un sac poubelle! Elle frissonne. Il s'approche d'elle et lui frotte le dos, énergiquement d'abord, puis sa main se fait plus douce. Il sent que Sue se détend, elle pose la tête sur son épaule. Il lui soulève le menton et effleure ses lèvres de son doigt. Elle le regarde, troublée et leurs visages se rapprochent doucement. Quand leurs bouches se rencontrent enfin, un brasier ardent se déclanche en eux. Jack glisse sa main dans l'échancrure du peignoir. Dring!dring!dring! La sonnette de la porte d'entrée retentit avec insistance. Jack se lève d'un bond, écarlate.
Jack, bafouillant: Désolé, j'aurais pas dû!
Sue: Non, c'est moi!
Jack: Non, c'est. Hm, je vais ouvrir.
Sue, se rajustant: C'est ça, va ouvrir.
Jack va ouvrir la porte, Lucy entre avec les vêtements de Sue dans un sac.
Lucy, voyant Jack et Sue embarrassés: Oups! J'arrive au mauvais moment!
Sue : Non, je t'attendais pour rentrer.
Elle va se changer. Lucy et Jack restent silencieux. Elle revient.
Sue, en signant: A demain alors et merci!
Jack de même: A demain!

15° Fanfiction: La spirale.

Dem arriva en courant dans le bureau. Il regarda partout autour de lui comme s'il cherchait quelqu'un:
- Est-ce que Myles est déjà là? Demanda-t-il.
- Pas encore, répondit Sue.
- A voir ta tête, on dirait qu'il va y avoir du grabuge, remarqua Jack.
- Terry MacCall, alias Tom Campbell, l'ex d'Alexandra vient d'être relâché pour bonne conduite.
La consternation se lisait sur les visages.
- C'est une mauvaise blague? Interrogea Bobby.
- Non, affirma Tara qui achevait de pianoter des données sur son ordinateur. Il a été libéré de la prison d'état, il y a six jours. Il est suivi par Alvaro Rodriguez, son agent de probation et travaille dans une station service sur l'autoroute 395 au niveau de Kingstreet. Il habite dans un petit motel, pas très loin, le Kingsmotel.
- Myles va nous péter les plombs quand il va savoir ça, conclut Jack. Souvenez de la première fois. (Voir "Quand le passé nous rattrape").
Myles arriva là-dessus en sifflotant. Lucy détourna la tête et tous se tournèrent vers Dem. C'était à lui, le superviseur, d'annoncer la nouvelle.
- Content de te revoir parmi nous, Myles, fit-il.
- Merci, moi aussi, je suis content de vous revoir. Quoi de neuf? répondit le nouvel arrivant.
Dem s'éclaircit la voix et lui tendit le message qu'il venait de recevoir:
- Désolé, mon vieux!
Myles s'assit tout doucement dans son fauteuil. Il ne pouvait détacher ses yeux de ce bout de papier où il lisait le nom de celui qui avait failli être à l'origine de la plus grosse bêtise de sa vie.
- Il faut que je prévienne Alexandra, dit-il d'une voix blanche. Elle doit savoir.
Ses amis compatissaient sincèrement. La journée commençait bien! Qu'allait-il encore se passer? En général, une catastrophe n'arrivait jamais seule.

Terry MacCall avait obtenu ce travail de laveur de voitures grâce à son agent de probation qui l'avait aidé et soutenu pendant la durée de son incarcération. Les mois qui s'étaient écoulés l'avaient endurci et il ne songeait qu'à une chose: se venger de son arrestation, se venger d'Alexandra Warren qui l'avait rejeté et se venger de cet agent du FBI qui l'avait fait mettre en prison pour avoir le champ libre et épouser celle qu'il considérait comme sienne. Il avait commencé à réfléchir à la manière dont il allait se venger à la seconde même où on lui avait passé les menottes. La graine s'était implantée dans son cerveau, avait pris racine et s'était développée. Le fruit qu'elle avait produit était désormais mûr. Il ne restait plus qu'à attendre le bon moment pour le cueillir. Le moment de la cueillette était poche, très proche.
Terry nettoyait l'intérieur d'une belle voiture étrangère très coûteuse et très puissante et songeait à toutes celles qu'il aurait pu s'offrir s'il avait pu s'enfuir avec ses fausses plaques de cinquante dollars. Il aurait gagné des milliards en les revendant à des parrains de la drogue ou des trafiquants d'armes. Maintenant, elles avaient été détruites par les agents du gouvernement et lui n'avait plus rien, sauf ses deux mains. Et avec deux mains, on peut en faire des choses! Faire ce qu'il faisait en ce moment par exemple et nettoyer des voitures qui ne lui appartenaient pas toute sa vie ou faire autre chose et changer sa vie. Il avait opté pour la deuxième solution. Il était dehors depuis six jours seulement, mais en six jours, il avait eu le temps de se livrer à des repérages. Il connaissait la maison de banlieue des Leland pour y avoir espionné Alexandra avant de reprendre contact avec elle. Il en avait fait le tour en se faisant passer pour un employé de la compagnie du gaz.
Le gentil voisin, monsieur Weber, lui avait même indiqué des détails sur les habitudes de ses occupants. Il apprit donc que la maison n'était pas occupée en semaine, mais que le week-end le jeune couple venait s'y reposer avec leur bébé. Le gentil voisin n'oublia pas non plus de signaler que monsieur Leland venait également le mercredi soir pour s'occuper des plantes qu'il faisait pousser dans sa serre qu'il avait fait construire derrière la maison. Mais là, avait précisé Weber, il y avait une arrivée de gaz pour le chauffage, en hiver, car pour la maison, il ne savait pas. Fort de tous ces renseignements, MacCall était rentré à son motel et son plan se mit peu à peu en place dans son esprit.


La journée s'était déroulée à un rythme soutenu ce qui n'avait pas empêché Myles d'appeler sa femme toutes les heures pour savoir s'il y avait du nouveau, si MacCall s'était manifesté.
- Ne t'inquiète pas comme ça, lui demanda Jack. Si elle ne quitte pas l'appartement, elle ne risque rien; elle y est en sécurité. Personne ne peut y accéder.
- Je ne sais pas, je ne sais plus, fit Myles. J'ai bien envie de les installer dans la maison.
- Ce sera beaucoup plus difficile à surveiller, constata Bobby. On peut à la rigueur installer un système de caméras comme on avait fait chez Dem et Donna. Tu sais, si j'étais à ta place, je les enverrai à Boston, chez ses parents ou chez les tiens le temps qu'on sache à quoi s'en tenir.
- Nous avons suffisamment été séparés ces derniers temps, reprit Myles. Mon fils me reconnaît à peine. Je vais aller à la maison modifier le code de sécurité et tout vérifier. Si tout est en ordre, ils resteront là-bas à partir du week-end prochain.
- Tu crois que Weber va veiller sur eux? Demanda malicieusement Lucy. Si tu veux, Andrew peut les ramener à Boston dimanche soir.
- J'y penserai, merci. Bien, si vous n'avez plus besoin de moi, je vous laisse. Je vais passer à la maison avant de rentrer à l'appartement.
- Myles, fit Jack en le retenant par le bras, soit prudent.
Il hocha la tête et tourna les talons. Bobby poussa un soupir:
- Pourquoi on se met martel en tête? Ce gars veut peut-être tout simplement vivre tranquillement et il se fiche totalement de ce que peuvent faire les Leland!
- Espérons-le, fit Tara.

Myles arrêta sa voiture dans l'allée. Le quartier était calme. Weber devait être chez lui, car par la fenêtre ouverte, il entendait les questions d'un jeu télévisé de bas niveau intellectuel qui faisait les délices de son cher voisin chaque soir à la même heure. Il entra dans la maison, vérifia tous les coins et recoins, son arme à la main. Tout était en ordre. Il changea le code de l'alarme et sortit. Il fit le tour de la bâtisse, tout semblait en ordre. Il inspecta le garage, rien à signaler. Il se prit à songer à Lévi et se dit qu'un chien de garde serait peut-être à envisager. Il entra dans la serre, au fond du jardin. Il l'avait fait construire à cet endroit, un peu à l'écart, car il y avait beaucoup de lumière, toute la lumière dont il avait besoin pour se livrer à sa passion ses rosiers. Il fit le tour des lieux avec sa lampe torche à la main, tout était en ordre. Il sortit, fit tomber la clé, se baissa pour la ramasser, la porte claqua et une formidable déflagration retentit. Il fut projeté au sol par un souffle brûlant, puis ce fut le trou noir, plus rien. Garée à quelques mètres de là, une voiture de luxe de marque étrangère démarra aussitôt.


Alexandra poussa un cri et lâcha le verre qu'elle tenait. Ses jambes se dérobèrent sous elle et elle dut s'asseoir. Dans un flash, elle avait vu Myles au milieu des flammes qui l'appelait.
- Que se passe-t-il, Alexandra, vous êtes toute pâle? demanda Félicia qui s'était précipitée en entendant le cri.
La jeune femme ne savait que répondre; elle regarda sa gouvernante, abasourdie. Le téléphone du portier sonna.
- C'est monsieur Hudson qui monte, annonça son amie.
Elle alla ouvrir la porte. Jack entra, l'air embarrassé. Alexandra comprit aussitôt qu'il était arrivé un malheur. Elle se précipita dans les bras de son collègue.
- Je t'emmène, je te raconterai en chemin.
Elle jeta un regard suppliant à son employée qui lui fit signe qu'elle resterait garder le bébé aussi longtemps que nécessaire. Elle attrapa un blouson, son sac et partit avec Jack.
- Myles était à la maison de banlieue où il vérifiait la sécurité. C'est la serre qui a explosé, il était juste devant la porte. Il …
Elle ne pleura pas, elle s'enferma dans un mutisme encore plus inquiétant. Ils venaient juste de recommencer la vie commune après cette mission qu'il avait exécutée avec Capono et là, tout bêtement, boum! L'explosion dans la serre où il aimait tellement travailler.
- Est-ce que je peux le voir? Demanda-t-elle hésitante.
- Il ne vaut mieux pas, assura Jack d'une voix douce, le souffle a été violent. Je ne sais pas si ça peut t'être utile, mais il n'a pas souffert.
Devant la maison, les gyrophares des pompiers illuminaient la rue qui était barrée dans les deux sens. Les enquêteurs des brigades scientifiques scrutaient chaque grain de poussière ou de cendres. Alexandra voulut s'approcher malgré les recommandations de son ami. Dem et Bobby étaient là-bas, atterrés. Elle les prit chacun par un bras et serra contre eux. Elle aperçut ce qui avait été le portable de Myles, calciné et plus loin, une chaussure. Un pompier s'approcha:
- Phosphate blanc, expliqua-t-il.
Pas besoin de détails, la jeune femme avait compris, cela ne pardonnait pas. Soudain, son portable sonna. Elle se demandait qui, à part Félicia pouvait bien l'appeler à cette heure. Le numéro qui s'affichait lui était inconnu. Elle regarda ses amis et décrocha:
- Alors, ma chérie, maintenant, c'est vers moi que tu vas revenir, maintenant que ton mari est mort. Tu m'aimes toujours, je le sais.
Un rire sardonique lui agressa les oreilles. Elle jeta son téléphone à terre.
- C'était Terry, fit-elle d'une voix à peine audible.
Aussitôt, Dem appela Tara à la rescousse et lui demanda de rechercher d'où venait l'appel qui avait tant troublé Alexandra. Elle rappela quelques interminables minutes plus tard.
- Il se déplace en direction d'Alexandria, on a envoyé une équipe là-bas, expliqua Dem.
- Bon sang! S'exclama Bobby, personne ne s'est aperçu, en taule, que c'était un psychopathe? Il fait une fixation sur toi. C'est toi qu'il veut toucher, c'est à toi qu'il veut faire du mal!
Le téléphone de Dem sonna de nouveau.
- Fausse piste, il avait balancé son portable dans une benne à ordure qui roulait sur l'autoroute. Attendez! Le dernier obstacle qui reste, c'est … Sandy! Non, il ne s'attaquerait tout de même pas à un bébé!
Alexandra perdait les pédales, maintenant son fils! Elle courut en direction de la voiture de ses amis et ils démarrèrent en trombe en direction de la ville. Dem conduisait et Bobby mettait un plan au point par téléphone. Jack suivait dans une autre voiture et écoutait les explications de Tara dans son oreillette.

A cette heure de la journée, la circulation était dense et malgré les gyrophares, ils avaient des difficultés à se frayer un passage dans les files compactes des véhicules. Maintenant, il faisait complètement nuit et la pluie commençait à tomber. Alexandra espérait que Félicia et Sandy avaient pu se réfugier chez un voisin à défaut de quitter l'immeuble. Elle trouvait le temps long, que Dem ne conduisait pas assez vite. Elle ne disait rien car elle savait qu'il faisait son possible, mais elle se tordait les mains d'impatience. Elle aperçut enfin la silhouette de son immeuble au bout de l'avenue. Deux véhicules du FBI venaient d'arriver. Dem se gara au sous-sol; l'ascenseur qui desservait l'appartement terrasse était tout en haut.
- Il est déjà dans l'appartement, cria-t-elle.
- Tu restes là, ordonna Dem, tu nous attends. Tiens, voilà Sue et Tara, tu ne les quittes pas, promis?
Elle hocha la tête et monta dans la voiture avec ses deux amies. Elle mit un casque, mais le son était très mauvais. Elle demanda à Tara si elle entendait des pleurs de bébé. Elle hocha la tête négativement.
- Ils sont dans ton appartement, commenta-t-elle encore. J'entends des coups de feu. Un homme est touché! C'est … MacCall! C'est fini, tu peux monter voir ton fils, il va bien.
Elle ne se le fit pas dire deux fois. Et l'ascenseur qui n'arrivait pas!

La porte de l'appartement était grande ouverte, sur le dallage de la terrasse une forme gisait recouverte d'une couverture. Jack vint à sa rencontre.
- Où est Sandy? demanda-t-elle.
- Dans sa chambre, il va bien, il t'attend.
Elle se précipita, poussa la porte. Un parfum de lavande qui lui était familier flottait dans l'air. Elle en fut toute troublée, mais elle se persuada que c'était le fruit de son imagination. Elle s'approcha du petit lit. Vide! Mais des"papapapapa" bien connus la firent se retourner. Sandy était derrière elle, souriant, dans les bras de … son père! Sous la violence du choc émotionnel, elle perdit connaissance.
Quand elle revint à elle, elle était allongée dans son lit, un médecin l'examinait; il rangea son brassard à tension et se tourna vers Myles:
- N'ayez aucune inquiétude, elle va bien ainsi que le bébé. Mais ce n'est vraiment pas le genre d'émotions à infliger à une future maman.
Myles le remercia et le reconduisit. Quand il revint, elle essayait de se lever, mais ses jambes se dérobèrent sous elle et il la retint dans ses bras. Elle ouvrit la bouche, mais il la devança:
- Je vais tout t'expliquer, après, tu parleras.
Il la souleva dans ses bras et la reposa doucement sur le futon. Il remonta la couette sur elle et s'assit. Elle se blottit contre lui en pleurant doucement, elle était en train de décompresser. Alors il lui raconta tout ce qu'elle ne savait pas.
Il avait effectivement été victime de l'explosion, mais comme il s'était baissé à la recherche de ses clefs, le souffle et les flammes lui étaient passés au-dessus. Il aurait juste à aller faire un tour chez son coiffeur pour arranger sa chevelure brûlée par endroit. Il avait aussitôt contacté le FBI et ils avaient pris des dispositions pour faire croire à sa mort.
- Je regrette, mon cœur, mais pour être crédible, tu ne devais pas être au courant.
- Mais ça aurait pu durer des jours, voire des semaines, dit-elle en reniflant. Ne me refais plus jamais ça!
- Heureusement, ça s'est très vite terminé! Après le coup de fil de Dem qui nous annonçait que MacCall t'avait contactée, j'ai appelé Félicia en lui expliquant la situation et je lui ai demandé d'aller chez les Robertson, au premier étage. Je me suis ensuite introduit dans l'appartement discrètement et j'ai attendu. J'avais mis une poupée dans le parc, sur la terrasse. Il y avait de quoi s'y méprendre. Je me suis assis derrière le buis et je l'ai entendu arriver. Il s'est approché du" bébé", j'ai vu qu'il était armé. Quand il s'est penché pour le prendre, je me suis manifesté et au moment où il allait tirer, quelqu'un a fait feu et il est tombé. Cette fois, c'en est bien fini de Terry MacCall alias Tom Campbell. Il avait été pris dans une spirale infernale et ne s'en serait jamais sorti, il voulait toujours plus.
Alexandra s'était calmée peu à peu en entendant le récit de cette soirée mouvementée. La piqûre de sédatif commençait à faire son effet.
- Et Sandy?
- Il dort comme un loir, expliqua Myles. Il n'a pas fait de sieste et après, il a joué avec la petite Robertson. Mais toi aussi, je crois bien que tu ne vas pas tarder à rejoindre les bras de Morphée.
- Je préfère les tiens, mon cœur.
Il s'allongea à côté d'elle et la serra fort contre lui:
- Tu sais, j'ai bien réfléchi à la proposition que m'a faite Dem et je vais l'accepter, surtout après ce que nous venons de vivre. Ca me tente vraiment de diriger le bureau de Vienne.
- Je savais bien que tu deviendrais raisonnable, un jour, murmura-t-elle dans un bâillement.
Il se pencha sur elle et l'embrassa passionnément. Il avait très envie d'elle, de lui prouver combien il l'aimait et combien il tenait à elle, mais elle dormait déjà, pelotonnée au creux de son épaule. Il décida alors que les trois jours à venir ne seraient qu'à eux trois et que le bureau pourrait attendre. La vie était trop courte.
Il lui ôta doucement son jean et son chemisier et vint se coucher après être allé embrasser son fils. Il mit du temps avant de trouver le sommeil tant les événements de la journée l'avaient perturbé. Il se dit que Sandy n'avait rien, qu'Alexandra et le futur bébé allaient bien et que lui était là, entouré des personnes qu'il aimait le plus au monde. Au petit matin, un rayon de soleil vint lui caresser le visage et le réveilla. Il tourna la tête. Alexandra ne dormait plus. Elle lui sourit. Il ne lui en fallut pas davantage pour qu'il craque et ils livrèrent le plus charmant des combats, celui qui ne laisse ni vaincu ni vainqueur, mais deux amants épuisés, heureux d'être en vie.

FIN.

14° Fanfiction: Péril en la demeure.

Alexandra gara sa voiture devant le siège du FBI. Comme elle n'en faisait plus partie, elle n'avait plus de place de parking. Elle était pressée de retrouver Myles, elle voulait lui faire une surprise; elle ne l'avait pas averti. Elle allait traverser la rue quand elle le vit sortir du bâtiment. Elle s'apprêtait à lui faire signe lorsqu'une jeune femme se jeta à son cou et l'embrassa fougueusement. Ses jambes se dérobèrent sous elle, elle s'appuya à la voiture et regarda encore une fois. Non, elle ne rêvait pas, c'était bien son mari qui embrassait une autre femme! Et sans se cacher encore! Son cœur se serra, sa gorge se noua et des larmes amères coulèrent le long de ses joues. La circulation était très dense et il ne pouvait pas la voir, là où elle était. Alors, elle décida de repartir. Elle remonta dans la voiture, elle se sentait mal. Il l'avait trahie! Elle qui avait une confiance aveugle en lui, il l'avait trahie!
Elle les suivit du regard. Ils marchaient bras dessus, bras dessous et de temps en temps, elle levait le visage vers lui et il l'embrassait. Il avait l'air très amoureux. Elle était anéantie. Elle démarra sans prendre garde aux autres voitures qui la klaxonnèrent et roula jusqu'à quitter la ville. Elle ne voulait pas retourner à l'appartement, pas plus qu'elle ne souhaitait aller à la maison de banlieue. Elle ne fit pas attention aux kilomètres qu'elle faisait. Elle semblait vouloir fuir devant ce qu'elle venait de découvrir. Au bout de d'un moment, elle avisa un restaurant au bord de la route où elle s'arrêta pour prendre un café, elle qui n'en buvait jamais. Elle s'assit dans un coin, à l'écart, et essaya de reprendre ses esprits.
Qu'avait-elle fait pour mériter cela? La naissance de Sandy avait été un grand moment dans leur vie, il était fou de son fils et serait sans aussi fou de ….Non, elle aimait mieux ne pas y penser. Il voudrait peut-être divorcer et demander la garde du petit garçon qu'il ferait élever par cette inconnue! Elle, si optimiste et combative, voyait sa vie détruite. Elle comprenait maintenant pourquoi leurs nuits étaient si calmes depuis quelques temps. Il rentrait de plus en plus tard et ne baignait même plus son fils, le soir. Il se contentait de l'embrasser une fois endormi. Elle décida de lui demander des explications mais auparavant, elle appellerait Lucy, pour savoir s'il n' y avait pas à tout hasard une enquête en cours. Elle essaya, mais sa belle-sœur n'était pas joignable. Elle laissa un message sur son répondeur.

La journée était déjà bien avancée quand elle rentra chez elle, la mine défaite. Félicia ne posa pas de question. Elle savait que si elle voulait lui parler, elle le ferait. Quand Alexandra fut seule, elle serra contre elle son petit garçon et éclata en sanglots. L'enfant, qui ne comprenait pas, se mit à pleurer aussi, alors elle ravala ses larmes et entreprit de jouer avec lui pour le calmer. Son téléphone sonna, soudain. C'était Lucy qui la rappelait et qui lui affirma ne pas avoir connaissance d'affaires particulières en cours. Mais elle ajouta qu'elle n'était pas dans le secret des dieux. Elle resta donc sur son impression première et se fit violence pour passer le reste de sa journée avec son fils, comme elle avait l'habitude de le faire. "Myles, pourquoi?" ne cessait-elle de répéter.






Chapitre II


Quand la clé tourna dans la serrure, il était deux heures du matin. Alexandra ne dormait pas encore. Elle entendit la lumière s'allumer dans la cuisine, le réfrigérateur s'ouvrir et le chuintement d'une canette qu'on ouvrait. Le léger grincement de la porte de la chambre de Sandy lui indiqua que Myles allait embrasser son fils. Elle ne put en supporter davantage, passa son peignoir dans le noir et alla à la rencontre de son mari. Il n'avait pas allumé dans le couloir et elle s'assit dans le salon, à attendre qu'il aille éteindre à la cuisine. Ce qu'il fit sans tarder. Quand il se dirigea vers la chambre, elle tourna le commutateur près d'elle et poussa un cri:
- Myles!
Il était là, devant elle, le visage tuméfié, un pansement au front et un bras en écharpe. Il ne savait pas quoi dire:
- Désolé, je ne voulais pas te réveiller, s'excusa-t-il.
- Je ne dormais pas. Que t'est-il arrivé? As-tu le droit d'en parler?
Il s'assit près d'elle et passa son bras valide autour de ses épaules. Elle eut un moment de dégoût, puis le laissa faire. En bonne avocate qu'elle était, elle voulait d'abord écouter ce qu'il avait à dire avant de juger, même si elle avait eu des preuves visuelles. Il grimaça en s'appuyant sur le dossier du canapé.
- Viens là, lui dit-il en l'invitant à poser sa tête sur son épaule. L'affaire est terminée, maintenant je peux tout te raconter.
Elle se sentit soudain un peu mieux. Le son de sa voix chaude et profonde lui faisait du bien, mais ses doutes n'étaient pas encore dissipés. Elle attendait les explications.
- Voilà plusieurs mois que nous travaillons sur une affaire racket dans le milieu des boîtes de nuit et pour conclure, Dem m'a associé à l'agent Millie Fulton, du bureau de New York. Nous venons de mener notre mission à bien. Nous avons réussi à arrêter la bande.
- Bien, et si tu me racontais comment ça s'est passé, lui demanda-t-elle innocemment.
Il dégagea son bras et lui caressa le visage.
- Tu m'as manqué, lui dit-il.
- Comment je t'ai manqué? Nous nous sommes vus tous les jours! s'indigna-t-elle.
- Oui, mais pas comme nous avons l'habitude de le faire. Nos soirées étaient inexistantes et nos nuits, je n'ose même pas y penser. Je ne trouve pas de mots pour qualifier ce vide.
- Moi, j'en ai deux: Millie Fulton! dit-elle en détachant bien chaque syllabe.
Il la regarda avec tristesse:
- Non, ce n'est pas vrai! s'exclama-t-il. Tu crois qu'il s'est passé quelque chose entre nous!
- Je ne le crois, Myles, dit-elle calmement, j'en suis sûre, je vous ai vus, dans la journée.
Il passa sa main dans ses cheveux comme il avait l'habitude de le faire quand il était embarrassé. Ses yeux s'embuaient de larmes:
- Tu me crois capable de vous faire ça, à Sandy et à toi? Tu as donc si peu confiance en moi?
Elle était bouleversée intérieurement par sa réaction, mais elle ne voulait pas le montrer car elle attendait des explications qui tardaient à venir. Il prit une inspiration difficile et commença:
- Nous étions en infiltration. Nous étions sensés être les nouveaux propriétaires d'une boîte très branchée pour que les racketteurs prennent contact avec nous. Ca nous a pris relativement peu de temps, car là où il y a de l'argent à prendre, ces types sont toujours là. Bien entendu, nous avons eu droit au sermon habituel, payer et ne rien dire. Finalement, aujourd'hui, nous avons fait comme si nous allions parler du problème au FBI. Ils nous ont vus, car nous ne nous sommes pas cachés et ce soir, nous avons conclu: toute la bande est sous les verrous.
Elle se tourna vers lui tout doucement et se traita de sotte.
- Je te demande pardon, fit-elle d'une voix blanche, je ne savais pas …
Elle suivit du doigt le contour de ses lèvres et y déposa un léger baiser. Il baisa le bout de ses doigts:
- Je suis désolé, mon cœur, je ne pouvais rien te dire. Tu sais comment ça marche.
Elle approuva.
- L'arrestation a dû être difficile, dit-elle en désignant ses pansements et son épaule.
- Ils sont venus en renfort et ont neutralisé Millie en l'enfermant dans une armoire métallique. Moi, ils m'ont tabassé et quand Dem et les autres sont arrivés, Kit, le chef, m'a balancé un coup de couteau que j'ai presque pu esquiver. Voilà, je sors de l'hôpital.
Elle ne savait plus quoi dire. Elle, l'ancien agent, savait pourtant bien que ce genre de chose pouvait arriver; Jack et Sue l'avait bien vécu!
- Myles, je …
- Chut! Ne dis plus rien, embrasse-moi, tu m'as tellement manqué!
Elle s'approcha de lui avec précaution afin de ne pas lui faire de mal et l'embrassa avec une infinie douceur. Elle se blottit contre lui.
- Tu voulais me voir, que tu es venue au bureau? demanda-t-il.
- Oui, j'avais quelque chose à te dire.
- Tu peux peut-être le faire maintenant. Je suppose que c'était très important? Vas-y, je t'écoute.
- Nous allons avoir un autre bébé.
Il caressa ses cheveux et lorsqu'elle leva les yeux vers lui pour voir sa réactions, il lui sembla y voir des milliers d'étoiles de bonheur.
- C'est une merveilleuse nouvelle, murmura-t-il en l'embrassant.
Ils restèrent un moment serrés l'un contre l'autre et quand ils allèrent se coucher, elle aida Myles à se déshabiller. Il portait un bandage autour de la poitrine, il avait omis de lui dire qu'il avait aussi des côtes fêlées. Elle fit de son mieux pour lui faciliter la tâche et l'installa aussi confortablement que possible pour qu'il ne souffre pas trop. Elle l'avait enfin retrouvé et toutes ses craintes s'étaient envolées.
FIN.

13° Fanfiction: Myles Leland 1° du nom.

Chapitre I


Myles était rentré de sa mission sur la côte ouest la veille. Il en avait fait la surprise à Alexandra et ce fut un intense moment de bonheur pour tous les trois. Sandy jacassait dans son parc sur la terrasse et tentait de se mettre debout. Comme il était aussi têtu que son père, il n'avait de cesse de recommencer pour y parvenir. Ses parents, près de lui, achevaient de prendre leur petit déjeuner. Les retrouvailles avaient été torrides et Alexandra, encore plus obstinée que père et fils réunis, n'eut de répit que lorsqu'elle eut la certitude que son mari lui était revenu sain et sauf. Ces longues semaines de séparation n'avaient fait que renforcer leurs sentiments et, Dieu merci, Tony Capono avait compris la dernière leçon que lui avait donnée Jack et Sue et les autres: il n'avait pas mis en danger la vie de ses équipiers.
Myles se leva, embrassa sa femme pour la énième fois depuis son retour et prit son fils dans les bras. Le bébé, de huit mois maintenant, jubilait et il éclata de rire quand son père le plaça à califourchon sur ses épaules. Il plongea ses petites mains dans sa tignasse et s'y accrocha si fort que papa Myles dut appeler maman Alexandra à l'aide pour se dégager.
- Doucement, Sandy, tu ne voudrais tout de même pas que papa devienne chauve avant l'heure! fit-elle en desserrant ses petits doigts fins.
- Papapapa, répondit l'enfant tandis que son père le prenait sur les genoux.
- De toute façon, si je deviens chauve, tu le seras aussi, ajouta Myles en riant à l'adresse de son espiègle petit garçon. Alors, dis-moi, tu as bien avancé dans la recherche des Myles?
- En effet, affirma Alexandra, évasive.
- Et alors? insista-t-il.
- Alors? répéta-t-elle.
- Oui, je veux savoir. Je veux tout connaître de mon ancêtre.
Alexandra se leva sans rien dire et se rendit dans son bureau. Elle revint peu après avec plusieurs feuillets imprimés.
- Tout ça? s'étonna-t-il.
- Eh oui, Myles Leland I° du nom nous a donné du fil à retordre mais avec l'aide de ta mère et de ta sœur, j'ai réussi à recoller les morceaux et voici ce à quoi j'ai abouti.
Elle posa le fruit de son travail sur la table et remit Sandy dans son parc. Il faisait la grimace car il venait de plonger sa main dans la tasse de café froid de son père et n'en aimait pas le goût. Myles ouvrit le dossier qui se présentait comme un livre. Sur la première page, il lut le titre:
Myles Leland I°
(1838-1865)

Il se demandait bien quelle surprise la suite allait lui réserver.




Chapitre II


Myles Leyland I° du nom est né le 24 juillet 1838 de John Augustus Leyland et Flavinia Farnworth, sur le bateau qui amenait sa famille aux Etats-Unis. En effet, monsieur et madame Leyland, ça s'écrivait ainsi à l'époque, avaient décidé de quitter l'Angleterre et de rejoindre une vieille tante qui vivait déjà à Boston et qui s'était proposée de les accueillir. Ils avaient réalisé leurs biens du Lancastershire et embarqué sur une goélette qui devait les conduire à bon port. C'est bien ce qui arriva mais au lieu de deux, ils accostèrent à trois.
Tante Drucilla les accueillit avec joie dans sa grande maison et engagea sur le champ une armée de nurses pour s'occuper du bébé afin qu'il soit éduqué selon les règles en vigueur dans la bonne société bostonienne. Peu après son arrivée en pays d'Eldorado, Flavinia contracta une maladie pulmonaire qui l'emporta rapidement, laissant le petit Myles sous la coupe de cette tante autoritaire. Son père, qui dirigeait l'établissement bancaire de la famille, ne le voyait que très peu et il décida, un beau jour, de se remarier avec une très jeune femme qui eut bientôt raison de sa santé.
L'enfant grandit donc sous la coupe de sa vieille tante qui semblait résister à l'emprise du temps. Il reçut des leçons de la part de précepteurs chevronnés et se montrait brillant en mathématiques. A dix-huit, tante Drucilla décida d'inscrire son neveu à la prestigieuse académie militaire de West Point dont il sortit bien placé quatre ans plus tard. Il demanda alors à être affecté en Arizona, qui n'était pas encore un état. Là, il combattit les Apaches et se distingua à maintes reprises. Jusque là, rien de bien extraordinaire dans la vie d'un jeune lieutenant de cavalerie.
Tout commença moins d'un an près sa sortie de la prestigieuse école, lorsque le pays se retrouva divisé en deux camp: les abolitionnistes du Nord et les esclavagistes du Sud. Le jeune Myles, qui allait sur ses vingt trois ans, rejoignit les troupes du Nord. Tante Drucilla mourut après la bataille de fort Sumter, en bénissant le seigneur de ne pas lui permettre de vivre le conflit qui s'annonçait. Ses dernières paroles furent pour son neveu qui était en route pour Washington et à qui elle léguait toute sa fortune.
Les hostilités étaient déclanchées. Le jeune lieutenant Leyland fut affecté à l'état- major, à Washington.

Par cette pluvieuse journée de mai 1861, il arpentait les couloirs de la Maison-Blanche à la recherche de son chef d'état-major, le général Ashbrook. Il se heurta presque à lui au détour d'une colonne et se figea en saluant.
- Repos, ordonna Lucius Ashbrook, vous tombez bien, lieutenant Leland. Je vous présente ma nièce, Constance Ashbrook et je vous serai reconnaissant de bien vouloir la reconduire à mon domicile.
En bon soldat bien éduqué, Myles se figea au garde à vous en bafouillant un "à vos ordres" à peine compréhensible qui fit sourire sous cape la jeune femme qui accompagnait le général.
- Ma chère, je te présente le lieutenant Leyland, dit celui-ci amusé en voyant le visage rouge du jeune homme.
Constance dévisagea son escorte d'un air malicieux et le précéda en direction de la porte. Dans le fiacre qui les amenait à la résidence du général, ce fut le silence total. Les deux jeunes gens se dévisageaient à tour de rôle, chaque fois que l'autre regardait par la fenêtre.
" Une poupée de porcelaine", songea le jeune officier en lui jetant un regard en biais. Elle avait un teint très clair, illuminé par d'immenses yeux bleus, pétillants de malice, frangés de longs cils noirs recourbés. Ses cheveux blonds, attachés par un ruban bleu, retombaient souplement sur ses frêles épaules. Quel âge pouvait-elle bien avoir? Dix-huit ans? A peine! Avait-elle déjà fait son entrée dans le monde, seulement? Il la trouvait minuscule, fragile; il était certain qu'il pouvait refermer ses deux mains sur sa taille et les faire se toucher sans la serrer tant elle était menue. Elle tourna soudain la tête vers lui. Perdu dans sa contemplation, il ne s'attendait pas à sa réaction et son coeur fit un bond dans sa poitrine: il était amoureux! Il détourna aussitôt son regard.
Constance, à son tour, profita de cet instant pour examiner de plus près son chaperon. Assis à côté d'elle, il la dominait de plus d'une tête. Il avait ce teint basané des soldats qui ont vécu sous le soleil brûlant des régions arides et désertiques du pays et qui contrastait avec la blondeur de ses cheveux raides. Ces yeux marron ressemblaient à deux châtaignes lisses et brillantes. Et bien sûr, l'uniforme rehaussait encore sa prestance. Alors la jeune fille se surprit à avoir une pensée inconvenante pour une personne ayant reçu une éducation stricte et puritaine: "Et sans uniforme, comment serait-il? "Elle en rougit et se cala dans son coin. Aucune parole n'avait encore été échangée entre les deux jeunes gens, mais leurs esprits étaient déjà en ébullition.

Chapitre III


La liste des états choisissant la sécession s'allongeait et notre jeune lieutenant suivi son général. La bataille fit rage et la belle assurance des Nordistes s'envola dans un repli mémorable à la bataille de Bull Run. Quelque part, dans une belle demeure de Washington, une jeune fille attendait inquiète des nouvelles d'un jeune soldat qu'elle n'avait vu qu'une seule fois et qui l'avait marquée à jamais. Elle le savait au côté de son oncle mais n'osait pas faire la démarche d'écrire. Un jour, le majordome arriva au salon en annonçant d'une vox aussi neutre qu'il le pouvait:
- Le général est de retour, mademoiselle.
Constance se rendit dans le hall et la porte d'entrée s'ouvrit sur le général Ashbrook. Elle l'accueillit avec effusion et … se précipita dans les bras du jeune Leyland qui laissa tomber les bagages qu'il portait pour la serrer sur son coeur. Le personnel qui s'était regroupé autour du général fit mine d'être scandalisé par son comportement, mais le général éclata d'un bon gros rire qui désamorça aussitôt le conflit naissant.
- Ma chère, dit-il à sa nièce, j'autorise ce blanc bec à te faire la cour, tout le temps que nous resterons ici, c'est-à-dire très peu de temps. Il faudra donc qu'il se décide rapidement sur ses intentions à ton égard. Avez-vous entendu, lieutenant?
- Oui, mon général. Merci, mon général, bafouilla Myles en rougissant.
- Heureusement qu'il est plus efficace sur le terrain, plaisanta Ashbrook.
Les deux amoureux passèrent peu de temps ensemble. Cependant, un beau soir, au cours d'une réception organisée pour les officiers de l'état-major, Myles Leyland demanda officiellement sa main à la jolie Constance qui accepta avec joie. Le mariage eut lieu au début du printemps suivant, par une belle journée froide mais ensoleillée. Et pendant la nuit qui suivit, la Jeune madame Leyland eut tout le loisir de répondre çà la question qu'elle s'était posée un jour, dans un fiacre.
Le nouveau marié dut hélas bientôt repartir au front. Il participa à la bataille de Shiloh et lorsqu'il revint, une fois de plus sain et sauf, il apprit que son nom allait se perpétuer et q'un héritier s'annonçait pour la fin de l'année. Il repartit presque aussitôt au combat, désolé de devoir laisser sa délicieuse poupée de porcelaine affronter la maternité sans lui. Il échappa au désastre de la bataille de Fredericksburg en décembre et obtint une permission exceptionnelle qui récompensait son tout nouveau grade de capitaine pour faire la connaissance de son fils, Lucius, né le jour de Noël 1862.
La guerre faisait rage, l'enfant grandissait loin de son père et un jour de février 1865, Constance reçut une lettre de son oncle Lucius lui annonçant que son mari, le colonel Myles Leyland était mort en héros. A la fin de la guerre, la jeune femme décida d'aller vivre à Boston dans la maison familiale des Leyland où elle éleva le jeune Lucius avec beaucoup de sois et d'attention. Jamais elle ne se remaria.

Myles referma le dossier et se rejeta en arrière. Il était rêveur:
- Mais où es-tu aller chercher tout ça? demanda-t-il à Alexandra faisait manger une banane à Sandy.
Elle le regarda, inquiète. Elle eut peur qu'il n'accepte pas sa façon de présenter son ancêtre.
- Je ne savais pas que mon ancêtre avait participé à toutes ses batailles, tu as fait des recherches considérables. Merci, mon cœur. Toujours est-il que je suis soulagé.
- Soulagé de quoi?
- De ne pas m'appeler Lucius! Mon Dieu, quelle horreur! Je l'ai échappé belle!
Il serra sa femme dans ses bras tandis que Sandy écrasait avec application un petit morceau de son fruit préféré sur le dossier de l'ancêtre Myles Leyland.

FIN.

12° Fanfiction: Mary

Ce matin de mai, le temps était d'une douceur printanière et la journée s'annonçait belle et chaude. Lucy, Sue et Tara portaient des chemisiers légers et la pauvre Lévi tirait la langue car il avait déjà trop chaud. Bobby venait de desserrer sa cravate, Jack avalait une tasse de café qu'il trouvait trop chaud et Myles entra en sifflotant et en vantant les effets des matins de printemps ensoleillés sur les humains. Comme d'habitude, il se fit remettre à sa place, mais cela ne dura pas longtemps car Dem les interrompit:
- Bonjour à tous, désolé de vous intercepter dès votre arrivée et de couper court à votre sport matinal favori, mais je dois vous transmettre ceci.
Il distribua à chacun un dossier qu'il entreprit de résumer:
- C'est l'archevêque en personne qui vient de prendre contact avec nous. Deux meurtres ont été commis sur la personne de S.D.F. dans un refuge géré par l'archevêché.
- C'est à la police locale de mener l'enquête alors, pourquoi nous? Intervint Myles.
- Parce que la religieuse qui dirigeait ce centre a été assassinée hier soir et monseigneur Patterson nous demande comme une faveur de nous charger des investigations, précisa Dem. Elle s'appelait sœur Mary des Anges. Jack et Myles, vous allez à la morgue. Sue et Tara allez faire un tour au couvent et Bobby et moi irons au refuge. Merci.
Le soleil se faisait de plus en plus chaud et le contraste avec les locaux de la morgue fit frissonner les deux fédéraux.
- Jack Hudson et voici Myles Leland, fit Jack en exhibant sa carte imité par son collègue.
Le gardien les conduisit jusqu'à la pièce où les attendait le médecin légiste. Il les salua et leur exposa ses conclusions:
- Elle a été tuée d'un seul coup de couteau en plein cœur. Le coup a été porté de bas en haut. La lame mesure environ vingt cinq centimètres de long sur quatre de large.
- Un poignard? Un couteau de cuisine? demanda Myles.
- Un couteau de cuisine, répondit le légiste. On l'a retrouvé sur la scène de crime et cela correspond point par point.
- Pouvons-nous voir le corps? fit Jack.
Le médecin légiste les conduisit dans la pièce voisine où le mur du fond était tapissé de casiers réfrigérés. Il en ouvrit un, tira le brancard et découvrit le visage de sœur Mary des Anges.
- Mon Dieu, murmura Myles en s'accrochant au mur.
Il était d'une pâleur mortelle.
- Ca ne va pas? Tu te sens mal? s'inquiéta Jack.
Il lui fit signe que ça allait mais sortit. Jack examina le corps, seul, et le rejoignit quelques minutes plus tard:
- Ce n'est pas le premier cadavre que tu vois, remarqua Jack. Tu peux m'expliquer!
Myles lui fit signe de le suivre dehors. Ils s'assirent sur un banc et il inspira profondément pour reprendre ses esprits.
- Sœur Mary des Anges s'appelle Mary Callaghan, expliqua-t-il.
- Tu la connais?
Il passa sa main dans ses cheveux comme il avait l'habitude de le faire quand il était embarrassé.
- Oui, je la connais. Nous étions ensemble à Harvard. Disons plutôt que nous nous sommes connus à Harvard.
- Et tu savais qu'elle était devenue religieuse?
- Oui, je le savais, mais je ne savais pas où.
Il se tut et semblait perdu dans ses souvenirs.
- Tu veux en parler?
- Pas maintenant, fit-il en se levant, je voudrais juste rester seul avec elle, si … c'est … possible, bien sûr.
Jack ne comprenait pas encore très bien mais il accéda à la demande de son ami et le laissa retourner dans la salle. Le légiste n'avait pas encore rangé le corps. Jack lui fit signe et ils laissèrent Myles, seul, face à un épisode de son passé.
- Mary Callaghan, murmura-t-il, comme s'il lui parlait à l'oreille, voilà donc ce que tu es devenue. Je te savais pieuse mais j'ignorais que tu avais la vocation. Il est vrai que face à l'amour de Dieu, l'amour que je te portais était bien modeste.
Il la regardait intensément comme s'il voulait qu'elle ouvre les yeux, ses yeux bleus comme le ciel de ce beau jour de printemps. Il passa sa main dans ses cheveux blonds qui étaient toujours aussi doux et soyeux; elle ne les avait pas coupés et ils encadraient souplement son visage. Il sentit sa gorge se nouer et préféra partir. Il enroula une mèche de cheveux autour de son doigt et la posa délicatement sur son épaule nue. Les larmes perlaient à ses paupières et s'écrasèrent sur le visage de Mary quand il se pencha pour lui donner un dernier baiser sur le front. " Je t'aimerai toujours, ma petite Irlandaise", lui dit-il en caressant sa joue glacée.
Jack l'attendait dans le hall, bouleversé. Jamais il n'avait vu Myles dans cet état. Il l'interrogea du regard quand il le vit arriver, mais il resta silencieux. Il vit ses yeux rougit et comprit qu'il valait mieux se taire et se mit au volant.
- Tu veux bien arrêter la voiture, là-bas, près du parc? demanda Myles.
Jack s'exécuta, gara la voiture et ils firent quelques pas avant de s'asseoir sur un banc. Myles prit sa tête dans ses mains.
- Mary et moi avons été fiancés, avoua-t-il. Jack, est-ce qu'elle a été … violée?
Jack fut étonné de la question et se rappela le rapport du médecin légiste:
- Non, elle a seulement reçu ce coup de couteau qui lui a été fatal.
- Merci mon Dieu, fit Myles, visiblement soulagé.
Il leva vers son ami ses yeux tristes et s'aperçut qu'il ne comprenait pas.
- Vois-tu, Jack, poursuivit-il, nous avons été fiancés pendant deux ans et jamais, nous n'avons partagé le même lit; elle avait des principes que je respectais, parce que je l'aimais. Et j'aurais été encore plus triste de savoir qu'on avait abusé d'elle, elle qui tenait tant à son intégrité physique.
- Je comprends, assura Jack. Et pourquoi avez-vous rompu?
- Elle est partie travailler en Afrique noire pendant plusieurs années et moi, je suis entré au FBI. Un beau jour, elle m'a écrit qu'elle avait prononcé ses vœux, dans le sud du Chili, et nous ne nous sommes plus revus.
- Tu l'aimais beaucoup, n'est-ce pas?
- Encore plus que cela; on ne pouvait pas ne pas l'aimer, c'était dans sa nature. Tout le monde l'aimait…
- …sauf celui qui l'a tuée et nous le trouverons, je te le promets.
Myles lui lança un regard plein de gratitude et lui fit comprendre qu'il était temps de regagner les locaux de Pennsylvania Avenue. Pendant toute la durée du trajet, il ne dit pas un mot. Jack respecta son silence.


Lucy s'apprêtait à accueillir Myles avec une de ces remarques dont elle avait le secret mais le regard noir et menaçant de Jack l'en dissuada aussi sec. Elle quitta la pièce d'un pas vif.
- Que vas-tu faire, maintenant? demanda Jack.
Myles s'assit à son bureau et pour la énième fois se passa la main dans les cheveux. C'était là une excellente question: à qui parler de cette situation?
- Je vais tout raconter à Alexandra, je sais qu'elle m'écoutera et qu'elle restera objective, finit-il par dire.
Jack approuva de la tête. Il connaissait suffisamment la jeune femme pour savoir qu'elle écouterait avant de juger.
- Puis-je compter sur toi pour que cette histoire reste … entre nous? demanda son ami.
- Pas de problème, signa Jack avec le mince espoir de dérider un peu son collègue.
Bobby et Demetrius arrivèrent sur ces entrefaites. Ils avaient une discussion très animée. Jack fit semblant de fouiller dans ses tiroirs et Myles plongea son nez dans sa tasse de café, le temps de se ressaisir.
- Alors, interrogea Jack, du nouveau?
- Tout est dans le rapport de police, répondit Bobby. On a fait une enquête de voisinage mais elle a été rapide car le refuge se trouve dans un endroit désert la nuit.
- Tout ce qu'on sait, poursuivit Dem, c'est que sœur Mary était respectée de tous ces pauvres gens dont elle s'occupait et qu'aucun ne lui aurait fait le moindre mal. Ils auraient même donné leur vie pour elle, s'ils en avaient eu l'occasion.
- C'est peut-être une piste à mettre de côté pour l'instant, conclut Jack. Ah! Voilà Tara et Sue!
En effet, Lévi venait d'entrer seul dans la pièce suivi de très près par sa maîtresse et Tara. Il fit la fête à Jack et posa son museau sur le genou de Myles: il avait senti que quelque chose n'allait pas chez lui.
- Nous revoilà! Ce n'est pas encore aujourd'hui que nous nous ferons bonnes sœurs, plaisanta Tara.
- Alors qu'avez-vous sur Sœur Mary? demanda Dem.
Tara sortit son calepin et commença:
- Elle est née en 1966 à Philadelphie. Ses parents étaient des magnats de la presse et l'ont laissée orpheline très jeune mais à la tête d'une fortune considérable, gérée par un bataillon d'avocats. Elle a fréquenté les meilleurs pensionnats suisses et…
- … est entrée à Harvard où elle a suivi de très brillantes études de droit, enchaîna Myles.
Tous les regards se tournèrent vers lui; il parlait d'une voix sourde, en détachant chaque syllabe comme s'il souhaitait ne pas revenir sur ce qu'il disait. Il continua:
- Nous avons été fiancés et nous devions nous marier …
Lucy, qui était revenue entre temps, allait ouvrir la bouche mais Jack lui donna un léger coup dans les chevilles; elle sursauta et comprit.
- … mais la vocation a été la plus forte et elle a prononcé ses vœux.
Un silence pesant plana soudain sur le groupe. Sue le rompit en relisant ses notes:
- Elle a consacré sa fortune à la création de fondations destinées à aider les plus déshérités.
- Qui gère ces fondations? se renseigna Bobby.
- D'après la mère supérieure, ce sont toujours ses avocats qui s'en occupent.
- Vous avez les noms? demanda Myles qui avait eu un soudain regain d'intérêt;
- Oui, ils sont trois, précisa Tara. John Lazenby, Carlton Fergusson et Bradley Truman. Je crois bien que ce sera un travail pour toi, Myles. Tu es le plus au fait de toutes les subtilités de la finance.
- Oui, murmura-t-il.
- Si tu sens que tu es trop impliqué, tu peux te retirer, lui dit Dem.
- Non, ça ira, merci.
Il n'avait qu'une hâte, rentrer chez lui embrasser sa femme et son fils et raconter cette partie de son passé qu'Alexandra ne connaissait pas. Le reste de la journée lui parut interminable et il ne cessait de regarder sa montre. Quand enfin il arriva chez lui, il serra dans ses bras les deux amours de sa vie actuelle et donna son bain à Sandy comme il avait l'habitude de la faire. Une fois le bébé endormi, il décida de parler à sa femme avant le dîner.


Alexandra quitta son fauteuil et alla rejoindre Myles sur le canapé. Elle avait les larmes aux yeux:
- Comme tu dois souffrir, mon pauvre cœur, lui dit-elle en lui prenant les mains.
Ce fut tout ce qu'elle fut capable de dire mais les mots étaient inutiles, il avait compris qu'elle acceptait la situation et qu'elle lui pardonnait. Mais lui pardonner quoi? De ne pas lui avoir avouer une relation amoureuse passée? C'était son passé à lui, il lui appartenait. Mais comment aurait-elle réagi si Mary avait encore été vivante? Il chassa cette idée de son esprit. Alexandra avait elle aussi vu un jour un ancien amour refaire surface dans des circonstances curieuses. (Voir "Quand le passé nous rattrape"). Si Mary avait encore été de ce monde, elle ne se serait jamais manifestée. D'ailleurs, cela faisait plusieurs années qu'elle vivait à Washington et jamais elle ne lui avait donné le moindre signe de vie.
Ce soir-là, le dîner fut rapide chez les Leland. Myles ne dormit pas cette nuit-là et ne cessa de se tourner et de se retourner dans le grand lit. Sandy se réveilla plusieurs fois en pleurant, il avait de la fièvre: ses petites dents qui perçaient le faisaient souffrir et lorsque le réveil sonna, Myles avait déjà pris le chemin du bureau et Alexandra changeait son fils pour la sixième fois de la nuit.
Myles arriva dans les locaux déserts peu après six heures. Il s'installa à son bureau et alluma sa lampe. Sur le tableau était épinglée une photo de Mary. Il semblait fasciné par cette image. Elle était toujours aussi jolie qu'autrefois et les années ne semblaient pas avoir eu de prise sur elle. Elle avait toujours ce merveilleux sourire si lumineux qui faisait qu'on allait vers elle sans même la connaître, tant il était empreint de bonté et d'amour. Il se rappela leur première rencontre:
" C'était peu après la rentrée. Myles était en troisième année et conduisait un superbe coupé sport qui faisait l'admiration des filles du campus. Comme il pleuvait, ce jour-là, il avait relevé la capote et roulait assez doucement pour éviter un groupe de cyclistes. Soudain, à quelques mètres devant lui, une jeune fille glissa et s'affala de tout son long dans une flaque d'eau. Il pila et réussit à stopper à un mètre d'elle. Il sortit, furieux, prêt à l'invectiver mais elle lui adressa un regard bleu si désespéré qu'il se calma et prit le parti de l'aider à se relever. Il la fit monter dans sa belle voiture, non sans avoir auparavant étendu une couverture sur la banquette pour ne pas qu'elle la détrempe avec ses vêtements mouillés. Elle s'installa avec précaution car elle avait compris à quel genre d'étudiant elle avait à faire et se présenta:
- Je m'appelle Mary Callaghan, je suis en première année de droit.
- Myles Leland III° du nom, je suis en troisième année.
Ils se serrèrent la main. Il la conduisit à sa chambre qui se trouvait à l'autre bout du campus tout en bavardant des professeurs de la section.
- C'est là, fit-elle en désignant un bâtiment recouvert de lierre aux couleurs d'automne. Merci de m'avoir ramenée.
Il sortit pour lui ouvrir la porte et elle le gratifia d'un sourire éclatant. Et il la regarda partir, subjugué, sans se soucier le moins du monde de la pluie qui avait redoublé d'intensité et qui détrempait son blouson."
Plongé dans ses souvenirs, il n'entendit pas Demetrius qui arrivait. Celui-ci s'approcha doucement et il sursauta:
- Désolé de t'avoir fait peur, s'excusa-t-il. Rien qu'à voir ta tête, je devine que la nuit a été difficile.
- Tu l'as dit et Sandy a pleuré toute la nuit. Tu sais, j'ai beaucoup réfléchi et je suis parvenu à certaines conclusions.
Dem s'assit en face de lui, au bureau de Bobby qui n'arriverait sans doute pas avant une bonne heure.
- Quelles sont-elles?
- J'ai lu dans les différents compte-rendu que Mary avait créé une fondation avec sa fortune et qu'elle était gérée par trois avocats, n'est-ce pas? Bien. Ce sont, d'après tous les témoignages des gens au-dessus de tout soupçon. J'ai lu également que si Mary venait à disparaître tout ce qu'elle avait mis en place passait sous la gestion de l'archevêché. Continuons. Arrête-moi, si je me trompe. J'ai découvert en furetant dans les différents comptes rendus qu'elle souhaitait que sa fondation rachète un immeuble qui se trouve non loin du lieu des crimes, afin d'y installer des appartements bon marché pour les personnes qu'elle voulait réinsérées dans la vie active. Les négociations étaient en cours depuis très longtemps et n'aboutissaient pas. Les trois avocats n'avaient pas réussi à s'entendre sur le prix avec le propriétaire du bâtiment.
- Tu penses qu'il faut chercher de ce côté-là?
- J'en suis même certain, car, elle avait décidé de s'occuper elle-même de la transaction et je crois qu'elle était sur le point d'aboutir.
- Tu y as passé la nuit, ma parole!
- Non, j'ai simplement relu le dossier que tu nous as donné et les rapports de la visite au couvent et au refuge.
- Et qui est le propriétaire de cet immeuble?
- Ca, je ne le sais pas encore. Je m'apprêtais à le trouver.
- D'accord, c'est une piste à suivre.
Dem se leva, se servit un café et demanda à Myles:
- Tu es sûr que ça va aller?
- Ne t'inquiète pas, ça ira, et ça ira encore mieux quand on aura coffré ce salaud.
Il décrocha son téléphone et appela chez lui pour avoir des nouvelles de Sandy. Félicia lui dit qu'Alexandra l'avait conduit chez le médecin et qu'elle l'appellerait dès qu'elle serait de retour. Il reposa le combiné un peu déçu et se replongea dans sa lecture, alors que Jack et Sue arrivaient à leur tour. Lucy les suivit de près.
- Bonjour tout le monde! lança-t-elle à la cantonade.
Elle posa sa veste et s'approcha de Myles:
- Comment ça va ? On dirait que tu as mal dormi? Sandy, c'est ça? A propos, Andrew vient passer le week-end chez moi et nous espérons vous avoir à dîner, Alexandra et toi et surtout mon futur neveu.
Myles fit un signe de la tête qui ne signifiait ni oui ni non. Elle n'insista pas car elle savait que le message ferait son chemin à travers les circonvolutions tortueuses du cerveau de son futur beau-frère.


Dans la matinée, Myles et Jack se rendirent chez les avocats de Mary. Cette entrevue ne fit que confirmer ce qu'ils pensaient déjà à savoir qu'ils géraient ses biens avec beaucoup de compétences. Ils leur donnèrent le nom du propriétaire de l'immeuble qu'elle avait souhaité acquérir, un certain Donald Parkinson. Un coup de fil au bureau leur donna l'adresse de cet homme et surtout leur apprit qu'il possédait une chaîne de laveries automatiques, plusieurs centres de bricolage et qu'il habitait dans la banlieue huppée de la ville. Ils se rendirent chez lui où ils furent reçus par un "domestique" en livrée, ce qui était d'un effet parfaitement ridicule, qui les fit patienter dans un salon démesuré qui affichait des tableaux que Myles examina en expert et auxquels il ne trouva aucun intérêt, sinon qu'ils possédaient tous la même couleur dominante, le rose. Un homme, petit et rondouillard, apparut enfin.
- Donald Parkinson, se présenta-t-il en leur tendant une main chargée d'énormes bagues en or, mes amis m'appellent Parkie. Asseyez-vous, je vous prie. Voulez-vous du café?
Les deux agents déclinèrent l'offre et s'installèrent dans des fauteuils rose pâle.
- Nous enquêtons sur la mort de sœur Mary des Anges, commença Jack. Nous savons qu'elle voulait vous racheter l'immeuble du boulevard Carnavon.
- J'ai appris sa mort tragique par les journaux, fit-il. En effet, elle m'en offrait même un bon prix, mais je ne veux pas le vendre, je veux en faire un parking. Mais elle insistait.
- Quand l'avez-vous vue pour la dernière fois? Demanda Myles.
- Attendez un peu … oui, c'est ça, mercredi dernier. Elle était allée fouiner dans cet immeuble alors qu'elle n'avait rien à y faire. Elle était sur ma propriété et je l'ai priée de bien vouloir partir illico presto! Violation de propriété privée, vous connaissez, je suppose?
Ils approuvèrent de la tête.
- Merci, monsieur Parkinson, vous nous avez beaucoup aidé. Au revoir.
Dehors, le téléphone de Myles sonna; c'était Alexandra qui lui annonçait que Sandy allait bien et que sa petite dent était sortie. Il raccrocha soulagé.
- Il nous a en effet beaucoup aidé, dit-il, je gardais un mandat pour les mauvais jours et je crois bien que je vais l'utiliser.
Jack approuva la démarche et ils se rendirent directement boulevard Carnavon. L'immeuble, en très mauvais état, occupait l'angle du boulevard et de la rue du même nom. Il était suffisamment important pour accueillir une trentaine de logements de taille raisonnable. Ils poussèrent la porte d'entrée et pénétrèrent dans un long couloir qui les mena à un escalier sale et délabré qu'ils empruntèrent jusqu'au premier étage. Des rats leur coururent dans les jambes. Ils poussèrent une à une les portes des appartements abandonnés et ne trouvèrent rien de particulier. Ils firent de même sur les cinq autres étages, explorèrent le toit, rien non plus. Ils allaient repartir bredouille lorsqu'un bruit régulier et saccadé les retint. Ils étaient sur le toit de part et d'autre du conduit d'aération. Ce bruit mystérieux venait de là.
Ils se précipitèrent à nouveau dans l'escalier et dévalèrent les marches jusqu'au rez-de- chaussée. Ils cherchèrent l'accès au sous- sol et empruntèrent un autre escalier en fer. Le bruit se précisait; ils entendaient également des quintes de toux. Ils longèrent un long boyau insalubre où de nombreux rats se battaient autour d'une carcasse de chat mort. Plus ils avançaient, plus les odeurs devenaient insupportables et plus ce bruit saccadé devenait proche;
- On dirait des machines à coudre, murmura Jack.
- Un atelier clandestin? demanda Myles. Il faut demander des renforts.
Il joignit le geste à la parole et ils sortirent leurs armes et continuèrent à avancer. Au détour d'un couloir, une lourde porte métallique leur barra le passage. Le bruit qui avait attiré leur attention venait de là. Des pas se firent entendre, ils n'eurent que le temps de se cacher derrière un tas d'immondices avant de voir passer devant eux "Parkie" et deux balaises tatoués. Ils ouvrirent la lourde porte et les deux agents eurent le temps de découvrir un atelier de confection clandestin qui semblait employer des Mexicains. Dès que la porte ce fut refermée, ils coururent à l'air libre attendre les renforts qui ne se firent pas attendre bien longtemps. Les Mexicains furent pris en charge et Parkie et ses sbires arrêtés.


- Félicitations à tous de la part du directeur, dit Dem plus tard dans la soirée. Vous avez fait du bon boulot.
- Mary est morte pour avoir découvert le trafic de ce Parkie! s'exclama Sue. J'espère que ses avocats pourront racheter cet immeuble et le transformer en logement comme elle le souhaitait.
- Elle aura été fidèle à ses convictions jusqu'au bout, conclut Myles en regardant la photo accrochée au tableau. Je ne serais pas là, demain. Je vais assister à ses obsèques.

Le ciel était bleu comme les yeux de Mary et le soleil radieux comme son sourire. Myles laissa passer la foule de ses amis et déposa sur le cercueil un simple lys blanc. Curieusement, il ne pleurait pas. Il ne se sentait pas triste. Au contraire, il se sentait presque heureux. Elle avait atteint le but qu'elle s'était fixée. Elle avait rejoint le paradis dont elle avait toujours été un ange sur cette terre. Sœur Mary des Anges!


Le soir, quand il alla s'asseoir sur la terrasse, il lui sembla qu'une nouvelle étoile venait de s'allumer dans le ciel. Alexandra le rejoignit, il la prit dans ses bras et l'embrassa tendrement. Elle eut un mouvement de recul:
- Es-tu bien certain que c'est moi que tu embrasses et pas Mary?
Il passa son bras autour de ses épaules et la serra contre lui:
- J'en suis tout à fait certain, maintenant. Elle, je l'aimerai toujours comme un amie fidèle, mais toi, je suis amoureux de toi et ce que je ressens pour toi est beaucoup plus fort.
Alors, rassurée, elle accepta son baiser sucré et s'abandonna dans ses bras.

FIN.

11° Fanfiction: Lettre d'Alexandra à Myles.

Myles a été détaché pour quelque temps sur la côte ouest à la suite d'une affaire de blanchiment d'argent dont on a découvert des ramifications jusqu'à San Francisco. Alexandra est restée à Washington, seule avec Sandy. Comme il n'est pas facile pour elle de joindre son mari, ne serait-ce qu'à cause de la discrétion nécessaire dans son travail et aussi du décalage horaire, elle a décidé de lui écrire une bonne vieille lettre manuscrite.



Washington, ce vendredi.


Mon cœur,


C'est une démarche que tu vas sans doute trouver curieuse mais j'ai décidé de t'écrire une lettre, une vraie. C'est un mode communication qui se perd, n'est-ce pas? Ce sera la première que je t'enverrai. Les seules fois où nous avons été séparés longtemps, nous ne pouvions communiquer que sous certaines conditions. (Voir fic"De Washington à Boston…"). Cette fois, tu travailles avec tes collègues de la côte ouest et on m'a dit que tu avais Tony Capono pour partenaire. Bon courage! Je ne le connais pas beaucoup mais tu sais l'effet qu'il me fait: c'est encore pire que si je mangeais des fruits de mer avariés! Sois prudent et prends bien soin de toi, je ne lui fais pas confiance.
Pour ce qui de l'affaire sur laquelle tu travailles, je ne sais rien et ne cherche pas à savoir. Je sais seulement que c'est important. Tu nous manques. Sandy ne comprend pas bien pourquoi papapapapa, comme il essaie de dire, n'est plus là le soir, pour lui donner son bain. Alors quand je le baigne, il pleure. Je ne dois pas avoir ta technique. Aujourd'hui, il a tapé des deux mains dans son assiette de purée, nous étions beaux à voir. Tu aurais éclaté de rire!
Les journées passent à une vitesse folle. Depuis que j'ai entrepris ces recherches pour savoir qui étaient les deux Myles qui t'ont précédé dans la famille, je travaille beaucoup. C'est passionnant. Mais le s soirées sont bien longues. Dès que Sandy est couché, je dresse l'oreille au moindre bruit, je crois toujours entendre ton pas, Je m'imagine que tu vas me faire la surprise de rentrer sans me prévenir. C'est idiot, non?
L'autre jour, Lucy et moi sommes allés fier des achats pour son mariage. Elle m' a aidé à choisir une tenue pour Sandy. On s'est bien amusées. Il va ressembler à un vrai petit lord . Elle est vraiment très, très amoureuse de ton frère et lui d'elle. Finalement, c'est bien que vous ayez rompu, sinon je n'aurais jamais connu le bonheur d'être ta femme.
Reviens-nous vite et entier si possible. Il y a ici un petit garçon endormi qui t'attend pour jouer et moi, je t'aime, tout simplement. Nous t'aimons très fort.

Alexandra

10° Fanfiction: Couteau et mouchoir de soie.

Acte I.


Scène 1.
(Au bureau, un vendredi matin, Bobby, Tara, Myles et Lucy)

Lucy, allant vers Myles qui le journal.
Il faudrait que tu fasses un effort si tu veux que je tape tes rapports. Je peux à peine lire un mot sur trois!

Tara, se tourne vers Lucy.
Je suis bien d'accord avec toi, il écrit de plus en plus mal.

Myles, vexé.
Ca va, n'en rajoute pas, montre-moi ce qui cloche. (Lucy lui tend la feuille; il l'approche de ses yeux, la recule et doit se rendre à l'évidence.) Désolé, je ne peux pas me relire. Tu n'as qu'à rayer cette phrase.

Lucy, relit le texte.
Blablablabla … la découverte du corps. Donc je supprime la phrase, ce qui nous donne:"La découverte de la victime ... provoque de violentes allergies cutanées … chez le coroner qui a emporté le corps."

Bobby éclate de rire.
Bravo! Excellent rapport, très clair! Ha!ha!ha!ha!

Myles, jette son journal sur le bureau.
N'en rajoute pas! La dernière fois, c'est toi qu' elle n'a pas pu relire.

Tara, regarde l'heure.
Où sont donc nos deux tourtereaux? Panne de réveil?


Scène 2.
(Les mêmes, Dem, Sue et Jack.)
Dem, entre, une pile de dossiers sur les bras, suivi de Jack et Sue et Lévi qui portent des cartons.
Bonjour tout le monde! Un peu d'attention, s'il vous plaît.

Myles, croisant les bras.
Quelle catastrophe vas-tu encore nous annoncer?

Bobby, moqueur.
Toi et ton "éternel" optimisme! Allez, raconte, Dem, on t'écoute.

Dem, distribue des papiers.
On a exhumé une vieille affaire. Elle date de dix ans. On l'avait appelée" le fantôme du théâtre".

Sue, signant.
Le fantôme du théâtre? J'ai bien lu?

Lucy, hoche la tête.
Oui, tu as bien compris.

Jack, va s'asseoir à son bureau.
Pendant six mois, quelqu'un s'en est pris aux vedettes féminines des plus grands spectacles de la ville. Trois jeunes comédiennes débutantes au talent prometteur ont été assassinées à l'arme blanche.

Myles, allant se servir du café.
Je me souviens maintenant. On a arrêté Julia Simpson, une actrice sur le déclin qui avait sombré dans l'alcool. Elle a été déclarée folle et elle est morte au bout de deux mois d'internement.

Dem, affiche une photo.
La police nous a fait parvenir cette photo et ce rapport. Même personne visée, même mise en scène, même modus operandi.

Bobby, observant la photo.
Qui est-ce? Jolie fille.

Dem.
Elle s'appelle Tilly Thornton, vingt huit ans, originaire du Montana. Son habilleuse l'a retrouvée dans sa loge, juste avant la répétition, un couteau à manche d'argent planté dans le cœur. Elle était couchée sur un sofa et tenait dans sa main droite un mouchoir de soie noire.

Tara, très intéressée.
C'est sinistre! On a à faire à un imitateur?

Dem.
On n'en sait rien encore. C'est pour ça que j'ai apporté tout le dossier. Il faut qu'on l'épluche à la lettre près pour voir ce qui a été publié et ce qui est resté secret et comparer.

Lucy, attrape des documents sur son bureau.
Je porte ça à Randy et je viens vous aider. (Elle sort.)


Scène 3.
(Toute l'équipe est là, sauf Lucy. Ils ont le nez plongé dans la paperasse.) Bobby bâille.
Ces rapports sont pires que les tiens, Myles!

Myles, se passe la main dans les cheveux.
Moi, je viens d'en lire un qui me rappelle singulièrement les tiens. Attends un peu … mais … c'est le tien! Ca alors! Tu n'as pas fait beaucoup de progrès depuis dix ans!
Sue, se lève et va vers Jack avec son papier.
Est- ce que tu peux me dire si les journaux ou les medias, en général, ont parlé de ça? (Elle pose son doigt sur la partie supérieure de sa feuille)

Jack regarde, surpris.
Ecoutez tous! Il faut vérifier ce que les medias ont publié concernant le modus operandi. On tient peut-être quelque chose! (Tous partent à la recherche du détail caché.)


Scène 4.

Les mêmes, plus Lucy qui entre en riant.
Ce Randy, il est toujours aussi ronchon, mais je lui ai rivé son clou! (Aucune réaction de la part des autres.) Oups! Je vois que je dérange. Où en êtes-vous?

Tara, mâchouillant son stylo.
On cherche ce que la presse a bien pu publié concernant le mode opératoire.

Lucy attrape un dossier et s'installe.
Allons-y, c'est parti!

Myles, agacé.
Heureux de savoir que tu vas nous soulager d'un poids! (Lucy lui lance un regard noir.)

Ils restent silencieux et lisent consciencieusement leurs pages. Seul Lévi s'agite un peu, se gratte et change de place. Sue le calme d'une caresse.

Lucy, triomphante.
Je crois que j'ai trouvé. J'ai épluché tellement de coupures de presse que les yeux m'en tombent …

Myles, de plus en plus énervé.
…. qu'est-ce que tu attends?

Lucy, radieuse.
Cool! Voilà, dans aucune des coupures que je viens de lire, je n'ai trouvé mention du manche d'argent du couteau. Seule les rapports de police et du coroner en parlent. Alors?

Les autres se penchent sur leurs dossiers à la recherche de l'indice. Seuls les documents internes mentionnent ce détail. Ils se regardent, éberlués.

Dem.
Ma petite Lucy, je crois que tu as trouvé la faille. Il faut donc envisager plusieurs solutions. La première, c'est que nous avons à faire au même meurtrier.

Jack.
Mais ça c'est impossible parce que Julia Simpson est morte. Deuxièmement, elle avait un ou une complice qui est toujours en vie et qui a décidé de refaire la même chose.


Myles.
Moi, j'envisagerais une troisième hypothèse. (Tous les regards se tournent vers lui, intrigués, à l'affût de l'énormité qu'il s'apprêtait à dire.) Qui a eu connaissance du dossier à part la police, le juge, les avocats et nous?

Bobby, dubitatif.
Tu veux dire que l'un de nous serait capable d'imiter un crime aussi odieux? Ouais, ça c'est déjà vu mais…

Dem, se lève et se place devant le tableau.
Bon, nous voilà avec du pain sur la planche. Jack et Sue, vous allez à l'hôpital psychiatrique. Bobby et Myles avec l'aide de Tara, vous contactez toutes les personnes qui on participé de près ou de loin à l'enquête. Moi, je vais voir le procureur.

Ils se lèvent, prennent leurs armes dans leur tiroir, mettent leurs manteaux et sortent. Lucy reste seule et se remet à son ordinateur.






Acte II


Scène 1

Plus tard, en fin de matinée au bureau. Lucy range les rapports dans les classeurs. Elle est seule. Son téléphone sonne. Elle se précipite et décroche.
Allo! …Non, Dem, personne n'est encore rentré. As-tu des nouvelles? … Attends, voilà Lévi, Jack et Sue ne doivent pas être loin … tu arrives? … d'accord, je le leur dirai.


Scène 2

Lucy, curieuse.
Alors, du nouveau?

Jack, pose son manteau et se sert un café.
Rien de rien. Sauf qu'ils ont un café infect, dans cette institution. Le médecin chef est toujours le même qu'il y a dix ans et son discours est aussi le même. On n'a pas avancé d'un pouce. Et Bobby et Myles?

Lucy.
Pas de nouvelles. Ils risquent d'en avoir pour un moment. Tara leur a donné une longue liste de personnes à voir. Je vous laisse, je vais déjeuner. Dem m'a chargé de vous dire qu'il arrive dans un instant. A tout à l'heure! (Elle attrape son sac, son manteau et elle sort.)



Scène 3.

(Jack et Sue sont seuls. Il s'approche d'elle et lui prend la main. Elle rougit et lui sourit.)

Jack.
Si je te préparais un petit dîner, ce soir, qu'en penses-tu? Pizza et valpolicella.

Sue, amusée.
C'est un programme bien tentant, ça marche pour moi. Et toi, Lévi? (Elle se penche pour caresser son chien qui lui donne un grand coup de langue sur la main.)Je crois qu'il est d'accord.

Jack donne un petit baiser rapide à Sue.
Je te promets que je ferai mieux ce soir.

Sue.
J'y compte bien.


Scène 4.
Jack et Sue sont rejoints par Dem.

Dem, marchant d'un bon pas.
Salut, vous deux, alors? Quoi de neuf?

Jack.
On s'est vraiment déplacé pour rien. Julia Simpson est bel et bien morte. Personne n'est venu réclamer son corps, alors elle a fini sur les tables à disséquer des futurs chirurgiens.

Dem.
Avec le foie qu'elle avait, elle a dû être un cas intéressant. (Son téléphone sonne.) Allo, oui Bobby, je t'entends. Ne parle pas si vite. Quoi? … Surtout, pas d'imprudence, revenez tout de suite!

Jack, se levant brusquement pour se rapprocher de Dem.
Alors, qu'est-ce qu'il se passe? Ils ont des problèmes?

Dem, sur le point de téléphoner.
Ils arrivent, ils vont nous expliquer tout ça. Je crois qu'ils ont levé un lièvre. Moi, je vais essayer d'obtenir un mandat.

Sue, plissant les yeux.
Je crois que j'ai mal lu, un quoi?

Jack, en signant
Un L.I V R E !

Sue, intriguée en parlant.
Un livre? Mais un livre de quoi?


Jack.
J'ai signé un livre? (Sue fit oui de la tête.) Non, un lièvre!

Ils se mirent à rire et Lévi à aboyer.


Scène 5

Jack, Sue, Dem, auxquels se joignent Bobby et Myles qui viennent d'arriver accompagnés de Lucy et Tara.

Dem.
Que s'est-il passé? Racontez vite.

Myles pend soigneusement son manteau sur un cintre.
On est d'abord allé chez les policiers. L'un de ceux qui ont mené l'enquête est mort et l'autre a la maladie d'Alzheimer.

Bobby.
Le juge Finch vit à Hawaii, il a près de quatre-vingts ans maintenant et plus toute sa tête non plus. Après, on s'est mis à la recherche de l'avocat des victimes. Maître Johnston est une charmante dame qui nous a reçu dans son bureau et nous a dit avoir eu connaissance du nouveau crime. Elle ne comprend pas, elle croyait comme nous que la coupable était morte.

Dem.
Pour l'être, elle l'est. Jack et Sue vous expliqueront. Continuez.

Myles, partageant un beignet avec Lévi.
Après, nous nous sommes allés chez Carter Brown, qui assurait la défense de Julia Simpson. On a sonné. Personne. On a fait le tour de la maison, rien. On a regardé à l'intérieur par une fenêtre de derrière et ce qu'on a vu nous a choqués. Une pièce entière consacrée à Julia Simpson: des photos, des portraits, des articles de presse, le tout éclairé par des bougies. Un véritable sanctuaire!

Le téléphone de Dem sonna de nouveau. Il raccrocha, l'air satisfait.

Dem, prenant son arme et sa veste.
On y va, j'ai un mandat. On peut perquisitionner chez Brown. Tara, Lucy et Sue, vous restez en ligne. Allez, en route.

Scène 6.

Sue, inquiète et agitée.
Je n'aime pas les voir partir comme ça. A chaque fois, j'ai peur. Pas vous?

Tara, d'une voix qui se voulait rassurante.
Moi aussi, j'ai toujours peur qu'il se passe quelque chose, c'est idiot.


Lucy.
Pour moi c'était pareil du temps où je sortais avec Myles. La différence maintenant, c'est que j'ai peur pour tout le monde. Décidément, tout le monde a peur. (Elle entend la radio grésiller.) Chut! Ecoutez!

Elles entendent Dem qui donne les ordres. Puis, c'est le silence. Juste des pas qui crissent dans le gravier, le souffle haletant des hommes. Puis à nouveau la voix de Dem:"FBI, ouvrez, nous avons un mandat de perquisition!" Une porte claque, les pas résonnent sur du bois, le parquet sans doute, quelqu'un court. Un coup de feu retentit, suivi d'un autre, puis un cri de douleur et des voix confuses. Enfin, la voix de Dem:
C'est fini, on l'a eu. Personne n'est blessé!

Les filles se regardent soulagées.

Scène 7.
Lucy, Sue et Tara, rejointes par le reste de l'équipe.

Dem, content d'en avoir fini rapidement avec cette affaire.
Bon travail, vous tous et merci. Sur ce, je m'en vais, à demain.

Myles, ajustant sa cravate.
Attends-moi, je te suis! Bonne soirée!

Bobby, prenant Tara et Lucy par les épaules.
Venez, mesdemoiselles, je vous offre un verre. Bye!

Jack et Sue restent seuls, face à face. Elle ne peut résister et se jette dans ses bras. Il l'embrasse.
Jack, lui levant le menton.
Si on allait finir ça à la maison?

Elle le regarde et fait oui de la tête. Ils éteignent la lumière et quittent le bureau, tendrement enlacés.

FIN

9° Fanfiction: Des fleurs pour Randy.

Randy était dans son bureau à éplucher des colonnes et des colonnes de chiffres. Les notes de frais des agents étaient innombrables et ils en abusaient en en utilisant une par produit: ici, un stylo, là, un péage de parking et encore une note de pressing et pour couronner le tout… un bouquet de fleurs!!! Qui osait faire payer ses fleurs par l'agence? Il ne voulut même pas savoir, même s'il en avait une certaine idée.
Il repoussa tous ces petits bouts de papier et se rejeta en arrière dans son fauteuil. Il en avait assez de ces calculs, de ces vérifications qui lui attiraient les foudres des autres agents; il avait envie d'appartenir au FBI entièrement, pas seulement en tant que gratte-papier, d'avoir une accréditation comme les agents actifs, bref, il avait en quelque sorte envie de jouer les James Bond.
Il avait fait des études honorables à George Washington qui lui avaient permis de postuler au FBI. Et voilà, maintenant, il additionnait les notes de frais. Glorieuse tâche! Tous les autres agents l'évitaient, voire même le détestaient, et lui se retrouvait isolé au milieu de tout ce personnel qui ne s'adressait à lui que pour réclamer quelque chose ou pour lui voler dans les plumes. En y pensant, il passa sa main sur son crâne bien dégarni et se dit que des plumes, il n'en avait plus beaucoup!
Il avait la quarantaine. "Comme Leland", se dit-il et il était seul dans la vie, mais pas comme Leland. Comment ce type avait-il pu épouser une femme de la classe d'Alexandra? Elle n'était franchement pas dégoûtée. La fortune familiale, c'était sûrement ça. Mais non, elle venait d'une famille tout aussi fortunée. Son physique? Une grande asperge sans forme, voilà à quoi il ressemblait.
Lui, Randy, était tout en rondeurs, plutôt de quoi rassurer une femme et sans être riche, il vivait confortablement après avoir fait de bons placements. Il faut reconnaître que pour ça il avait du flair. Il se trouvait plutôt beau et était certain que ses lunettes lui donnaient un air intellectuel. Satisfait de lui, il ne comprenait toujours pas pourquoi il n'arrivait pas à nouer le contact en dehors des membres du club du troisième âge de sa mère.
On frappa à sa porte:
- Entrez!
- Coucou, bonjour Randy! Comment vas-tu?
C'était Arlen qui vint s'asseoir sur un coin du bureau en croisant les jambes. Elle était bien la seule qui s'adressait spontanément à lui, sans arrière pensée. Elle lui fit un sourire de requin qui le troubla.
- Alors mon chou, tu as l'air tout tristounet! Ca te dirait de venir boire un verre avec moi, après le boulot?
Il se sentait rougir jusqu'aux oreilles. Elle décroisa les jambes et se mit debout presque tout contre lui. Il se sentait minuscule, la tête perdue à la hauteur de la poitrine plus que généreuse de l'infirmière du FBI. Il bafouilla un oui timide. Alors Arlen, dans un geste théâtral fit tourner le fauteuil, bascula le dossier et donna un baiser carnassier à ce pauvre Randy, tout étourdi par cette audace, mais ravi. Quand elle retira sa bouche de ses lèvres, il resta sans voix et ne put que faire un petit signe de la main à son amoureuse volcanique qui retournait à ses piqûres.

8° fanfiction: Lettre de Myles à sa mère.

La maison de banlieue était silencieuse. Les fenêtres grandes ouvertes laissaient entrer les pépiements des moineaux, troublés par le croassement d'un corbeau de passage; au loin, le ronflement discret d'une tondeuse électrique, des cris d'enfants qui passaient à bicyclette et la petite musique du marchand de glace donnaient de la vie au quartier.
Myles était seul. Il venait de rentrer du bureau où une affaire l'avait retenu plus longtemps que prévu et il n'avait pu accompagner sa femme et son fils à Boston. Il le regrettait. Il le regrettait parce qu'il goûtait chaque instant passé avec sa petite famille, mais il le regrettait aussi parce qu'il n'avait pas vu ses parents depuis plusieurs semaines. Le rapprochement qu'avait amorcé sa mère après son retour d'Irak s'était concrétisé à son mariage, puis à la naissance de Sandy, mais l'éducation typiquement bostonienne qu'elle avait reçue lui imposait de ne pas montrer ses sentiments. Il en avait souffert et en souffrait encore. Il ressentait un profond besoin de lui en parler mais chez les Leland, on n'extériorise pas ce que l'on ressent. Alors il décida qu'il était temps pour lui de dire à sa mère tout ce qu'il avait sur le cœur. Il se fit du thé, prit des cookies, retroussa les manches de son pull et s'installa à son bureau.
Son cœur se mit à battre très fort lorsqu'il posa devant lui une feuille de papier à lettres de la meilleure qualité. Il saisit son stylo plume, sa main tremblait légèrement. Il traça une date maladroite, la plume dérapa, il froissa le papier et recommença. Une sorte d'angoisse l'étreignit comme lorsqu'il était petit garçon et qu'il redoutait la réaction de sa mère devant une rature ou une lettre mal formée. "Zen!" se dit-il en regardant la photo d'Alexandra qui lui souriait, déguisée en Sissi. Il fit comme elle lui avait appris: il inspira profondément et expira à fond trois fois de suite et se sentit mieux. Son esprit était vif, les mots attendaient le bon vouloir de ses doigts crispés sur son stylo pour apparaître sur le papier. Soudain, la plume se mit à courir et des caractères anguleux se dessinèrent sur la feuille à l'encre noire.

Ma chère Maman,

Il y a bien longtemps de cela, je t'ai écrit une lettre du haut de mes huit ans, fier de moi, pensant te faire plaisir. Papa et toi m'aviez envoyé en vacances avec grand-mère. Chaque jour, je demandais au concierge de l'hôtel ou à la femme de chambre s'il y avait une lettre pour moi et chaque jour, je rejoignais grand-mère, déçu, la larme à l'œil. Elle me disait alors qu'un homme n'avait pas le droit de pleurer, encore moins un Leland. J'attends toujours la réponse à cette missive qui m'avait demandé beaucoup d'attention et d'application. C'est pourquoi je ne t'en ai jamais écrit d'autres.
Aujourd'hui, à quarante ans passés, je suis devenu un homme responsable, un père fier de son fils et un mari comblé. Trop de choses nous séparent, toit et moi dans ces trois domaines. La carrière que j'ai embrassée, tu ne l'as jamais admise et cependant, j'appartiens à une élite. Les valeurs que je défends activement sont pourtant les mêmes que les tiennes, mais je le fais dans l'ombre et pas dans les galas de charité.
Parlons-en de la charité! Ne dit-on pas que charité bien ordonnée commence par soi-même? Il t'était facile de t'occuper à récolter des fonds pour les orphelins, les petits malades et autres enfants dans le besoin. Je dois reconnaître que tu faisais merveilles dans tes soirées mondaines où tu embobinais tes riches relations. Mais ce que tu ne savais pas et que tu n'as jamais su, c'est que ces soirs-là, un petit garçon se cachait en haut de l'escalier et voyait partir une belle dame vêtue des plus belles robes, portant des bijoux somptueux. Il aurait aimé pleurer et se jeter dans ses bras, lui dire qu'il aurait aimé qu'elle lui raconte une histoire avant de partir, qu'elle le borde et qu'elle l'embrasse. Mais chez les Leland, on ne montre pas ses sentiments.
Je me suis bien vite rendu compte que je n'étais élevé comme les autres enfants. Jamais tu n'as pris le petit déjeuner avec moi, j'allais toujours seul à l'arrêt de bus. Pour toi, il était encore trop tôt et Papa était déjà parti. Te rends-tu compte que le premier petit déjeuner que nous avons pris ensemble a été celui qui a suivi le jour de mon mariage ? Je me suis toujours senti orphelin. Je me souviens de nuits où j'étais fiévreux et où ta présence m'aurait rassuré, mais non, tu étais à Aspen ou à Lake Louise ou au lac Tahoe, en hiver et en été tu m'envoyais chez grand-mère. J'ai toujours eu l'impression d'avoir été un fardeau pour toi.
Après, il a été facile pour moi de me réfugier dans les études, parce qu'il fallait concurrencer Anne pour avoir un semblant de considération. Je ne sais pas si j'y ai réussi, mais je suis heureux d'avoir pu mener à bien mes objectifs et de servir le pays, à ma façon, certes, mais je le sers du mieux que je peux.
Une chose est certaine, c'est que je ne reproduirai pas ce schéma avec mon fils. Il est mon bien le plus précieux et je veux lui donner tout ce dont il a besoin et surtout de l'amour. Sa maman est merveilleuse avec lui et moi, j'essaie d'être à la hauteur. Je veux faire avec lui tout ce que je n'ai jamais pu faire avec Papa et toi. Peu importe les lointains voyages, les leçons de musique, d'équitation, de tennis ou de golf. Ce que je veux, c'est faire des choses avec lui, pour qu'il comprenne combien il a d'importance pour moi et combien je l'aime. Je veux être disponible pour lui et pour le futur bébé.
Pas plus que je n'imiterai Papa qui partait très tôt et rentrait très tard, tant et si bien que je ne le voyais que le week-end et encore, quand il n'était pas invité par un riche client. Alors toi, tu rejoignais tes amis. Ce n'est pas ainsi que je conçois la vie de couple. Le vôtre a résisté à tout cela, du moins je le crois, car vous avez toujours su sauver les apparences. Moi, je veux vivre chaque instant de ma vie avec celle qui a fait de moi ce que je suis. Alexandra m'a ouvert les yeux, m' a fait sortir de ce monde où je m'étais enfermé, m'a rendu plus sociable et m'a fait comprendre qu'au fond de moi, il y avait un homme capable d'être heureux. Et je le suis maintenant, grâce à elle, à tout l'amour qu'elle me donne chaque instant de chaque jour.
Eh oui, chère Maman, ton argent m'a permis de fréquenter les meilleures écoles, de me donner la meilleure éducation qui soit et je t'en remercie. Mais c'était facile pour toi de signer des chèques. Quant à donner de l'amour! Je ne dis pas que tu ne m'aimes pas, mais tu ne m'as jamais dit que tu m'aimais. Comme je le regrette! Il faut que j'arrive ce stade de ma vie pour avoir le courage de t'écrire tout cela, si courage il y a à exprimer ses pensées profondes dans une lettre. Mais quoiqu'il en soit, tu es ma mère et moi, je t'aime.

Ton fils affectionné,

Myles.





9° Fanfiction: Des fleur pour Randy

Randy était dans son bureau à éplucher des colonnes et des colonnes de chiffres. Les notes de frais des agents étaient innombrables et ils en abusaient en en utilisant une par produit: ici, un stylo, là, un péage de parking et encore une note de pressing et pour couronner le tout… un bouquet de fleurs!!! Qui osait faire payer ses fleurs par l'agence? Il ne voulut même pas savoir, même s'il en avait une certaine idée.
Il repoussa tous ces petits bouts de papier et se rejeta en arrière dans son fauteuil. Il en avait assez de ces calculs, de ces vérifications qui lui attiraient les foudres des autres agents; il avait envie d'appartenir au FBI entièrement, pas seulement en tant que gratte-papier, d'avoir une accréditation comme les agents actifs, bref, il avait en quelque sorte envie de jouer les James Bond.
Il avait fait des études honorables à George Washington qui lui avaient permis de postuler au FBI. Et voilà, maintenant, il additionnait les notes de frais. Glorieuse tâche! Tous les autres agents l'évitaient, voire même le détestaient, et lui se retrouvait isolé au milieu de tout ce personnel qui ne s'adressait à lui que pour réclamer quelque chose ou pour lui voler dans les plumes. En y pensant, il passa sa main sur son crâne bien dégarni et se dit que des plumes, il n'en avait plus beaucoup!
Il avait la quarantaine. "Comme Leland", se dit-il et il était seul dans la vie, mais pas comme Leland. Comment ce type avait-il pu épouser une femme de la classe d'Alexandra? Elle n'était franchement pas dégoûtée. La fortune familiale, c'était sûrement ça. Mais non, elle venait d'une famille tout aussi fortunée. Son physique? Une grande asperge sans forme, voilà à quoi il ressemblait.
Lui, Randy, était tout en rondeurs, plutôt de quoi rassurer une femme et sans être riche, il vivait confortablement après avoir fait de bons placements. Il faut reconnaître que pour ça il avait du flair. Il se trouvait plutôt beau et était certain que ses lunettes lui donnaient un air intellectuel. Satisfait de lui, il ne comprenait toujours pas pourquoi il n'arrivait pas à nouer le contact en dehors des membres du club du troisième âge de sa mère.
On frappa à sa porte:
- Entrez!
- Coucou, bonjour Randy! Comment vas-tu?
C'était Arlen qui vint s'asseoir sur un coin du bureau en croisant les jambes. Elle était bien la seule qui s'adressait spontanément à lui, sans arrière pensée. Elle lui fit un sourire de requin qui le troubla.
- Alors mon chou, tu as l'air tout tristounet! Ca te dirait de venir boire un verre avec moi, après le boulot?
Il se sentait rougir jusqu'aux oreilles. Elle décroisa les jambes et se mit debout presque tout contre lui. Il se sentait minuscule, la tête perdue à la hauteur de la poitrine plus que généreuse de l'infirmière du FBI. Il bafouilla un oui timide. Alors Arlen, dans un geste théâtral fit tourner le fauteuil, bascula le dossier et donna un baiser carnassier à ce pauvre Randy, tout étourdi par cette audace, mais ravi. Quand elle retira sa bouche de ses lèvres, il resta sans voix et ne put que faire un petit signe de la main à son amoureuse volcanique qui retournait à ses piqûres.