Ce matin de mai, le temps était d'une douceur printanière et la journée s'annonçait belle et chaude. Lucy, Sue et Tara portaient des chemisiers légers et la pauvre Lévi tirait la langue car il avait déjà trop chaud. Bobby venait de desserrer sa cravate, Jack avalait une tasse de café qu'il trouvait trop chaud et Myles entra en sifflotant et en vantant les effets des matins de printemps ensoleillés sur les humains. Comme d'habitude, il se fit remettre à sa place, mais cela ne dura pas longtemps car Dem les interrompit:
- Bonjour à tous, désolé de vous intercepter dès votre arrivée et de couper court à votre sport matinal favori, mais je dois vous transmettre ceci.
Il distribua à chacun un dossier qu'il entreprit de résumer:
- C'est l'archevêque en personne qui vient de prendre contact avec nous. Deux meurtres ont été commis sur la personne de S.D.F. dans un refuge géré par l'archevêché.
- C'est à la police locale de mener l'enquête alors, pourquoi nous? Intervint Myles.
- Parce que la religieuse qui dirigeait ce centre a été assassinée hier soir et monseigneur Patterson nous demande comme une faveur de nous charger des investigations, précisa Dem. Elle s'appelait sœur Mary des Anges. Jack et Myles, vous allez à la morgue. Sue et Tara allez faire un tour au couvent et Bobby et moi irons au refuge. Merci.
Le soleil se faisait de plus en plus chaud et le contraste avec les locaux de la morgue fit frissonner les deux fédéraux.
- Jack Hudson et voici Myles Leland, fit Jack en exhibant sa carte imité par son collègue.
Le gardien les conduisit jusqu'à la pièce où les attendait le médecin légiste. Il les salua et leur exposa ses conclusions:
- Elle a été tuée d'un seul coup de couteau en plein cœur. Le coup a été porté de bas en haut. La lame mesure environ vingt cinq centimètres de long sur quatre de large.
- Un poignard? Un couteau de cuisine? demanda Myles.
- Un couteau de cuisine, répondit le légiste. On l'a retrouvé sur la scène de crime et cela correspond point par point.
- Pouvons-nous voir le corps? fit Jack.
Le médecin légiste les conduisit dans la pièce voisine où le mur du fond était tapissé de casiers réfrigérés. Il en ouvrit un, tira le brancard et découvrit le visage de sœur Mary des Anges.
- Mon Dieu, murmura Myles en s'accrochant au mur.
Il était d'une pâleur mortelle.
- Ca ne va pas? Tu te sens mal? s'inquiéta Jack.
Il lui fit signe que ça allait mais sortit. Jack examina le corps, seul, et le rejoignit quelques minutes plus tard:
- Ce n'est pas le premier cadavre que tu vois, remarqua Jack. Tu peux m'expliquer!
Myles lui fit signe de le suivre dehors. Ils s'assirent sur un banc et il inspira profondément pour reprendre ses esprits.
- Sœur Mary des Anges s'appelle Mary Callaghan, expliqua-t-il.
- Tu la connais?
Il passa sa main dans ses cheveux comme il avait l'habitude de le faire quand il était embarrassé.
- Oui, je la connais. Nous étions ensemble à Harvard. Disons plutôt que nous nous sommes connus à Harvard.
- Et tu savais qu'elle était devenue religieuse?
- Oui, je le savais, mais je ne savais pas où.
Il se tut et semblait perdu dans ses souvenirs.
- Tu veux en parler?
- Pas maintenant, fit-il en se levant, je voudrais juste rester seul avec elle, si … c'est … possible, bien sûr.
Jack ne comprenait pas encore très bien mais il accéda à la demande de son ami et le laissa retourner dans la salle. Le légiste n'avait pas encore rangé le corps. Jack lui fit signe et ils laissèrent Myles, seul, face à un épisode de son passé.
- Mary Callaghan, murmura-t-il, comme s'il lui parlait à l'oreille, voilà donc ce que tu es devenue. Je te savais pieuse mais j'ignorais que tu avais la vocation. Il est vrai que face à l'amour de Dieu, l'amour que je te portais était bien modeste.
Il la regardait intensément comme s'il voulait qu'elle ouvre les yeux, ses yeux bleus comme le ciel de ce beau jour de printemps. Il passa sa main dans ses cheveux blonds qui étaient toujours aussi doux et soyeux; elle ne les avait pas coupés et ils encadraient souplement son visage. Il sentit sa gorge se nouer et préféra partir. Il enroula une mèche de cheveux autour de son doigt et la posa délicatement sur son épaule nue. Les larmes perlaient à ses paupières et s'écrasèrent sur le visage de Mary quand il se pencha pour lui donner un dernier baiser sur le front. " Je t'aimerai toujours, ma petite Irlandaise", lui dit-il en caressant sa joue glacée.
Jack l'attendait dans le hall, bouleversé. Jamais il n'avait vu Myles dans cet état. Il l'interrogea du regard quand il le vit arriver, mais il resta silencieux. Il vit ses yeux rougit et comprit qu'il valait mieux se taire et se mit au volant.
- Tu veux bien arrêter la voiture, là-bas, près du parc? demanda Myles.
Jack s'exécuta, gara la voiture et ils firent quelques pas avant de s'asseoir sur un banc. Myles prit sa tête dans ses mains.
- Mary et moi avons été fiancés, avoua-t-il. Jack, est-ce qu'elle a été … violée?
Jack fut étonné de la question et se rappela le rapport du médecin légiste:
- Non, elle a seulement reçu ce coup de couteau qui lui a été fatal.
- Merci mon Dieu, fit Myles, visiblement soulagé.
Il leva vers son ami ses yeux tristes et s'aperçut qu'il ne comprenait pas.
- Vois-tu, Jack, poursuivit-il, nous avons été fiancés pendant deux ans et jamais, nous n'avons partagé le même lit; elle avait des principes que je respectais, parce que je l'aimais. Et j'aurais été encore plus triste de savoir qu'on avait abusé d'elle, elle qui tenait tant à son intégrité physique.
- Je comprends, assura Jack. Et pourquoi avez-vous rompu?
- Elle est partie travailler en Afrique noire pendant plusieurs années et moi, je suis entré au FBI. Un beau jour, elle m'a écrit qu'elle avait prononcé ses vœux, dans le sud du Chili, et nous ne nous sommes plus revus.
- Tu l'aimais beaucoup, n'est-ce pas?
- Encore plus que cela; on ne pouvait pas ne pas l'aimer, c'était dans sa nature. Tout le monde l'aimait…
- …sauf celui qui l'a tuée et nous le trouverons, je te le promets.
Myles lui lança un regard plein de gratitude et lui fit comprendre qu'il était temps de regagner les locaux de Pennsylvania Avenue. Pendant toute la durée du trajet, il ne dit pas un mot. Jack respecta son silence.
Lucy s'apprêtait à accueillir Myles avec une de ces remarques dont elle avait le secret mais le regard noir et menaçant de Jack l'en dissuada aussi sec. Elle quitta la pièce d'un pas vif.
- Que vas-tu faire, maintenant? demanda Jack.
Myles s'assit à son bureau et pour la énième fois se passa la main dans les cheveux. C'était là une excellente question: à qui parler de cette situation?
- Je vais tout raconter à Alexandra, je sais qu'elle m'écoutera et qu'elle restera objective, finit-il par dire.
Jack approuva de la tête. Il connaissait suffisamment la jeune femme pour savoir qu'elle écouterait avant de juger.
- Puis-je compter sur toi pour que cette histoire reste … entre nous? demanda son ami.
- Pas de problème, signa Jack avec le mince espoir de dérider un peu son collègue.
Bobby et Demetrius arrivèrent sur ces entrefaites. Ils avaient une discussion très animée. Jack fit semblant de fouiller dans ses tiroirs et Myles plongea son nez dans sa tasse de café, le temps de se ressaisir.
- Alors, interrogea Jack, du nouveau?
- Tout est dans le rapport de police, répondit Bobby. On a fait une enquête de voisinage mais elle a été rapide car le refuge se trouve dans un endroit désert la nuit.
- Tout ce qu'on sait, poursuivit Dem, c'est que sœur Mary était respectée de tous ces pauvres gens dont elle s'occupait et qu'aucun ne lui aurait fait le moindre mal. Ils auraient même donné leur vie pour elle, s'ils en avaient eu l'occasion.
- C'est peut-être une piste à mettre de côté pour l'instant, conclut Jack. Ah! Voilà Tara et Sue!
En effet, Lévi venait d'entrer seul dans la pièce suivi de très près par sa maîtresse et Tara. Il fit la fête à Jack et posa son museau sur le genou de Myles: il avait senti que quelque chose n'allait pas chez lui.
- Nous revoilà! Ce n'est pas encore aujourd'hui que nous nous ferons bonnes sœurs, plaisanta Tara.
- Alors qu'avez-vous sur Sœur Mary? demanda Dem.
Tara sortit son calepin et commença:
- Elle est née en 1966 à Philadelphie. Ses parents étaient des magnats de la presse et l'ont laissée orpheline très jeune mais à la tête d'une fortune considérable, gérée par un bataillon d'avocats. Elle a fréquenté les meilleurs pensionnats suisses et…
- … est entrée à Harvard où elle a suivi de très brillantes études de droit, enchaîna Myles.
Tous les regards se tournèrent vers lui; il parlait d'une voix sourde, en détachant chaque syllabe comme s'il souhaitait ne pas revenir sur ce qu'il disait. Il continua:
- Nous avons été fiancés et nous devions nous marier …
Lucy, qui était revenue entre temps, allait ouvrir la bouche mais Jack lui donna un léger coup dans les chevilles; elle sursauta et comprit.
- … mais la vocation a été la plus forte et elle a prononcé ses vœux.
Un silence pesant plana soudain sur le groupe. Sue le rompit en relisant ses notes:
- Elle a consacré sa fortune à la création de fondations destinées à aider les plus déshérités.
- Qui gère ces fondations? se renseigna Bobby.
- D'après la mère supérieure, ce sont toujours ses avocats qui s'en occupent.
- Vous avez les noms? demanda Myles qui avait eu un soudain regain d'intérêt;
- Oui, ils sont trois, précisa Tara. John Lazenby, Carlton Fergusson et Bradley Truman. Je crois bien que ce sera un travail pour toi, Myles. Tu es le plus au fait de toutes les subtilités de la finance.
- Oui, murmura-t-il.
- Si tu sens que tu es trop impliqué, tu peux te retirer, lui dit Dem.
- Non, ça ira, merci.
Il n'avait qu'une hâte, rentrer chez lui embrasser sa femme et son fils et raconter cette partie de son passé qu'Alexandra ne connaissait pas. Le reste de la journée lui parut interminable et il ne cessait de regarder sa montre. Quand enfin il arriva chez lui, il serra dans ses bras les deux amours de sa vie actuelle et donna son bain à Sandy comme il avait l'habitude de la faire. Une fois le bébé endormi, il décida de parler à sa femme avant le dîner.
Alexandra quitta son fauteuil et alla rejoindre Myles sur le canapé. Elle avait les larmes aux yeux:
- Comme tu dois souffrir, mon pauvre cœur, lui dit-elle en lui prenant les mains.
Ce fut tout ce qu'elle fut capable de dire mais les mots étaient inutiles, il avait compris qu'elle acceptait la situation et qu'elle lui pardonnait. Mais lui pardonner quoi? De ne pas lui avoir avouer une relation amoureuse passée? C'était son passé à lui, il lui appartenait. Mais comment aurait-elle réagi si Mary avait encore été vivante? Il chassa cette idée de son esprit. Alexandra avait elle aussi vu un jour un ancien amour refaire surface dans des circonstances curieuses. (Voir "Quand le passé nous rattrape"). Si Mary avait encore été de ce monde, elle ne se serait jamais manifestée. D'ailleurs, cela faisait plusieurs années qu'elle vivait à Washington et jamais elle ne lui avait donné le moindre signe de vie.
Ce soir-là, le dîner fut rapide chez les Leland. Myles ne dormit pas cette nuit-là et ne cessa de se tourner et de se retourner dans le grand lit. Sandy se réveilla plusieurs fois en pleurant, il avait de la fièvre: ses petites dents qui perçaient le faisaient souffrir et lorsque le réveil sonna, Myles avait déjà pris le chemin du bureau et Alexandra changeait son fils pour la sixième fois de la nuit.
Myles arriva dans les locaux déserts peu après six heures. Il s'installa à son bureau et alluma sa lampe. Sur le tableau était épinglée une photo de Mary. Il semblait fasciné par cette image. Elle était toujours aussi jolie qu'autrefois et les années ne semblaient pas avoir eu de prise sur elle. Elle avait toujours ce merveilleux sourire si lumineux qui faisait qu'on allait vers elle sans même la connaître, tant il était empreint de bonté et d'amour. Il se rappela leur première rencontre:
" C'était peu après la rentrée. Myles était en troisième année et conduisait un superbe coupé sport qui faisait l'admiration des filles du campus. Comme il pleuvait, ce jour-là, il avait relevé la capote et roulait assez doucement pour éviter un groupe de cyclistes. Soudain, à quelques mètres devant lui, une jeune fille glissa et s'affala de tout son long dans une flaque d'eau. Il pila et réussit à stopper à un mètre d'elle. Il sortit, furieux, prêt à l'invectiver mais elle lui adressa un regard bleu si désespéré qu'il se calma et prit le parti de l'aider à se relever. Il la fit monter dans sa belle voiture, non sans avoir auparavant étendu une couverture sur la banquette pour ne pas qu'elle la détrempe avec ses vêtements mouillés. Elle s'installa avec précaution car elle avait compris à quel genre d'étudiant elle avait à faire et se présenta:
- Je m'appelle Mary Callaghan, je suis en première année de droit.
- Myles Leland III° du nom, je suis en troisième année.
Ils se serrèrent la main. Il la conduisit à sa chambre qui se trouvait à l'autre bout du campus tout en bavardant des professeurs de la section.
- C'est là, fit-elle en désignant un bâtiment recouvert de lierre aux couleurs d'automne. Merci de m'avoir ramenée.
Il sortit pour lui ouvrir la porte et elle le gratifia d'un sourire éclatant. Et il la regarda partir, subjugué, sans se soucier le moins du monde de la pluie qui avait redoublé d'intensité et qui détrempait son blouson."
Plongé dans ses souvenirs, il n'entendit pas Demetrius qui arrivait. Celui-ci s'approcha doucement et il sursauta:
- Désolé de t'avoir fait peur, s'excusa-t-il. Rien qu'à voir ta tête, je devine que la nuit a été difficile.
- Tu l'as dit et Sandy a pleuré toute la nuit. Tu sais, j'ai beaucoup réfléchi et je suis parvenu à certaines conclusions.
Dem s'assit en face de lui, au bureau de Bobby qui n'arriverait sans doute pas avant une bonne heure.
- Quelles sont-elles?
- J'ai lu dans les différents compte-rendu que Mary avait créé une fondation avec sa fortune et qu'elle était gérée par trois avocats, n'est-ce pas? Bien. Ce sont, d'après tous les témoignages des gens au-dessus de tout soupçon. J'ai lu également que si Mary venait à disparaître tout ce qu'elle avait mis en place passait sous la gestion de l'archevêché. Continuons. Arrête-moi, si je me trompe. J'ai découvert en furetant dans les différents comptes rendus qu'elle souhaitait que sa fondation rachète un immeuble qui se trouve non loin du lieu des crimes, afin d'y installer des appartements bon marché pour les personnes qu'elle voulait réinsérées dans la vie active. Les négociations étaient en cours depuis très longtemps et n'aboutissaient pas. Les trois avocats n'avaient pas réussi à s'entendre sur le prix avec le propriétaire du bâtiment.
- Tu penses qu'il faut chercher de ce côté-là?
- J'en suis même certain, car, elle avait décidé de s'occuper elle-même de la transaction et je crois qu'elle était sur le point d'aboutir.
- Tu y as passé la nuit, ma parole!
- Non, j'ai simplement relu le dossier que tu nous as donné et les rapports de la visite au couvent et au refuge.
- Et qui est le propriétaire de cet immeuble?
- Ca, je ne le sais pas encore. Je m'apprêtais à le trouver.
- D'accord, c'est une piste à suivre.
Dem se leva, se servit un café et demanda à Myles:
- Tu es sûr que ça va aller?
- Ne t'inquiète pas, ça ira, et ça ira encore mieux quand on aura coffré ce salaud.
Il décrocha son téléphone et appela chez lui pour avoir des nouvelles de Sandy. Félicia lui dit qu'Alexandra l'avait conduit chez le médecin et qu'elle l'appellerait dès qu'elle serait de retour. Il reposa le combiné un peu déçu et se replongea dans sa lecture, alors que Jack et Sue arrivaient à leur tour. Lucy les suivit de près.
- Bonjour tout le monde! lança-t-elle à la cantonade.
Elle posa sa veste et s'approcha de Myles:
- Comment ça va ? On dirait que tu as mal dormi? Sandy, c'est ça? A propos, Andrew vient passer le week-end chez moi et nous espérons vous avoir à dîner, Alexandra et toi et surtout mon futur neveu.
Myles fit un signe de la tête qui ne signifiait ni oui ni non. Elle n'insista pas car elle savait que le message ferait son chemin à travers les circonvolutions tortueuses du cerveau de son futur beau-frère.
Dans la matinée, Myles et Jack se rendirent chez les avocats de Mary. Cette entrevue ne fit que confirmer ce qu'ils pensaient déjà à savoir qu'ils géraient ses biens avec beaucoup de compétences. Ils leur donnèrent le nom du propriétaire de l'immeuble qu'elle avait souhaité acquérir, un certain Donald Parkinson. Un coup de fil au bureau leur donna l'adresse de cet homme et surtout leur apprit qu'il possédait une chaîne de laveries automatiques, plusieurs centres de bricolage et qu'il habitait dans la banlieue huppée de la ville. Ils se rendirent chez lui où ils furent reçus par un "domestique" en livrée, ce qui était d'un effet parfaitement ridicule, qui les fit patienter dans un salon démesuré qui affichait des tableaux que Myles examina en expert et auxquels il ne trouva aucun intérêt, sinon qu'ils possédaient tous la même couleur dominante, le rose. Un homme, petit et rondouillard, apparut enfin.
- Donald Parkinson, se présenta-t-il en leur tendant une main chargée d'énormes bagues en or, mes amis m'appellent Parkie. Asseyez-vous, je vous prie. Voulez-vous du café?
Les deux agents déclinèrent l'offre et s'installèrent dans des fauteuils rose pâle.
- Nous enquêtons sur la mort de sœur Mary des Anges, commença Jack. Nous savons qu'elle voulait vous racheter l'immeuble du boulevard Carnavon.
- J'ai appris sa mort tragique par les journaux, fit-il. En effet, elle m'en offrait même un bon prix, mais je ne veux pas le vendre, je veux en faire un parking. Mais elle insistait.
- Quand l'avez-vous vue pour la dernière fois? Demanda Myles.
- Attendez un peu … oui, c'est ça, mercredi dernier. Elle était allée fouiner dans cet immeuble alors qu'elle n'avait rien à y faire. Elle était sur ma propriété et je l'ai priée de bien vouloir partir illico presto! Violation de propriété privée, vous connaissez, je suppose?
Ils approuvèrent de la tête.
- Merci, monsieur Parkinson, vous nous avez beaucoup aidé. Au revoir.
Dehors, le téléphone de Myles sonna; c'était Alexandra qui lui annonçait que Sandy allait bien et que sa petite dent était sortie. Il raccrocha soulagé.
- Il nous a en effet beaucoup aidé, dit-il, je gardais un mandat pour les mauvais jours et je crois bien que je vais l'utiliser.
Jack approuva la démarche et ils se rendirent directement boulevard Carnavon. L'immeuble, en très mauvais état, occupait l'angle du boulevard et de la rue du même nom. Il était suffisamment important pour accueillir une trentaine de logements de taille raisonnable. Ils poussèrent la porte d'entrée et pénétrèrent dans un long couloir qui les mena à un escalier sale et délabré qu'ils empruntèrent jusqu'au premier étage. Des rats leur coururent dans les jambes. Ils poussèrent une à une les portes des appartements abandonnés et ne trouvèrent rien de particulier. Ils firent de même sur les cinq autres étages, explorèrent le toit, rien non plus. Ils allaient repartir bredouille lorsqu'un bruit régulier et saccadé les retint. Ils étaient sur le toit de part et d'autre du conduit d'aération. Ce bruit mystérieux venait de là.
Ils se précipitèrent à nouveau dans l'escalier et dévalèrent les marches jusqu'au rez-de- chaussée. Ils cherchèrent l'accès au sous- sol et empruntèrent un autre escalier en fer. Le bruit se précisait; ils entendaient également des quintes de toux. Ils longèrent un long boyau insalubre où de nombreux rats se battaient autour d'une carcasse de chat mort. Plus ils avançaient, plus les odeurs devenaient insupportables et plus ce bruit saccadé devenait proche;
- On dirait des machines à coudre, murmura Jack.
- Un atelier clandestin? demanda Myles. Il faut demander des renforts.
Il joignit le geste à la parole et ils sortirent leurs armes et continuèrent à avancer. Au détour d'un couloir, une lourde porte métallique leur barra le passage. Le bruit qui avait attiré leur attention venait de là. Des pas se firent entendre, ils n'eurent que le temps de se cacher derrière un tas d'immondices avant de voir passer devant eux "Parkie" et deux balaises tatoués. Ils ouvrirent la lourde porte et les deux agents eurent le temps de découvrir un atelier de confection clandestin qui semblait employer des Mexicains. Dès que la porte ce fut refermée, ils coururent à l'air libre attendre les renforts qui ne se firent pas attendre bien longtemps. Les Mexicains furent pris en charge et Parkie et ses sbires arrêtés.
- Félicitations à tous de la part du directeur, dit Dem plus tard dans la soirée. Vous avez fait du bon boulot.
- Mary est morte pour avoir découvert le trafic de ce Parkie! s'exclama Sue. J'espère que ses avocats pourront racheter cet immeuble et le transformer en logement comme elle le souhaitait.
- Elle aura été fidèle à ses convictions jusqu'au bout, conclut Myles en regardant la photo accrochée au tableau. Je ne serais pas là, demain. Je vais assister à ses obsèques.
Le ciel était bleu comme les yeux de Mary et le soleil radieux comme son sourire. Myles laissa passer la foule de ses amis et déposa sur le cercueil un simple lys blanc. Curieusement, il ne pleurait pas. Il ne se sentait pas triste. Au contraire, il se sentait presque heureux. Elle avait atteint le but qu'elle s'était fixée. Elle avait rejoint le paradis dont elle avait toujours été un ange sur cette terre. Sœur Mary des Anges!
Le soir, quand il alla s'asseoir sur la terrasse, il lui sembla qu'une nouvelle étoile venait de s'allumer dans le ciel. Alexandra le rejoignit, il la prit dans ses bras et l'embrassa tendrement. Elle eut un mouvement de recul:
- Es-tu bien certain que c'est moi que tu embrasses et pas Mary?
Il passa son bras autour de ses épaules et la serra contre lui:
- J'en suis tout à fait certain, maintenant. Elle, je l'aimerai toujours comme un amie fidèle, mais toi, je suis amoureux de toi et ce que je ressens pour toi est beaucoup plus fort.
Alors, rassurée, elle accepta son baiser sucré et s'abandonna dans ses bras.
FIN.