vendredi 1 décembre 2006

7° Fanfiction: Une nouvelle vie.


Chapitre 1

- Venez voir, s’écria Tara à l’attention des ses amis en leur désignant son écran.
- Regardez comme ils sont mignons tous les deux déguisés en Franz et Sissi, s’exclama Lucy. Ils ont écrit un mot ?
- Ils nous souhaitent à tous une bonne et heureuse année et précisent que la photo a été prise au bal costumé organisé par notre ambassadeur en Autriche.
- Myles n’a pas vraiment le physique de l’empereur, mais Alexandra a beaucoup de Sissi, remarqua Jack. Les cheveux, la taille, la silhouette…
- Tiens donc, coupa Lucy étonnée, ne me dis pas que tu as vu tous les films de Marischka ! Quelle fleur bleue tu fais !
Jack rougit légèrement en regardant Sue et se tut.
- Eh bien, ils ne s’ennuient pas au moins ! constata Bobby. Mais pourquoi sont ils allés en voyage de noces à Vienne et pas dans les Caraïbes, par exemple ?
- D’abord parce qu’ils ne s’appellent pas Bobby Manning, ensuite parce que Myles fait un blocage sur les pays chauds depuis son séjour malheureux en Irak et enfin, parce que Alexandra voulait faire connaître cette ville à son mari, expliqua Tara. C’est tout simple ! C’est une ville tellement romantique !
- Pas autant que Venise, la reprit Sue, je rêve d’y aller.
- Et Paris ! poursuivit Lucy rêveuse, la ville lumière…
- Andrew t’y emmènera un jour, affirma Dem, tu peux en être sure.
Cette remarque rendit Lucy confuse et elle ne dit plus rien. De toute façon, tout le monde savait que depuis le mariage de Myles et Alexandra, elle sortait avec Andrew Leland qui avait renoncé à son séjour annuel à la neige pour passer plus de temps avec elle à Washington.
- Si je me souviens bien, ils doivent reprendre le travail lundi, poursuivit Dem. Myles ne sera pas de trop pour nous aider à rattraper la paperasserie en retard …
- A condition qu’on ne se retrouve pas avec une nouvelle affaire sur les bras, ajouta Jack. Toujours est-il que lundi, l’équipe sera enfin au complet… Tiens, Randy, que faites-vous ici ?
- Si c’est Myles que vous cherchez, il n’est pas encore rentré, précisa Bobby.
- Je le sais, mais c’est à tout le monde que je veux parler, annonça Randy, Nous sommes au début d’une nouvelle année civile et le budget est très serré. J’ai constaté que ce bureau consommait beaucoup trop d’encre dans les imprimantes et les photocopi ….
Il ne put en dire plus, Bobby et Jack l’avaient déjà poussé dehors sous les aboiements discrets mais efficaces de Lévi.
- Quelle plaie, ce type ! s’exclama Lucy. La prochaine fois, c’est moi qui m’en occupe !
- Non, Lucy, intervint Dem, la prochaine fois et toutes les autres, tu ne feras rien, on va s’en charger ! Maintenant au travail, on a du retard.
- C’est là qu’on s’aperçoit qu’il faut que l’équipe soit au grand complet pour être efficace, ajouta Lucy. Il y a un an …
Mais elle se tut en constatant que chacun s’était replongé dans son dossier. Il y avait un an…. Bien des choses avaient changé en ce laps de temps ! Myles, leur collègue et ami avait rencontré la femme de sa vie, avait rompu, avait recollé les morceaux, s’était fiancé, avait été fait prisonnier en Irak et avait fini par se marier. Au passage, il était devenu beaucoup plus humain et s’était rapproché de ses collègues. Et pour couronner le tout, Lucy, son ex, était tombée amoureuse de son frère Andrew qui était en adoration devant elle. Les couples se formaient, Jack et Sue, Bobby et Tara, seuls Myles et Alexandra avait pu consacré leur union car ils ne travaillaient pas ensemble. Les autres ne perdaient cependant pas espoir.

Dans l’avion qui les ramenait à Washington, Myles s’était endormi, serrant dans sa main celle d’Alexandra, la tête sur son épaule. A peine une demi-heure de vol et déjà, il avait sombré dans les bras de Morphée ; c’était tout lui, au lieu de profiter de la vue magnifique qu’offrait le survol des Alpes bavaroises enneigées, il dormait ! Elle le regarda, attendrie. Elle non plus n’avait pas envie de regarder par le hublot et de regretter encore plus de quitter ce pays qu’elle avait aimé mais qu’elle aimait encore davantage maintenant qu’elle y avait séjourné avec son mari. Et lui aussi avait appris à l’apprécier, malgré ses réticences. Il avait succombé à son charme.
Elle rejeta la tête en arrière, releva le marchepied de son fauteuil et ferma les yeux. La machine à remonter le temps qu’elle avait dans son cerveau se mit en route et s’arrêta sur cette fameuse journée où Jack lui avait présenté son collègue, Myles Leland III° du nom, sur le soir même qui avait suivi cette rencontre désastreuse.

Flash back
Elle était allée à sa séance de rééducation, comme chaque soir et comme chaque soir, elle regagnait son appartement en s’appuyant sur cette canne qu’elle maudissait plus que tout. Félicia avait préparé le dîner et était rentrée chez elle, elle se retrouvait seule. Elle consulta son répondeur : un message de sa mère, des amies qui voulaient courir les boutiques avec elle et… non, elle ne rêvait pas : « Bonsoir, mademoiselle Warren, je suis Myles Leland. Jack nous a présenté cet après-midi … Je suppose qu’il est inutile que je me rappelle à votre souvenir car la grossièreté dont j’ai fait preuve est impardonnable. C’est pourquoi je me permets de vous appeler pour vous dire combien je regrette mon attitude et que j’aimerais que vous me pardonniez, … si vous le pouvez … bien sûr. (Raclement de gorge). Peut-être pourrions-nous prendre un café, … demain, … au bureau … pour commencer ? (Nouveau raclement de gorge). » Un homme qui reconnaît ses erreurs, c’est rare ! Elle tenta de se le remémorer et le revit debout près de la machine à café, vêtu très élégamment d’un costume sombre taillé pour lui qu’éclairait une chemise bleue comme ses yeux et une magnifique cravate en soie assortie. Elle avait tout de suite aimé ses cheveux blonds, raides, à l’aspect soyeux. Ca, c’était avant qu’il parle.
En regagnant son bureau, elle le maudissait à voix haute. Elle venait de reprendre le travail et avait besoin de soutien et voilà qu’elle s’était fait descendre en flèche ! Sa secrétaire, Betty, lui demanda comment s’était passée la rencontre et en entendant le récit, elle ne put s’empêcher de dire :
- Ce Leland est un prétentieux, il est si arrogant, si ….
Elle avait l’air furieux en disant ces mots. Quelle réputation il s’était faite ! Alexandra décida donc de passer outre et de répondre à son offre. Elle était vraiment intriguée. C’était décidé, elle accepterait son invitation, à condition qu’il la réitère, et c’est elle qui mènerait le jeu, dorénavant.
Le lendemain, en fin de matinée, Betty lui annonça que monsieur Leland souhaitait lui parler et qu’il attendait devant la porte.
- Faites-le entrer, s’il vous plaît, dit-elle en se calant dans son fauteuil dont elle n’avait pas l’intention de se lever pour le saluer.
La porte s’ouvrit quelques secondes plus tard et la haute silhouette de l’agent spécial Myles Leland III° du nom apparut dans l’encadrement. Elle lui fit signe d’entrer et lui désigna un siège.
- Bonjour, monsieur Leland, qu’est-ce qui vous amène au septième étage à cette heure de la journée ? demanda-t-elle en feignant la curiosité.
- Bonjour, mademoiselle Warren, répondit-il un peu gêné. Appelez-moi Myles, s’il vous plaît. Je venais vous présenter mes excuses … pour mon attitude stupide d’hier et je veux que vous sachiez que je suis prêt à travailler avec vous … sans problème. Je vous ai téléphoné hier pour vous inviter à prendre un café… mais c’est peut-être … trop vous demander.
Alexandra était amusée de la tournure que prenaient les événements et se laissa prendre au jeu.
- Sachez, monsieur Leland, dit-elle sèchement en insistant bien sur le « monsieur Leland », que je ne bois jamais de café dans la journée.
Devant cette froideur, son interlocuteur ressentit soudain comme un malaise, ce qu’elle remarqua. Elle le vit rougir.
- Mais je prendrais volontiers une tasse de thé au jasmin en votre compagnie, ajouta-t-elle avec son plus charmant sourire.
Myles poussa un soupir de soulagement.
- Dites-moi à quel moment et je me libérerai, fit-il d’une voix douce.
- Dès que vous aurez un moment, après le travail. Appelez-moi et je verrai si je peux répondre à votre invitation. A propos, on vient de me transmettre un dossier sur lequel vous avez beaucoup travaillé et je dois le donner à Marty Pavone assez rapidement. Réservez-moi un peu de temps demain après-midi.
- Ce sera fait. Au revoir, mademoiselle Warren, dit-il en se levant.
Il lui tourna le dos et se dirigea vers la porte. Elle pencha la tête, le regarda marcher et trouva qu’il n’était pas mal du tout. Voilà bien longtemps qu’elle n’avait observé un homme avec autant d’attention.
- Je m’appelle Alexandra, lui dit-elle en élevant légèrement la voix.
Il se retourna en esquissant un timide sourire. Où était l’homme arrogant et prétentieux tel que tout le monde le décrivait ? Mais elle n’aimait pas non plus cette attitude soumise qui ne lui ressemblait pas et elle s’attendait à un retour de bâton. « Chassez le naturel, il revient au galop ! » dit le proverbe. Toujours est-il qu’elle était bien décidée à dompter ce fauve qui lui plaisait beaucoup, de plus en plus, même.
Le lendemain fut le premier jour d’une fructueuse collaboration professionnelle. Marty Pavone ne rejeta aucun des dossiers soumis par la nouvelle équipe tant ils étaient bien ficelés.



Chapitre II

L’hôtesse apporta des boissons et réveilla Myles involontairement. Il déclina l’offre et se rendormit. Alexandra accepta une coupe de champagne, se rafraîchit au breuvage pétillant et remonta une nouvelle fois dans le temps, environ sept mois après leur première rencontre.

Flash back
En sortant de l’ascenseur au rez-de-chaussée, elle rencontra Myles et ses collègues qui rentraient.
- On se voit toujours demain pour le dossier des contrefacteurs ? demanda Myles en retenant la porte de l’ascenseur.
- Non, j’allais oublier, dit Alexandra en se frappant le front.
Myles laissa monter ses amis et rejoignit la jeune femme près de la porte.
- Je suis désolée, j’aurais dû te prévenir, s’excusa-t-elle. Je pars pour New York, j’y serai jusqu’à jeudi. Conférence au sommet au siège local.
- Ca ne fait rien, répondit-il l’air réellement désolé, Pavone attendra.
- Il est bien obligé, il part avec moi, avoua-t-elle.
Myles tiqua :
- Lui … toi… ?
- Purement professionnel.
Il hocha la tête :
- Alors amuse-toi bien !
Elle partit en le gratifiant d’un de ses regards assassins. Le surlendemain, elle reçut un coup de fil du directeur Crawford lui apprenant que Myles avait été blessé au cours d’un raid. Elle avait tremblé pour lui de nombreuses fois sans le montrer et était toujours soulagée de le voir entrer dans son bureau sain et sauf. Mais cette fois …. Elle tenta de lui téléphoner, on lui dit qu’il subissait des examens. Ce n’est qu’au bout de plusieurs heures qui lui semblèrent des siècles qu’elle put enfin entendre le son de sa voix.
- C’est très aimable de ta part de m’appeler. Tout va bien, la rassura-t-il, je n’ai rien, sauf un énorme hématome au point d’impact. Et toi, comment ça se passe à New York ?
Ils bavardèrent un bon moment et elle raccrocha, rassurée. Elle ne put cependant pas dormir. Elle revoyait son visage, ses yeux d’un bleu délavé. Elle avait envie de ses lèvres, de se blottir contre lui, de sentir son odeur de lavande anglaise, elle avait envie … Les deux jours suivants lui semblèrent démesurément interminables et quand elle arriva enfin au FBI, toute l’équipe était partie en intervention. Elle resta donc à son bureau, inquiète. Elle ne se reconnaissait pas: elle était bel et bien amoureuse. C’est là que, plus tard dans la soirée, elle reçut ce coup de fil de Myles qui souhaitait la voir. Quand il entra dans la pièce, hirsute, débraillé, en sueur, elle se retint de se jeter dans ses bras malgré l’envie qu’elle éprouvait et écouta ce qu’il avait à lui dire. Alors, elle comprit qu’elle avait gagné et leur premier baiser fut le couronnement de cette longue et patiente attente.

Alexandra tourna la tête vers Myles. Elle aurait aimé l’embrasser à cet instant précis, en souvenir de ce moment qui restera gravé dans sa mémoire à tout jamais. Elle se contenta de prendre sa main et de jouer avec son alliance. Elle essaya de se souvenir à quel moment ils avaient décidé de se tutoyer. Cela lui semblait si lointain.




Flash back.
Un beau matin, il la vit arriver, son sac dans une main, son téléphone portable collé à l’oreille et … pas de canne. Elle se sentait presque normale et marchait sans trop claudiquer, elle était heureuse. Au détour d’un couloir, elle croisa Myles qui se disputait avec Randy. Quoi de plus normal ! Il coupa court à leur conversation animée pour la rattraper.
- Quelle surprise ! s’exclama-t-il. C’est fantastique, vous y êtes arrivée, plus de canne !Il faut fêter cet événement, je vous invite à dîner. Dites-moi où et quand. Je suis à vos ordres.
Elle le regarda étonnée et éclata de rire.
- Quel empressement tout à coup ! Me voilà donc à nouveau dans la norme ? … Je plaisante, le rassura-t-elle. Ce soir, six heures, au Kyoto, c’est mon bar à sushis favori.
- On se retrouve au parking.
La soirée fut charmante. Myles était un délicieux compagnon, plein de verve et d’humour. Elle ne quittait pas ses yeux et buvait littéralement ses paroles ; elle se sentait comme une collégienne amoureuse. Ils se découvrirent une foule de points communs et décidèrent que le tutoiement serait plus approprié. Elle le quitta, ce soir-là, avec le sentiment qu’un grand pas venait d’être franchi dans leur relation mais elle était frustrée car elle aurait aimée qu’il l’embrasse. C’était le moment idéal pour elle, pour lui prouver qu’elle avait retrouvé toute sa féminité.

Le commandant de bord annonça la vitesse de croisière et la distance qu’il restait à parcourir. La météo à Washington était bien mauvaise : tempête de neige, les aéroports risquaient d’être interdits pour quelques temps. L’avion pouvait être détourné sur Charlotte. Cette annonce réveilla Myles qui étouffa un bâillement.
- Un problème ? demanda-t-il en se frottant les yeux.
- Tempête de neige chez nous, précisa-t-elle. Le pilote ne sait pas si les pistes seront dégagées. Bien dormi ?
Il se tourna vers elle et lui donna un petit baiser sur le coin des lèvres :
- Pas vraiment. Tu n’es pas assez près de moi.
- Myles ! s’indigna-t-elle en souriant.
- Hypocrite ! Tu penses la même chose.
Presque deux ans s’étaient écoulés depuis leur première rencontre et leur complicité n’avait fait que grandir et se renforcer. Maintenant, ils étaient mariés et seraient bientôt parents. Myles posa sa main sur le ventre de sa femme :
- Tu crois qu’il aime l’avion ?
- Tant qu’il n’y a pas trop de turbulences, sinon, j’ai des nausées et ça, il n’aime pas. Tu veux bien me prêter un peu de ton épaule pour dormir ?
Il la laissa s’installer confortablement et embrassa ses cheveux. Elle s’endormit très vite. Il ne la réveilla même pas quand on servit le déjeuner. Elle ouvrit les yeux un plus tard, reposée, et alla se dégourdir les jambes dans l’allée.
Le pilote annonça que les pistes étaient dégagées et qu’il allait poser l’appareil à Dulles à l’heure prévue. Le soleil rayonnait au-dessus de l’épaisse couche de nuages. La température au sol était négative et on annonçait de la neige pour la nuit.
- Nous serons bien au chaud sous la couette à ce moment-là, fit Myles.
L’atterrissage se fit en douceur et après avoir récupéré les bagages, ils retrouvèrent avec joie Félicia qui les attendaient dans la voiture d’Alexandra.
- Laissez-moi vous regarder, tous les deux, fit-elle. Vous êtes superbes ! Même si le voyage vous a un peu chiffonné, Myles !
- Moi, chiffonné ? s’étonna-t-il en riant.
Il s’installa au volant et ils se rendirent à la maison de banlieue en bavardant joyeusement. Félicia reprit sa voiture et repartit en faisant un signe de la main. Myles attrapa les valises et ouvrit la porte.
- Attends, dit-il en la retenant ; si on respecte la tradition, je dois te porter pour franchir le seuil de la maison …
- … et te démonter le dos, coupa Alexandra. N’oublie pas que nous sommes deux maintenant !
- Certes, mais numéro deux est encore minuscule ! Viens, fais-moi plaisir !
Alors elle lui sauta dans les bras et il lui fit franchir la porte en riant. Il la déposa dans un fauteuil près de la cheminée que Félicia avait allumée et rentra les bagages. Il se laissa tomber à ses pieds après s’être débarrassé de son manteau et posa la tête sur ses genoux :
- Nous voilà enfin chez nous ! soupira –t-il tandis qu’elle lui caressait les cheveux. Pas trop fatiguée ?
- Pas pour l’instant. Une bonne douche, en revanche, sera la bienvenue.
- Je pense aussi. Je m’occupe des valises, nous les déferons plus tard. Je vais appeler mes parents pour leur dire que nous sommes rentrés. Je leur parle du bébé ?
Elle passa ses bras autour de son cou et l’embrassa :
- Je sens que tu en meures d’envie mais dis-leur bien de ne pas contacter mes parents avant une bonne heure parce que je ne les ai pas encore avertis. Embrasse-les pour moi.
- Promis, répondit-il en l’embrassant à son tour. Après, j’appellerai toute l’équipe.
- Le contraire m’aurait étonné, fit-elle en levant les yeux au ciel.
Elle gravit les marches d’un bon pas et quelques instants plus tard la douche coulait à flots. Ensuite, elle s’enveloppa dans un épais peignoir en éponge moelleuse et se sécha les cheveux. Quand elle eut fini, Myles venait juste de raccrocher.
- Mes parents sont fous de joie et t’embrassent, dit-il. Comment te sens-tu ?
- Propre, enfin ! répondit-elle. Je vais appeler les miens.
- J’ai eu Dem, Bobby, Jack et Andrew qui était chez Lucy et je leur ai annoncé la nouvelle.
Un petit baiser rapide et il disparut dans la salle de bains. Alexandra eut son père au bout du fil et lui annonça l’arrivée d’un héritier. Les Warren étaient aux anges ; enfin, ils seraient grands-parents, ils n’y croyaient plus depuis l’accident de leur fille. La jeune femme alla s’allonger sur le canapé devant la cheminée qui rougeoyait et attendit que son mari descende. Elle était sur le point de s’endormir quand il arriva frais et dispos, en tenue décontractée mais élégante.
- Je sens que tu ne vas pas résister au décalage horaire, constata-t-il en s’asseyant près d’elle. Alors voilà ce que je propose : je m’occupe du dîner et des valises et toi, tu essaies de ne pas t’endormir avant au moins trois heures, d’accord ?
Elle se blottit contre lui et caressa sa joue ; il était rasé de près et sentait la lavande.
- Je vais faire un effort et m’habiller, décida-t-elle. Puis je rangerai les vêtements si tu t’occupes du dîner.
Quand le repas fut prêt, il l’appela et elle apparut dans son vieux jean troué et son pull trop grand.
- Ca sent bon, remarqua-t-elle. Tu t’es dépassé, mon cœur.
- Félicia a rempli le réfrigérateur et j’ai préparé une salade composée et des pâtes à la carbonara.
- Tu es un vrai cordon bleu, je suis fière de toi, lui dit-elle.
Ils dînèrent en bavardant joyeusement et Myles envoya Alexandra se coucher quand il vit que ses yeux commençaient à papilloter. Il rangea la cuisine en deux temps trois mouvements et se glissa près d’elle sous la couette. Elle dormait déjà à poings fermés. Il posa sa main sur son ventre. Il avait hâte de sentir bouger le bébé. Il ferma les yeux, heureux comme il ne l’avait jamais été. Une nouvelle vie commençait pour lui, à quarante ans passés et il en savourait tout le plaisir. Cette femme, qu’il aimait plus que tout au monde, allait lui donner le plus beau cadeau qui soit : un enfant !
Autour de la maison, le vent rugissait et la neige s’amoncelait. Demain, la circulation serait sans doute paralysée ; il songea alors, qu’ils réintégreraient l’appartement en ville, plus tard. Il faudrait déjà pouvoir se rendre au bureau lundi. Imperceptiblement, le sommeil le gagna à son tour, un sommeil peuplé de babillements et de rires d’enfants et illuminé par le regard d’Alexandra.



Chapitre III


Un avril pluvieux et maussade avait cédé la place à un mois de mai radieux, la température devenait clémente et les jours rallongeaient. Ce matin-là, une note de service annonçait la visite du chef de la police de Tokyo qui venait s’informer sur les méthodes anti-terroristes utilisées par le FBI.
- Je connais une jeune femme qui va être contente de bavarder avec ce … Seiji Yamatachi, dit Bobby en jetant un coup d’œil à Myles.
- Tu ne crois pas si bien dire, répondit celui-ci, c’est elle qui est chargée de le piloter dans les locaux. Le directeur Crawford le lui a demandé.
- Je croyais qu’elle n’acceptait plus de mission, ajouta Lucy.
- Tu sais bien qu’elle n’a jamais su résister aux « japonaiseries », remarqua Jack.
- En tout cas, j’espère qu’elle n’ira pas plus loin que Washington, car je la trouve fatiguée, en ce moment, fit Myles. Elle sent le bébé bouger et elle dort très mal.
- Ca se comprend avec toi à côté, ne put s’empêcher de dire Lucy.
Myles fit mine de n’avoir rien entendu mais ce fut Tara qui intervint en lui lançant un regard qui signifiait : « Arrête tes remarques, ce n’est plus drôle. » Alexandra pénétra dans le bureau à cet instant précis :
- Bonjour à tous, je vois que vous avez pris connaissance de la note de service.
Myles se leva et lui proposa son fauteuil qu’elle refusa. Elle s’appuya sur le bord de son bureau et poursuivit :
- Seiji Yamatachi arrive mercredi matin. Sa première visite sera pour nous. En fin de journée, le directeur Crawford le conduira à Quantico où il passera quelques jours pour observer l’entraînement des futurs agents.
- Tu ne vas pas à Quantico ? demanda Sue.
- Non, un interprète officiel les attendra là-bas ; moi, je n’interviens que brièvement ici. J’ai beaucoup trop de travail au bureau. Bien, je vous laisse, je dois voir avec le directeur comment organiser la visite sans trop vous déranger.
Myles la raccompagna à l’ascenseur :
- Tu es sure que cela ne va pas trop te fatiguer ? s’inquiéta-t-il.
- Je vais bien, mon cœur, un peu de marche n’a jamais fait de mal à une femme enceinte.
- Soit, reprit-il, mais je trouve que tu tires trop sur la corde ces temps-ci.
- Je te promets de m’arrêter de travailler si je sens que je ne tiens pas le coup, ça te va ? assura-t-elle.
- Tu vas voir le médecin bientôt, si je me souviens bien, alors parle-lui.
Elle lui lança un sourire désarmant et s’engouffra dans l’ascenseur. Il lui fit un clin d’œil et les portes se refermèrent. Il aurait voulu qu’elle prenne du repos mais elle était incapable de rester inactive, son cerveau était constamment en ébullition et quand elle rentrait le soir, elle s’endormait sur les dossiers qu’elle rapportait. Myles avait dû se fâcher et lui interdire, pour la bonne cause, de ramener du travail à la maison. Il la protégeait du mieux qu’il pouvait, faisait en sorte de lui éviter des tracas inutiles et veillait à son bien-être. Elle avait cessé la danse mais fréquentait assidûment la piscine et prenait des cours de relaxation. Il l’accompagnait dès qu’il le pouvait. Il tenait à partager avec elle ce moment privilégié dans la vie d’une femme qu’était la grossesse.

La mise en place du planning du passage de Yamatachi dans les bureaux occupa le reste de la journée. Myles attendait sa femme dans son bureau en étudiant un dossier. Il se leva quand elle entra et la prit dans ses bras.
- Enfin seuls ! soupira-t-il. Prête pour rentrer dans notre petit nid d’amour ?
- Plutôt deux fois qu’une et ce soir, je n’emporte rien, précisa-t-elle, ce soir, c’est toi et moi, à moins que …
Elle désigna la pochette qu’il venait de ranger dans sa serviette.
- J’ai eu le temps de le relire en t’attendant ? C’est pour mon témoignage, demain au tribunal.
- Ah oui, c’est vrai, j’avais oublié. On y va ? demanda-t-elle en attrapant son imperméable.
Ils croisèrent Lucy toute excitée qui leur annonça que Andrew venait passer le week-end avec elle à Washington.
- Venez dîner à la maison samedi soir, j’appellerai aussi Ann, ce sera sympa, proposa Alexandra.
- Je le lui dirai, à demain.
A la maison, Myles mit de la musique douce en sourdine et ils partagèrent une pizza en regardant le film de leur voyage de noces à Vienne.
- Tu sais que je mangerais volontiers des « Knödel », dit-elle soudain.
Myles sursauta et la regarda, étonné :
- C’est une envie de femme enceinte ?
- Non, fit-elle en riant, ce n’est qu’une idée pour une prochaine fois.
Il secoua la tête et l’embrassa, puis ils continuèrent à visionner les images du Prater et de sa grande roue où ils n’avaient pas pu monter à cause de la neige. Il posa la main sur son ventre et sentit le bébé donner de petits coups.
- J’espère que tu seras sage cette nuit, lui dit-il en se penchant sur Alexandra.
- Quelle autorité ! s’exclama-t-elle en plaisantant. Tu vas l’effrayer.
Sa tête reposait sur les genoux de Myles, ses jambes étaient surélevées ; ils passaient une soirée toute simple comme ils n’en avaient pas passée depuis longtemps.
- Et alors, cette visite des bureaux ? demanda–t-il, curieux.
- C’est réglé, répondit-elle, évasive.
Il la connaissait trop bien pour ne pas remarquer qu’elle cachait quelque chose :
- Mais ? poursuivit-il.
Elle hésita un instant.
- Je vais devoir me rendre à Quantico, avoua-t-elle.
- Et pourquoi ? fit-il en haussant la voix, tu m’avais assurée que tu ne te chargeais que de la visite des bureaux avec ce Yamachinchose !
Elle s’assit à côté de lui et ramena ses genoux contre elle :
- Je fais l’aller et retour, je serai là pour dîner, c’est promis.
Il se leva et se mit à marcher de long en large dans la pièce :
- Tu sais très bien que ce n’est pas le genre de promesse qu’on peut tenir quand on travaille pour le FBI !
- Sam a besoin de moi, insista-t-elle.
- Tu ne vas pas me faire croire qu’on ne peut pas trouver un interprète japonais à Washington ! C’est insensé ! Je vais aller parler au directeur Crawford et lui dire ce que je pense de son attitude !
Elle le regardait s’énerver et s’agiter en tous sens. Ses yeux avaient viré à la tempête. Elle se leva et se dirigea vers la terrasse. Il continuait à gesticuler tout seul. Elle s’accouda au garde-fou et admira les lumières de la ville encore très animée.
- Tu n’es pas obligée d’accepter ! cria-t-il à son intention du salon.
- Et si ça me plaît, à moi, de le faire ! s’écria-t-elle, lassée de ces vaines palabres.
Elle l’avait dit si fort qu’il se tut de surprise. Il la regarda, stupéfait qu’elle puisse se manifester ainsi, puis ses yeux se radoucirent :
- Quel crétin je fais, je viens de déclancher notre première dispute !
Il s’avança, confus, hésitant, les mains tendues vers elle, ne sachant pas comment elle allait réagir. Elle lui tournait toujours le dos ; il se demandait ce qu’il devait faire pour qu’elle se retourne. Elle semblait perdue dans le lointain. Il l’enlaça, elle se laissa aller contre lui et il comprit qu’elle ne lui en voulait pas.
- Je suis désolé, mon cœur, murmura-t-il, je n’aurais pas dû élever la voix. Après tout, si tu te sens capable de faire ce travail, pourquoi pas.
- Ce n’est pas un travail pour moi, c’est un plaisir. Tu sais combien je suis attachée à tout ce qui touche le Japon.
Il joua avec une boucle que le vent léger promenait sur son visage et l’embrassa doucement. Elle frissonna et plaqua ses lèvres contre les siennes pour apprécier encore plus leur goût sucré. Il la souleva pour la porter jusqu’au futon où il la déposa avec précaution.
- Dans peu de temps, tu ne pourras plus me porter, dit-elle tandis qu’il posait la tête sur son ventre qui s’arrondissait de jour en jour. Je vais bientôt ressembler à une grosse baleine échouée.
- Mais tu seras ma baleine à moi, répondit-il en riant. Hé ! Doucement là dedans.
- Bébé ne veut pas que tu insultes sa maman, conclut Alexandra. Il a vraiment donné un bon coup de pied, je l’ai senti. Je crois bien que tu dois lui demander pardon et lui prouver que tu ne me veux pas de mal.
Il souleva le pull géant blanc et déposa un baiser sur le ventre tendu de sa femme, puis remonta jusqu’à son visage et ils s’embrassèrent tendrement.
- Tu crois que ça lui suffit ? demanda-t-il.
- A lui peut-être, il ne bouge plus mais … pas à moi.



Chapitre IV


Seiji Yamatachi arriva le mercredi matin, comme prévu, pour effectuer sa visite des bureaux du FBI. Le directeur Crawford, accompagné d’Alexandra, le reçut dans le hall et la tournée des locaux commença. Pour les agents, c’était un jour comme les autres et chacun se livrait à ses occupations habituelles. Les couloirs fourmillaient de personnes qui s’interpellaient, couraient pour rattraper au vol un ascenseur, entraient et sortaient des différents bureaux. Les téléphones sonnaient à tout va, les imprimantes crachaient leurs documents, bref, c’était une journée habituelle.
Au troisième étage, Jack, Sue, Lucy et Lévi virent entrer le groupe de visiteurs et Crawford les présenta à son homologue japonais qui fut très intéressé par les capacités de Sue. Alexandra traduisait :
- Monsieur Yamatachi veut savoir si tu peux lire sur ses lèvres quand il parle sa langue.
- Désolée mais je ne le peux pas, répondit Sue.
Ce que son amie répercuta aussitôt et à la surprise générale, on entendit :
- Je suis très impressionné par vos capacités, mademoiselle. C’est un honneur pour moi de faire votre connaissance.
- Aligato, bafouilla Sue qui avait lu les paroles du visiteur japonais.
Yamatachi s’inclina devant elle et poursuivit sa visite.
- Tu nous avais caché que tu parlais japonais, dit Jack en se moquant gentiment. En tous cas, je suis sûr qu’ils n’ont pas de Sue Thomas chez eux.
- Et pour cause, reprit Lucy, nous avons la seule !
Tara était en salle d’interrogatoire et Bobby et Myles au tribunal où ils étaient cités comme témoins. Quant à Dem, en tant que superviseur suppléant, il faisait partie du cortège officiel et jetait par moment des regards désespérés à Alexandra, lui faisant comprendre qu’il préfèrerait s’occuper de ses dossiers.
L’après-midi était déjà bien avancé lorsque la secrétaire de Crawford vint à la rencontre de son patron pour lui annoncer que le FBI avait enfin pu trouver un interprète qui les accompagnerait jusqu’à Quantico et qu’il les attendait dans le hall. Sam fit signe à Alexandra et lui demanda d’expliquer à Yamatachi :
- Nous allons partir pour Quantico immédiatement, s’il pense qu’il a vu tout ce qu’il voulait ; dis-lui au revoir car tu restes ici.
Elle eut un mouvement de surprise mais le sourire bienveillant de Sam fut la meilleure explication. Elle prit congé de la délégation japonaise dans la tradition et après de nombreuses courbettes, Yamatachi et son groupe prirent place dans les véhicules de service et traversèrent la ville en cortège. Alexandra regagna son bureau et se prépara un thé au jasmin avant de se remettre au travail. La pile de dossiers s’élevait de jour en jour, elle ne se trouvait plus aussi performante et elle avait demandé qu’on lui adjoigne le « jeunot » qui l’avait déjà remplacée et que Betty n’aimait pas. Elle n’avait pas encore obtenu de réponse. Ah ! Randy et son budget !

Myles et Bobby quittaient la salle d’audience, satisfaits de leur prestation à la barre lorsqu’un téléphone sonna.
- C’est le mien, fit Bobby en décrochant. Manning … quoi ? … On arrive !
- Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Myles inquiet.
- Le convoi des Japonais a été canardé près de Quantico ….
- Alexandra ! murmura Myles, elle est avec eux, bon sang, vite, on file ! …
Il courait comme un fou en direction de la voiture. Bobby le retint et cria :
- Je prends le volant, toi, tu essaies d’appeler ta femme, après seulement tu paniqueras !
Il dut s’y reprendre à trois fois avant de trouver le numéro. Il appela et les quelques secondes d’attente lui semblèrent une éternité. Mais ce fut la voix de Betty qui se manifesta :
- Bonjour monsieur, ne quittez pas, je vais prévenir madame Leland…
Il l’entendit s’éloigner et peu après la voix tant attendue se fit enfin entendre :
- Myles ? Quelle surprise ! Tu as fini ta journée ? … Tu as une voix bizarre, tu es malade ?
- Je te croyais partie pour Quantico ?
- Comme tu le vois, je suis au calme dans mon bureau, mais qu’y a–t-il ?
- Les Japonais se sont fait tirer dessus, je n’en sais pas plus. Bobby et moi rejoignons nos équipes sur place.
- Mon Dieu, … Sam ! A quel endroit ?
Myles lança un regard interrogateur en direction de son ami :
- A la sortie de la bretelle de l’autoroute 619 sur Joplin road, cria Bobby pour qu’elle entende.
- Tiens-moi au courant, s’il te plaît, demanda-t-elle.
- Je t’appelle dès que j’ai du nouveau. Je t’aime.
Bobby fit mine de lever les yeux au ciel mais il comprenait fort bien la réaction de son ami qui, bien qu’excessive, se justifiait.
- Ca va ? Tu te sens mieux ?
Myles avait rejeté la tête en arrière et fermé les yeux ; il prit trois profondes inspirations et se détendit ;
- C’est bon, dit-il, je suis opérationnel.
A cette heure de la journée la circulation était dense, mais bientôt ils durent montrer leurs badges car la police avait établi des barrages et délimité le traditionnel périmètre de sécurité. Les gyrophares des pompiers et des ambulances balayaient le ciel qui commençait à s’assombrir. Le spectacle était apocalyptique : sur les trois véhicules qui formaient le convoi, seul celui de queue semblait intact, le second avait l’avant pulvérisé par un choc frontal contre la voiture précédente et celui de tête n’était plus qu’un amas de tôle informe qui était encastré dans une pile de l’échangeur et que les secours étaient en train de découper au chalumeau.
Dem alla à la rencontre de ses collègues en toussant : la fumée se dissipait peu à peu mais elle gênait encore ceux qui évoluaient à proximité.
- Alors, quelles sont les premières conclusions ? demanda Bobby.
- Il reste quatre personnes incarcérées dans la première voiture, répondit Demetrius. On pense qu’il s’agit du directeur Crawford et de Yamatachi, à l’arrière et l’interprète et le chauffeur à l’avant. On dirait qu’Alexandra a eu une sacrée chance !
Myles frissonna rétrospectivement. C’est vrai qu’elle aurait dû être là ! Il secoua la tête pour chasser cette pensée funeste.
- Mon Dieu ! Comment vais-je annoncer ça à Alexandra ? Sont-ils toujours en vie ? hasarda-t-il.
- Non, hélas ! fit Jack qui arrivait en courant. On a trouvé un autre corps, plus loin.
- Un de nos agents ? demanda Bobby.
- Apparemment non, précisa Jack. C’est un asiatique, un jeune. Il a été abattu, sans doute par nos hommes et il lui manque la phalange de l’auriculaire gauche.
- Un yakuza ? Non, ce serait trop facile ! s’exclama Myles. Les « familles »n’ont plus fait parlé d’elles depuis des années !
- Tiens, Bobby, tu apportes cette cassette de surveillance à Tara, fit Jack en lui tendant un sachet en plastique. Il faut voir ce qu’on peut en tirer. Ce carrefour est très dangereux, c’est pourquoi il y a des caméras qui nous faciliterons peut-être le travail. Toi, Myles, tu devras te charger de la triste besogne et avertir officiellement les services et …
- Surtout Alexandra, coupa-t-il. Ce sera sans doute le plus difficile pour moi.
Jack lui posa la main sur l’épaule en signe de compréhension et le groupe se sépara. La nuit tombait progressivement sur le site tragique et le vent s’était levé, chassant les nuages noirs qui s’étaient amassés. Bobby s’était installé d’autorité au volant et son compagnon restait silencieux.
- Ne t’en fais pas, elle est solide, finit par dire Bobby, elle encaissera le choc mais elle aura besoin de toi.
- Je sais. Mais comment lui dire sans la brusquer ? Je tourne et je retourne dans ma tête toutes les solutions possibles et je n’en vois pas une qui soit plus douce qu’une autre.
- Te casses pas la tête, de toute façon, tu te dis que tu vas lui annoncer d’une façon et les choses vont se dérouler différemment. Laisse parler ton cœur, c’est tout.
Myles hocha la tête. Bobby avait raison. La pluie s’était mise à tomber sous des bourrasques de vent et ils ne furent pas fâchés d’arriver au bureau tellement la visibilité devenait mauvaise. Une ambulance stationnait devant la porte principale, vide. Bobby se renseigna tandis que Myles filait comme une flèche vers l’ascenseur qui venait d’arriver. Il craignait le pire. Les couloirs du septième étage étaient en effervescence. Betty vint à sa rencontre, le visage soucieux.
- N’entrez pas, monsieur, lui demanda-t-elle suppliante.
- Mais que se passe-t-il ? Où est Alexandra ?cria-t-il.
- Elle s’est évanouie en apprenant la mort de monsieur Crawford et Arlen a préféré appeler les secours car elle n’arrivait pas à la réanimer.
Myles allait parler quand la porte s’ouvrit sur les urgentistes qui emportaient la jeune femme sur une civière.
- Je suis son mari, je viens avec elle, dit-il en attrapant la perfusion qui encombrait un des médecins.
Par chance, l’ascenseur était suffisamment grand pour contenir le brancard et elle fut rapidement dans l’ambulance qui la conduisit, toutes sirènes hurlantes, à l’hôpital. Myles activa son gyrophare et suivit.


Chapitre V


Myles faisait les cent pas dans le couloir des urgences et tournait en rond comme un fauve en cage. Soudain, le docteur Franklin apparut au détour du couloir. Elle avait le sourire aux lèvres, ce qui le rassura un peu.
- Alors, docteur, qu’en pensez-vous ?
- D’abord, je vous rassure, elle et le bébé vont bien. Elle a subi un choc en apprenant cette nouvelle et comme elle est très fatiguée, elle a moins bien encaissé qu’en temps normal. Je vais la garder en observation pour quelques jours et je vous la rends mais elle doit cesser de travailler, c’est impératif. Après, je vous fais confiance pour veiller sur elle. Elle vous attend, c’est juste là, fit-elle en désignant une porte bleue, à droite.
Il poussa la porte et la trouva à demi assise dans son lit, encore pâle mais consciente.
- Je suis désolée de t’avoir fait peur, mon cœur, s’excusa-t-elle.
Il s’assit au bord du lit et la prit dans ses bras. Il couvrit son visage de baisers :
- Comment te sens-tu ? demanda-t-il enfin en la relâchant.
- Je suis anéantie, avoua-t-elle les larmes aux yeux. Sam n’était qu’à quelques mois de la retraite, il avait des projets d’avenir, il …
Elle ne put achever, les mots se bloquèrent dans sa gorge et elle fondit en larmes. Il voulut la serrer contre lui mais elle rejeta gentiment. En revanche, elle accepta le mouchoir qu’il lui tendait et essuya ses yeux qui paraissaient encore plus verts que de coutume.
- Je ne dois pas pleurer, dit-elle en se ressaisissant. Sam détestait les larmes.
- Il t’aurait sans doute demandé aussi de prendre soin de toi, ajouta Myles en lui souriant gentiment. Je sais qu’il t’aimait beaucoup.
- Oui, tu as raison et c’est ce que je vais faire. Je vais scrupuleusement obéir aux ordres du docteur Franklin.
- C’est une bonne résolution, approuva-t-il en lui baisant la main et quand tu seras de retour à la maison, nous nous installerons dans la maison de banlieue où tu seras plus au calme.
- Et toi, tu seras plus loin de ton bureau et devras te lever plus tôt et rentrer plus tard ; non, nous resterons à Washington la semaine, je veux profiter de toi le plus possible.
Elle le prit par le cou et le rapprocha d’elle.
- Aïe ! s’écria-t-elle.
- Que se passe-t-il, je t’ai fait mal ?
- Non, mais je crois que bébé est un peu jaloux. Il pédale.
- Alors c’est qu’il va bien. Dire que dans moins de quatre mois tu seras ici mais avec lui dans les bras.
- Ou elle, ajouta-t-elle.
- Ou elle, fit-il rêveur.
On frappa à la porte et Jack et Dem apparurent dans l’encadrement.
- Ben alors, fit Dem en l’embrassant, à quoi tu joues ? Ca va ?
Elle le rassura et une infirmière entra pour mettre tout le monde dehors. Myles n’eut même pas le droit de lui donner un petit baiser mais lui fit signe qu’il l’appellerait.
- Ben tu vois que tu parles le langage des signes, fit Jack en riant. Alors, comment va-t-elle ?
Il leur parla du diagnostic du médecin et leur demanda les premières conclusions de l’enquête.
- Tara et Sue ont commencé à visionner la cassette mais les images ne sont pas très nettes et on voit un grand nombre de véhicules car c’est une bretelle très fréquentée. Elles ont pu voir notre asiatique quitter un van environ une heure avant l’attentat. Quand nous sommes partis, Tara essayait d’agrandir la plaque d’immatriculation.
- Ce qui signifie qu’il était au courant du trajet et des horaires, conclut Jack.
- Alors, il y a un mouchard quelque part, dit Myles.
Ils se regardèrent tous les trois, stupéfaits. Qui cela pouvait-il bien être ?
- Crawford et Alexandra ont préparé la visite des bureaux ensemble, reprit Dem. Le directeur a ensuite réuni les superviseurs pour leur exposer le plan et après, il a rencontré la délégation japonaise pour lui proposer le fruit de ses cogitations.
- Les Japonais ont approuvé et voilà où nous en sommes, conclut Myles. Alors yakuza ou pas ?
- On verra demain, dit Dem, je dois récupérer les garçons au base-ball. A demain.
Ils saluèrent leur ami et Myles proposa de raccompagner Jack qui se trouvait à pied.
- Viens dîner avec nous, proposa Jack, après la journée que tu as vécue cela te changera les idées. Alexandra est en de bonnes mains et tu peux être sûr qu’elle va se reposer. Qu’en penses-tu ?
- Merci, fit-il sans hésiter, j’accepte avec plaisir.
La soirée fut calme, personne n’avait le cœur à plaisanter. Chacun d’entre eux regrettait la disparition de Sam Crawford et se demandait qui pourrait bien prendre sa suite. Quand Myles rentra chez lui, l’appartement lui parut incroyablement vide ; il y avait bien longtemps qu’Alexandra et lui n’avaient pas passé la nuit séparés. Il prit une douche et se mit au lit avec un bon livre dont il ne lut que quelques lignes sur lesquelles il s’endormit rapidement.

Le lendemain, tout le bureau était en activité, à la recherche du véhicule que Tara avait identifié ; le Japonais retrouvé sur les lieux du crime se nommait Toshiro Sihito, était âgé de vingt deux ans et était fiché comme homme de main de Kenta Kabayashi.
- Ce Kabayashi est un oyabun de l’ikka Inagawa-kaï, précisa Bobby.
Sue le regarda avec de grands yeux étonnés :
- Je crois que je n’ai pas bien lu, dit-elle.
- Excuse-moi, se reprit-il. Quand je suis lancé là-dedans, je ne m’arrête plus. Je voulais dire qu’il était le chef de la famille Inagawa-kaï, ce Kabayashi. Mais il a au moins quatre-vingt quinze ans.
- Les méchants ont la vie dure, fit Tara avec philosophie. En ce qui me concerne, j’ai trouvé pour la voiture. Elle appartient à un certain Maruyuma qui vit ci à Washington D.C. et qui tient un restaurant, devinez ?
- Japonais, dirent-ils tous en chœur.
- Perdu ! Italien !
- Si les Japonais font dans la pizza, où va le monde ! ronchonna Myles.
Jack leva les yeux au ciel :
- Si tu allais le voir, ce Japonais italien, suggéra Dem à Tara, vas-y avec Bobby et ramenez- nous une pizza. Merci. Myles ? Des nouvelles d’Alexandra ?
- Pas encore. Je dois l’appeler vers onze heures.
- Tiens-nous au courant.
Il signa : « Pas de problème ».
- Jack et Sue, poursuivit Dem, vous allez avoir le grand honneur de rencontrer un oyabun. Monsieur Kabayashi habite dans le Maryland, ce sera une agréable promenade par cette belle journée de printemps.
- Et moi ? demanda Myles.
- Toi, tu reprends tous les dossiers que nous avons sur Kabayashi. J’espère que tu n’es pas allergique à la poussière. Lucy te donnera un coup de main, ça ira plus vite à deux.
Et ils partirent ensemble aux archives exhumer quelques vieux dossiers bien lourds et bien poussiéreux où ils se plongèrent à contrecœur. A onze heures, Myles s’accorda une pause pour appeler sa femme qui allait bien et qui lui demanda où en était l’enquête. Quand il lui parla des yakuzas, elle lui recommanda la plus grande prudence car elle lui dit qu’eux aussi avaient des cellules dormantes qu’ils pouvaient réactiver à tous moments.
- Ca y est, j’ai trouvé quelque chose ! s’écria Lucy. Le nom de Seiji Yamatachi apparaît plusieurs fois. Il aurait arrêté à Tokyo une bande de jeunes blousons dorés et aurait été responsable de la mort de Shou Watanabé et de son frère Ren. Et tu sais qui sont ces frères Watanabé ?
- Non, je ne sais pas mais je sens que tu vas me le dire, fit Myles intéressé.
- Je te le donne en mille ; ce sont les arrière-petits-fils de Kabayashi !
- Je crois qu’on tient le mobile, bravo, bien vu ! Mais ça sent très mauvais !
- A qui le dis-tu ? fit Lucy en éternuant. A propos, Andrew et moi passerons voir Alexandra vendredi soir, ça marche ?
Myles acquiesça. Depuis que son frère sortait avec Lucy, il le voyait très souvent et il le soupçonnait de vraiment vouloir épouser son ex. Cette expression amusait beaucoup Alexandra. Il se rendit avec Lucy dans le bureau de Dem qui s’échauffait au téléphone et qui avait des difficultés à se faire entendre.
- J’ai mis meilleurs éléments sur l’affaire mais je ne peux pas aller plus vite. Vous savez très bien que nous sommes touchés de très près et que nous mettrons tout en œuvre pour trouver le ou les coupables. Nous avons déjà plusieurs pistes… je vous tiens au courant… au revoir !
Il raccrocha fou de rage.
- C’était le secrétariat d’état aux affaires étrangères, dit-il en soupirant. Nous frôlons l’incident diplomatique. Alors, du nouveau au milieu de toute cette poussière ?
Ils lui présentèrent le fruit de leurs recherches.
- Rassemblement dans une demi-heure, ordonna leur superviseur. Tara et Bobby viennent d’arriver avec le pizzaïolo japonais et l’interrogent et Jack et Sue ne sont plus très loin.




Chapitre VI


Alexandra se reposait dans sa chambre d’hôpital et attendait avec impatience les coups de fil ou les visites de Myles. Elle le savait très occupé à cause de cette affaire et elle aurait voulu être près de lui pour l’épauler et le soutenir moralement. Elle voyait les choses de cette façon alors que c’était elle qui avait besoin de son soutien. Son mentor et ami venait de disparaître tragiquement et elle ne pourrait pas assister à la cérémonie prévue en son honneur le samedi suivant. Elle se leva et alla à la fenêtre. Dehors, le soleil brillait et les arbres avaient retrouvé toutes leurs feuilles. Les oiseaux voletaient dans les branches et chantaient à tue-tête pur célébrer le beau temps revenu. Elle aurait aimé s’asseoir au soleil et lire un bon livre, tranquillement. La porte de la chambre s’ouvrit sur le docteur Franklin :
- Bonjour, Alexandra, comment vous sentez-vous aujourd’hui ?
- Physiquement, je vais bien, mais le cœur n’y est pas, répondit la jeune femme.
- Je vois. Vous n’avez pas encore vu votre mari aujourd’hui, on dirait. Venez, allongez-vous.
- C’est vrai, Myles n’est pas encore venu, dit-elle en retournant dans son lit mais il m’a appelée ce matin.
- Cette affaire doit lui prendre beaucoup de temps, n’est-ce pas ?
- Oui, et je suis inquiète.
Le médecin l’examina et s’assit à côté d’elle :
- Bien, vous pourrez rentrer chez vous mardi ou mercredi, c’est promis.
- Mais je ne pourrai pas vraiment pas assister aux obsèques de Sam Crawford ?
- Ce ne serait pas raisonnable, vous vous sentez bien parce que vous ne faites rien depuis hier et si vous sortez pour cette occasion vous en subirez le contrecoup. Je ne veux pas prendre de risque…
On frappa à la porte. Jane franklin alla ouvrir et fit entrer Myles :
- Bonjour docteur Franklin, comment va Alexandra ?
- Aussi bien que possible mais je lui demande d’être raisonnable et ça…
- C’est difficile, enchaîna Myles.
Elle quitta la chambre. Il alla embrasser sa femme.
- Pourquoi dit-elle que tu n’es pas raisonnable ?
- Parce que je veux assister aux funérailles de Sam, elle dit que je ne tiendrai pas le choc.
- Si elle le dit, c’est qu’elle a sûrement raison. Tu sais, dit-il en lui prenant la main et la portant à ses lèvres, tu sais, Sam t’aurait dit la même chose et moi, je te le demande aussi.
Elle s’assit au bord du lit, il passa son bras autour de ses épaules ; elle posa la tête sur son épaule. Il la laissa s’épancher, quand il sentit qu’elle se calmait, il lui essuya les yeux et l’embrassa avec une infinie tendresse. Elle se leva et marcha un peu dans la pièce. Sa silhouette s’alourdissait de jour en jour mais il la trouvait encore plus belle. Elle décida de changer de conversation car elle comprit qu’elle ne convaincrait personne du bien fondé de son désir :
- Et l’enquête ?
- Nous avons franchi un grand pas grâce à Lucy.
- Bien et alors ?
Il lui raconta avec force détails les recherches qu’ils avaient effectuées, la visite chez l’oyabun et chez le pizzaïolo japonais. Cela la fit bien rire.
- Mais c’est une vengeance alors ?
- Sans doute, nous sommes en train de creuser cette hypothèse. Quand je suis parti, Tara et Bobby était en train d’interroger le propriétaire du van ; Jack et Sue avaient rendu visite à l’oyabun, mais il est atteint de démence sénile et n’est sans doute pour rien dans cette affaire. Nous essayons de retrouver le reste de la famille biologique, d’une part et criminelle, d’autre part.
- Si je comprends bien, tu vas repartir au bureau.
- Désolé, mon cœur, je préfèrerai rester près de toi, mais je dois sauver le monde, le devoir m’appelle !
- J’ai déjà entendu ça, fit-elle en se serrant contre sa poitrine. Allez, viens je vais marcher un peu avec toi dans le couloir.
Elle l’accompagna jusqu’à l’ascenseur où ils se séparèrent à regret.

Dem avait réuni toute son équipe un peu plus tard que prévu car Jack et Sue avaient rencontré des difficultés sur la route suite à un accident qui avait provoqué un embouteillage monstre.
- Maintenant que tout le monde est là, dit-il en voyant Myles entrer, on peut y aller. Jack et Sue.
- L’oyabun est complètement gâteux, il ne fait pas semblant. Il vit dans une immense maison entouré de ses serviteurs qui veillent sur lui nuit et jour. Il est sous oxygène, il a une sonde urinaire et ne mange que des aliments en bouillie.
- Et il ne faisait pas semblant ou alors, il est très doué, ajouta Sue.
- Donc par lui-même, il ne peut rien, conclut Dem. Bobby, Tara, qu’a donné l’interrogatoire de Maruyuma ?
- Il est mort de peur. Il a prêté son van à un copain, un dénommé Taishou Sato à qui il devait un service et il n’en sait pas plus, expliqua Bobby. Une équipe est allée au domicile de ce Sato, il n’était pas là. L’enquête de voisinage n’a rien donnée. On a diffusé sa photo à tous les services de police, on attend.
- Myles ?
- Après la découverte de Lucy, nous avons fait des recherches sur la famille biologique de Kabayashi. Son fils est décédé de mort naturelle il y a une vingtaine d’année, ici, à Washington, il était le comptable de l’ikka ; son petit-fils est toujours en vie et habite près de Miami. Il avait deux fils qui ont été tués par Yamatachi au cours d’une descente de police dans un labo clandestin. On revient toujours à l’hypothèse de la vengeance.
- Et ça c’est passé récemment ? demanda Jack.
- A l’automne dernier, précisa Myles.
- Bon, je résume, dit Dem. Shou et Ren Watanabé sont descendus au cours d’un raid. Leur père, petit-fils d’un oyabun puissant mijote une vengeance ; comme les Asiatiques sont très patients, il attend que l’occasion se présente. Il la saisit quand il apprend que Yamatachi va venir faire un tour au FBI. Et après ?
- Bonne question, dit Tara. Comment a-t-il fait pour se tenir au courant des faits et gestes de Yamatachi ?
- Un mouchard ? Mais où ? dit Lucy. Pas chez nous puisque nous connaissons particulièrement bien les personnes qui ont participé à l’élaboration du planning des visites dans nos locaux.
- A Quantico ? Sûrement pas, poursuivit Jack. Il nous reste le pseudo interprète qui est mort dans l’attentat. Quel est son nom, déjà ?
- Daiki Nakamura, répondit Tara en lisant le rapport du médecin légiste. On n’a rien sur lui. Il habite à Georgetown, il travaille à l’université dans le département de langues appliquées.
- Demain, à la première heure, nous enverrons une équipe sur place. Lucy, tu contactes l’antenne de Miami et tu leur demandes de nous envoyer tout ce qu’ils ont sur Watanabé. Merci. Je viens d’être avisé officiellement que la cérémonie officielle à la mémoire du directeur Crawford aura lieu lundi à quatorze heures au cimetière d’Arlington. Et dès lundi, nous aurons un successeur, leur fit part Dem.
Un silence lourd de sens envahit la pièce. Une page de leur antenne venait de se tourner.
- Bon, j’appelle tout de suite Miami, annonça Lucy pour rompre la sensation de malaise.
- Nous, nous devons relâcher Maruyuma car nous n’avons rien contre lui, dit Tara.
- Attends encore un peu, l’interrompit Jack. D’ici une heure ou deux, il lâchera le morceau, s’il a quelque chose à dire et nous, nous serons encore dans les limites autorisées par la loi.
Chacun se remit à son travail. Au bout de deux heures Bobby et Tara revinrent triomphant, Maruyama avait vendu la mèche : sa mère était retenue en otage par les hommes de main de Watanabé et ils menaçaient de l’exécuter s’il ne se pliait pas à leurs ordres. La première chose qu’il avait dû faire avait été de prêter son van, ensuite, il avait dû contacter la personne qui servirait d’interprète accompagnateur à Yamatachi et lui soutirer les informations. Les délais étaient très courts, il avait mis de nombreux indics de ses amis sur le coup et il avait fini par rencontrer Nakamura sur le campus en allant y vendre des pizzas ; en une semaine, il avait tout bouclé. Mais sa mère n’était toujours pas libérée et il ne savait pas où elle était.
Lucy revint peu après avec une liasse impressionnante de feuilles qu’elle venait de recevoir de Miami. Watanabé était loin d’être un saint. Il se livrait à de multiples activités illégales : drogue, jeu, prostitution … Dem envoya à son tour ce qu’il savait et pria ses collègues de mener leur enquête, qu’il envoyait deux de ses hommes immédiatement.
- Myles et Bobby, vous prendrez l’avion de six heures trente arrivée à Miami à neuf heures. Myles, si ça te gêne par rapport à Alexandra…
- Non, ça ira, aucun problème, elle comprendra. Je lui expliquerai.
- Bon, alors rentrez chez vous et essayez de dormir un peu, la journée va être longue. Myles ?
Myles enfilait sa veste et se retourna. Dem s’assit sur son bureau :
- Alexandra va bien, tu es sûr ?
- Oui, oui, elle s’ennuie un peu et elle est triste car elle ne pourra pas être avec nous lundi.
- Je comprends, fit Dem, c’était vraiment elle qui était la plus proche de Crawford ! Ca ne t’ennuie pas de la laisser quelques jours ?
- Bien sûr que ça m’ennuie mais elle comprendra, ne t’inquiète pas. Bonne nuit.
Il n’était pas du tout certain de sa réaction mais se voulut rassurant pour Dem. Quand il appela Alexandra pour lui annoncer son départ pour Miami, elle ne dit rien, elle lui recommanda juste d’être prudent. Quand il eut raccroché, elle se retourna dans son lit et pleura.


Chapitre VII

L’avion atterrit à l’heure à Miami et les deux agents de Washington étaient attendus par Brad Finley, une vieille connaissance de Bobby. Il était un peu plus âgé que lui, plus petit et plus enveloppé et semblait souffrir de la chaleur et de la moiteur ambiante. Il les conduisit au siège local où ils se mirent aussitôt au travail avec l’équipe locale.
En fin de journée, une téléconférence réunit les bureaux de Washington et Miami pour faire le point. Ils avaient tous les éléments en mains pour arrêter Watanabé. Ils mirent donc au point un plan d’attaque car la villa de ce dernier était une véritable forteresse. Un indic local avait découvert que ce « parrain » fournissait aussi des armes à des gangs locaux et plus grave encore, à des républiques bananières qui étaient en perpétuelle révolution. L’assaut fut décidé pour la nuit du samedi au dimanche et Myles et Bobby y participeraient.
Quand Myles appela sa femme, ce samedi-là, il se garda bien de lui en parler. Elle allait bien et n’aspirait qu’à une chose : rentrer chez elle et préparer en toute sérénité la venue du bébé. Elle lui avait fait part de ses projets; elle voulait aménager une chambre dans l’appartement et une, dans la maison de banlieue, acheter les vêtements et les accessoires indispensables à un enfant et mille autres choses encore.
- Sois prudent, veille bien sur toi, avait-elle rajouté, je ne voudrais devoir parler de son papa, au petit en lui montrant une photo.
Myles ne répondit pas tout de suite. Elle savait qu’il allait se passer quelque chose, mais comment ?
- Je serai de retour lundi, je te le promets, lui assura-t-il en ajoutant combien il l’aimait.
Il raccrocha en se disant qu’en tant qu’ancien agent, elle connaissait les procédures et les possibilités de chaque mission. Il rejoignit Bobby et le groupe d’intervention qui attendaient Brad Finley pour le briefing. La séance dura un bon moment jusqu’à ce que chacun connaisse sa position et sache parfaitement ce qu’il avait à faire. L’opération était délicate car elle se passait en bord de mer. On avait prévu l’intervention des garde-côtes au cas où Watanabé aurait tenté une fuite par bateau. A une heure du matin, tous les hommes étaient équipés, prêts à passer à l’action.
Une première vague d’agents locaux pénétra dans la propriété, suivie de peu par la seconde vague dont faisaient partie Myles et Bobby. Un groupe avait réussi à localiser la ligne électrique qui alimentait le parc et avait coupé les fils. Ils progressaient dans une quasi obscurité, silencieusement. Ils savaient que le terrain n’était pas miné, par un indic qui travaillait comme jardinier chez Watanabé. Soudain, le premier groupe donna l’assaut. Des coups de feu claquèrent. Le second groupe assura les arrières et fut pris sous un tir croisé qui provenait des étages. Les hommes ripostaient et avançaient en se protégeant derrière les arbres et les buissons. Quand ils pénétrèrent à leur tour dans la maison, Bobby se retourna. Myles n’était plus à ses côtés. Il regarda derrière lui et vit une forme allongée, immobile au pied des marches qu’ils venaient de franchir. Il se précipita.


La pluie redoublait d’intensité. La stèle était ruisselante. On ne pouvait presque plus lire l’inscription, seuls un « l », dans le prénom, un « a » et un « d » dans le nom et le dernier chiffre étaient encore visibles à la faible clarté du jour. Alexandra posa une bougie qu’elle alluma en tremblant et se mit à prier. Les larmes roulaient sur son visage et se mêlaient à la pluie qui trempait ses vêtements, mais elle ne semblait pas s’en soucier. Le vent se leva et fit vaciller la petite flamme. Des paquets d’eau tombaient autour d’elle de plus en plus vite et semblaient vouloir l’entraîner avec eux, là-bas, au loin où chacun retrouve ceux qu’il a aimé et qui l’ont aimé, là où plus personne ne souffre, où tout le monde est heureux… « Pourquoi ? Pourquoi ? » murmura-t-elle. Elle frissonna, l’eau glacée s’insinuait dans son cou et ses cheveux dégoulinaient. S’il avait été là, il l’aurait grondée et lui aurait dit de rentrer au chaud et elle aurait obéi sans rien dire, simplement parce qu’elle le respectait. Des pas crissèrent dans les graviers derrière elle. Un parapluie salvateur se déploya au-dessus de sa tête.
- J’étais sûr de te trouver ici. Viens, il fait presque nuit.
- Pourquoi lui ? Oh ! Myles !
Elle se jeta dans ses bras. Elle se laissa conduire comme dans un rêve. Il l’installa dans la voiture, poussa le chauffage à fond car elle grelottait et elle posa la tête sur son épaule.
- Quand le docteur Franklin m’a dit que tu avais pris un taxi, j’ai tout de suite deviné où tu étais.
Une chaleur moite envahissait peu à peu l’habitacle de la voiture, ce qui mettait Myles mal à l’aise. Il démarra et ramena Alexandra à l’appartement sous des trombes d’eau de plus en plus violentes. Décidément, cette fin de printemps ne lui plaisait pas.
Il éprouvait quelques difficultés à tenir le volant mais le trajet n’était pas très long jusqu’à la maison. Il ne voulait pas lui imposer un retour en ville et pensait qu’elle devait se sécher au plus vite sous peine de prendre froid. Peu à peu, la pluie devenait moins violente et elle avait tout à fait cessé quand ils arrivèrent chez eux.
Myles l’installa devant la cheminée où il fit un bon feu. Il l’aida à se débarrasser de ses vêtements trempés, l’enveloppa dans un plaid et lui prépara une tasse de son thé favori. Elle ne disait rien, elle le laissait faire. Lui aussi restait silencieux, attentif à ses moindres réactions. Il s’assit à côté d’elle :
- Tu te réchauffes un peu ?
Le thé brûlant lui avait fait du bien ; elle se sentait mieux. Elle posa sa tasse et lui prit la main. Elle caressa ses longs doigts déliés.
- Pardonne-moi, dit-elle, je me conduis en égoïste. C’est moi qui devrais t’aider.
Elle désigna son poignet gauche immobilisé dans une résine. Elle secoua la tête comme si elle s’ébrouait et se leva aussi vite que sa corpulence le lui permettait.
- Laisse-moi le temps de prendre un bain, demanda-t-elle.
Elle se plongea avec délice dans une eau parfumée au jasmin et ferma les yeux pour faire un retour sur elle-même comme elle disait. Quand Myles l’avait appelée le samedi précédent, elle avait bien senti que quelque chose se préparait. Elle fut cependant soulagée de le voir réapparaître le dimanche soir, accompagné de Bobby qui lui raconta ce qui était arrivé. En voulant éviter les balles, il s’était une fois de plus « emmêlé les pinceaux » et s’était blessé en tombant sur les marches. Oh ! Ce n’était pas glorieux ! Elle se mit à rire toute seule. Son héros était très maladroit !
On frappa à la porte :
- Ca va, mon cœur ? demanda-t-il inquiet de l’entendre rire toute seule.
- Tout va bien, répondit-elle, tu peux entrer.
Elle avait de la mousse jusqu'au cou. Il l'aida à sortir de l'eau, il trouva que sa poitrine avait encore pris du volume. Il l'enveloppa dans un peignoir épais et la serra contre lui:
- Tu es magnifique, lui murmura-t-il en l'embrassant.
Elle répondit à son baiser avec délicatesse. Il la laissa se sécher les cheveux. Elle enfila son éternel pull blanc qui n'était plus aussi géant et emprunta un pantalon de jogging à Myles car elle ne pouvait plus fermer son jean favori. Elle songea alors qu'elle devrait perdre très vite les kilos qu'elle était en train d'accumuler. Elle regarda son reflet dans un miroir. Elle était présentable, elle se sentait mieux. Elle avait accepté la disparition de Sam Crawford après être allée se recueillir sur sa tombe. Elle avait eu l'impression qu'il lui parlait, qu'il lui disait d'aller de l'avant, qu'il serait toujours près d'elle et que maintenant, c'était Myles qui prendrait la relève et qui la protègerait. Bébé la ramena à la réalité et elle alla rejoindre son mari. Il attisait le feu. Elle se blottit contre lui.
- Le docteur Franklin m'a demandé de veiller sur toi et je vais le faire avec grand plaisir, dit-il. Dès demain, nous retournons à l'appartement et tu t'y reposeras. Nous irons aussi faire les achats que tu voulais et nous redécorerons une chambre pour le bébé. Ca te convient?
- Tout à fait, fit-elle en frissonnant car la pluie venait de recommencer ponctuée de coups de tonnerre et d'éclairs.


Chapitre VIII


- Tout va bien, vous pouvez vous rhabiller, dit le docteur Franklin en ôtant ses gants. Vous êtes en pleine forme et le bébé est loin de la imite de poids autorisée, donc vous devriez aller jusqu'au bout. Vous ne voulez toujours pas savoir ce que c'est?
- Non, moi je ne veux pas et toi, Myles?
- Je saurai attendre, répondit-il en aidant sa femme à descendre de la table d'examen.
- Si tout le monde est d'accord! s'exclama Jane Franklin. Voilà, je pense vous revoir dans environ trois semaines au minimum. C'est la dernière ligne droite!
Le soleil d'août était brûlant. Ils montèrent vite dans la voiture climatisée et se rendirent au bar à sushis favori d'Alexandra. Après, ils avaient décidé de faire les derniers achats. Il avait pris son après-midi pour l'accompagner et posé ses vacances à la fin du mois.

Myles tenait dans ses bras ce petit être fragile qui était né quelques heures plus tôt et le regardait, incrédule. Alexandra souriait, heureuse de voir enfin ce bébé qui avait grandi en elle. Il tenait son fils contre lui comme s’il avait déjà une grande habitude des enfants. Le bébé donnait de la voix, il était en pleine forme, il était magnifique. Il lui donna un baiser sur le front et le tendit à la nurse qui venait le chercher.
- Tu m’as donné un merveilleux petit garçon, dit-il à sa femme en se penchant pour l’embrasser. J’espère qu’il aura tes yeux.
- Peu importe ce qu’il aura, mais je peux te dire, mon cœur, qu’il a déjà ta voix et qu’il a sans doute beaucoup de ton caractère.
- Ce qui signifie ? dit Myles, piqué au vif, en se redressant brusquement.
Alexandra s’amusa de le voir ainsi et releva le dosseret de son lit, elle arrangea sa couverture et prit son temps, pour le laisser mijoter un peu :
- Cela signifie que je vais l’adorer car j’aime son papa, dit-elle en serrant la main de son mari.
La porte de la chambre s’ouvrit en grand et toute l’équipe entra, les bras chargés de fleurs, de peluches, de ballons. Les nouveaux parents riaient de tant de démonstration.
- Alors où est-il, ce trésor ? demanda Lucy impatiente. J’ai hâte de savoir à qui il ressemble.
Elle embrassa Alexandra et Myles, suivie de tous les autres. La nurse arriva avec le bébé. Cela provoqua un moment de silence.
- Je ne me souvenais pas que c’était aussi petit, dit Dem.
- Vous êtes sûrs que c’est le vôtre, plaisanta Bobby, vous si grands, vous avez fait une puce !
Myles lui lança un gobelet en plastique :
- Notre fils est de taille normale, affirma-t-il.
- Voyons cette petite frimousse, commenta Lucy, on dirait qu’il sera blond comme son papa, j’espère qu’il aura les yeux de sa maman pour faire chavirer tous les cœurs !
- Je peux le prendre ? demanda Sue.
Elle sortit délicatement l’enfant du berceau et le berça doucement sous l’œil attendri de Jack. Il la trouvait radieuse.
- Et toi, comment vas-tu ? s’enquit Tara.
- Comme tu peux le voir, je suis en pleine forme et pleine de formes. Merci à tous d’être venus.
- Et le père, on ne lui demande jamais comment il va, grogna Myles.
- Ca, c’est bien vrai, renchérit Dem, alors comment vas-tu ?
Myles avait un air de chien battu qui ne trompait personne. Un éclat de rire général provoqua les pleurs du bébé que Sue tendit à sa maman. Il se calma aussitôt à son contact.
- A propos, comment s’appelle-t-il ? demanda Jack. Myles Leland IV° du nom ?
Myles regarda Alexandra et dit :
- Après avoir longuement réfléchi, discuté et débattu du sujet en tenant compte des multiples facteurs qui intervenaient dans ce cas précis….
- Abrège ! s’exclamèrent-ils tous en chœur.
- … nous avons décidé de l’appeler Alexander Myles Leland et nous le surnommerons Sandy
- Enchanté de faire ta connaissance, Sandy, dit Bobby en serrant sa petite main.
L’enfant s’était endormi dans les bras de sa mère qui avait elle aussi des difficultés à rester éveillée. Myles s’en aperçut, coucha Sandy dans son berceau et dit à Alexandra :
- Je vais te laisser te reposer, la nuit a été longue. Pourquoi faut-il aussi que les bébés naissent la nuit ?
- Les miens sont nés dans la journée, remarqua Dem, un coup de chance !
- J’espère que mes enfants, si j’en ai un jour, auront la délicatesse de venir au monde le jour ! poursuivit Jack en faisant un clin d’œil à Sue.
Les filles levèrent les yeux au ciel.
- A bientôt, repose-toi bien, dit Lucy, maintenant tu as deux enfants à la maison, Sandy et lui.
Et elle désigna Myles qui bâillait. Après un dernier signe de la main, ils quittèrent la chambre. Myles s’assit au bord du lit :
- Attendez-moi, je vous rejoins !
Il se pencha sur le visage de sa femme et lui donna un long baiser.
- Wahoo ! murmura-t-elle, recommence !
- Ce ne serait pas raisonnable, assura-t-il en lui baisant le bout des doigts, dors bien, je reviendrai demain à la première heure.
Il embrassa son fils et rejoignit ses collègues qui l’attendaient dans le hall.
- J’ai passé de drôles de nuits mais comme celle-là, jamais ! dit-il en étouffant un bâillement. Elle m’a réveillé vers une heure en me disant que c’était le moment, le temps que je réagisse, elle était déjà dans la voiture. Je croyais qu’elle me faisait une blague car elle n’avait pas l’air de souffrir, elle était calme et détendue.
- N’oublie pas qu’elle est un ancien agent et qu’elle sait faire face aux situations difficiles, remarqua Bobby.
- Elle peut-être mais pas moi ; je m’attendais à la voir se tordre de douleur, à respirer en haletant et tout et tout, mais rien de tout cela. Quand on est arrivés à l’hôpital, elle a été prise en charge tout de suite et deux heures après, Sandy était là. Sans problème, tout rose et tout chiffonné…
- Je suis contente que tout ce soit bien passé, dit Sue.
- J’ai eu très peur jusqu’au moment où j’ai entendu Sandy crier, avoua Myles. On nous avait brossé un tableau tellement noir des conséquences de son accident que j’en étais à souhaiter que cet enfant n’arrive jamais.
- Alors, qu’est-ce que cela t’a fait de le voir naître ? demanda Jack.
Les yeux de Myles se voilèrent à ce souvenir. Jack n’insista pas, il comprit que ce moment était unique et intime et qu’il ne pouvait se partager avec personne.
- Tu viens manger quelque chose avec nous ? proposa Dem.
- Merci, Dem, je suis vraiment trop crevé, je vais rentrer et essayer de dormir, mais comme je suis aussi excité, je ne sais pas ce que cela va faire. A demain et merci encore !
Chacun partit de son côté. Myles monta dans sa voiture et s’apprêtait à démarrer quand son portable sonna ; c’était sa mère :
- Bonjour Myles, on vient juste de me transmettre ton message. Je suis heureuse pour vous deux, comment vont la mère et l’enfant, et toi ?......
- Nous allons tous bien, maman; Alexandra se repose et Sandy est superbe. Nous espérons vous voir bientôt, papa et toi, afin que vous fassiez la connaissance de votre petit-fils. Les Warren viennent demain. …. Je leur transmettrai, …. A Alexandra aussi….. Je t’embrasse maman ainsi que papa….
Il raccrocha et se dit qu’il faudrait supporter les visites des uns et des autres alors qu’il n’avait qu’une envie, c’était rester seul avec sa femme et son enfant. Une nouvelle vie commençait.

L’ incontro

While like a giant- proud and happy
I take my baby in my arms
Fragile, innocent and alive
And like a little bird he’s
Pushing against my chest
Abandoned quite and safe
For an instant: almost sweetly
My destiny appears to me like a dream
(Andrea Bocelli)



FIN

jeudi 30 novembre 2006

6° Fanfiction: Trafic



Chapitre I

Myles entra dans la pièce en secouant son imperméable trempé et ses divagations météorologiques sur ce mois de novembre pourri furent stoppées net quand il vit Alexandra en grande conversation avec Dem et un homme qu’il ne connaissait pas. Il s’approcha, curieux.
- Tu tombes bien, lui dit son collègue, je te présente Sven Christensen. Monsieur Christensen dirige une grande chaîne d’hôtels à travers le continent et celui de Washington lui pose des problèmes.
- Je ne vois pas en quoi le F.B.I. peut intervenir dans la gestion défectueuse d’un hôtel, répliqua Myles agacé …
- Il ne s’agit pas de gestion, Myles, l’interrompit Alexandra. Monsieur Christensen a découvert quelque chose qui va vous intéresser.
Christensen, un géant blond aux yeux bleus perçants, prit la parole. Il parlait avec un léger accent étranger mais semblait maîtriser parfaitement la syntaxe et la grammaire.
- Si je suis venu vous trouver, c’est sur les conseils de mademoiselle Warren qui suit le même cours de danse que ma femme. Voilà ce qui se passe. Je suis à Washington depuis quatre mois pour essayer de redresser la barre. L’hôtel West Imperial présente des problèmes au niveau du personnel. Beaucoup d’embauches et autant de départs au bout cinq à six mois et parfois moins. J’ai voulu savoir le pourquoi de ce mouvement inhabituel de personnel et j’ai constaté que c’étaient uniquement de très jeunes femmes qu’on faisait travailler dans des secteurs qui ne sont pas en liaison directe avec le public, c’est-à-dire les cuisines, la buanderie, la lingerie et l’entretien en général mais dans les sous-sols. J’ai essayé de reprendre contact avec ces personnes mais en vain, on ne sait pas ce qu’elles sont devenues. Jusqu’à hier.
Il se tut visiblement ému.
- Voici un rapport que la police portuaire vient de nous faire parvenir, continua Dem en distribuant des dossiers à son équipe. On a retrouvé le corps d’une des jeunes femmes employées à l’hôtel sur les berges du Potomac, l’autopsie est en cours mais tout laisse à supposer qu’elle a été assassinée. La police est bien contente de se débarrasser de ce cas et nous le confie avec plaisir. Donc …
- Dem, l’interrompit Lucy, le coroner sur la deux.
Il prit la communication et son visage pâlit au fur et à mesure de la conversation. Il finit par s’asseoir.
- Elle est morte en se vidant de son sang ; elle venait d’accoucher. On lui a porté un violent coup à la tête et on l’a balancée dans le fleuve. Le bébé a disparu.
Christensen regarda les agents, incrédule. Il ne savait plus quoi dire. Ce qui lui semblait un simple cas de travail clandestin devenait un acte criminel.
- Les choses sont claires maintenant, reprit Myles, on va avoir du boulot. Il va falloir retrouver toutes ces filles qui sont parties sans laisser d’adresse. En avez-vous la liste, monsieur Christensen ?
Il sortit de sa poche une feuille qui comptait neuf noms et la lui tendit.
- On peut déjà en barrer un, dit Myles en consultant le document. Comment s’appelait-elle ?
- Anita Juarez, dit Tara. Je vais voir ce que je peux faire avec les autres noms.
- Quelque soient les résultats de votre enquête, je vous remercie de m’aider, dit Christensen. Je vais faire en sorte que vous ayez accès aux dossiers de ces jeunes femmes.
- Je vous raccompagne, lui proposa Lucy.
L’homme salua ses interlocuteurs et suivit la jeune femme.
- Quelle histoire ! s’exclama Myles. C’est impensable, une telle cruauté !
- Qu’est devenu ce bébé ? s’inquiéta Sue.
- Je pense qu’il doit être en de bonnes mains, répondit Jack en se voulant rassurant. Je suis persuadé qu’il s’agit d’une filière d’adoption illégale et la vie de l’enfant est plus importante que celle de la mère.
Myles regarda Alexandra ; elle était livide, il la sentait prête à défaillir.
- Eh ! Ca va ? demanda-t-il en lui tendant un siège.
Elle fit un signe affirmatif de la tête et il lui tendit un verre d’eau.
- Ca va aller, merci, je dois retourner à mon bureau, fit-elle en levant.
- Pas toute seule, rétorqua Myles en le prenant par le bras, je t’accompagne ; je ne voudrais que tu t’évanouisses dans les couloirs.
- C’est vrai qu’on pourrait jaser, affirma Lucy.
Sa remarque tomba à plat et ils sortirent. Alexandra reprenait doucement des couleurs, ils traversèrent les couloirs du septième étage presque déserts et le bureau vide de Betty. Dès que Myles eut refermé la porte sur eux, elle se jeta dans ses bras et s’accrocha à lui comme un naufragé à une planche de salut.
- Jure-moi, sanglota-t-elle, jure-moi de tout faire pour que les salauds qui ont fait ça soient punis comme ils le méritent. Jure-le moi, je t’en prie !
Il la serra un peu plus fort contre lui et lui dit en prenant son visage dans ses mains :
- Je te le jure ! Tu peux me faire confiance, je les trouverai et ils paieront.
De grosses larmes roulaient sur ses joues. Il sortit son mouchoir et avec beaucoup de délicatesse, il essuya son maquillage qui avait coulé. Elle se calma peu à peu.
- Comment te sens-tu ? s’enquit-il.
- Ne t’inquiète pas, ça ira, assura-t-elle en se blottissant dans ses bras. Tant que tu es à mes côtés … Myles ?
- Oui ?
- Le bébé.
- Le bébé ? Oui, comme l’a dit Jack…
- Je ne te parle pas de ce bébé, je te parle … du nôtre.
- Du nôtre ?
- Oui, du nôtre, ce … ce ne sera pas pour cette fois.
- Je suis désolé, mon cœur, dit-il en lui caressant les cheveux.
Il comprenait maintenant pourquoi elle avait réagi aussi vivement à l’annonce de ce crime. Elle se libéra de son étreinte, remit de l’ordre dans sa tenue et lui dit en regardant sa montre :
- Betty ne va plus tarder maintenant, est-ce que je suis présentable ?
- Tu as les yeux rouges mais tu pourras toujours lui dire que tu fais une allergie à un produit cosmétique, répondit-il.
Elle lui sourit tristement et dit :
- Merci.
- De quoi ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- D’être toujours là quand il le faut. Allez file, tes collègues vont encore se poser des questions.
- On déjeune ensemble ?
- Avec plaisir, appelle-moi quand ce sera le moment, je ne quitte pas mon bureau de la matinée.
Il porta sa main à ses lèvres ses yeux dans ses yeux. Il sortit et croisa la secrétaire qui venait prendre son travail juste à l’heure et qui pestait contre la pluie incessante de ces derniers jours. Il repensa à ce que lui avait dit Alexandra : pas de bébé dans l’immédiat. Depuis qu’ils avaient décidé de se marier, elle essayait d’être enceinte, en vain. Cette maternité lui tenait à cœur. Lui supportait de plus en plus mal cette contrainte : depuis quelques temps, chaque fois qu’ils faisaient l’amour, c’était dans le but de procréer et il lui semblait que cela devenait un acte plus mécanique que spontané. De plus, cette année écoulée avait été riche en événements de toutes sortes, pas forcément propices à l’arrivée d’un petit Myles Leland IV° du nom. Il rejoignit ses équipiers et ne trouva que Bobby et Tara.


- Te voilà enfin ! s’exclama Bobby. Elle va bien ? Pas de problème ?
Myles éluda la question.
- Quoi de neuf ? demanda-t-il.
- Jack et Sue sont au West Imperial et interrogent le chef du personnel et les personnes ayant travaillé avec la victime, expliqua Bobby. Tara a retrouvé la trace de Casey Simpson ; elle travaille dans un club à Alexandria. On y va tout de suite, tu m’accompagnes. Toi, Tara, tu continues tes recherches.
- Pas de problème, chef ! plaisanta-t-elle.
- J’aime quand tu me parles comme ça ! fit Bobby en lui caressant affectueusement la joue.
La pluie redoublait de violence, la visibilité était de plus en plus difficile sur Jefferson Davis highway. Myles conduisait en silence.
- Tu es sûr que ça va ? demanda Bobby. Tu veux en parler ?
Son ami avala sa salive. Il hésita un instant, puis se décida à parler : de toute façon, Bobby ne l’aurait pas laissé se morfondre seul, face à ses problèmes :
- C’est Alexandra, commença-t-il.
- On a tous vu qu’elle n’allait pas bien après avoir appris la nouvelle. Elle est malade ?
- Presque, poursuivit Myles, elle veut désespérément avoir un enfant. Ca fait plusieurs mois qu’on essaye sans résultats et ce qu’elle a entendu, ce matin, l’a bouleversée.
- Je comprends, nous aussi, ça nous a fichu un coup, assura Bobby.
- Elle m’a fait promettre de retrouver le ou les salauds qui ont fait ça.
- Nous aussi, on veut les retrouver et leur faire payer ce qu’ils ont fait, tu peux en être sûr ! … Tiens, c’est là, fit-il en désignant une bâtisse basse.
La voiture s’arrêta devant une sorte de hangar dont la façade était illuminée de néons qui clignotaient et qui affichaient en lettres de feu le nom du propriétaire « Tom’s », suivi d’une liste impressionnante des activités proposées allant du jacuzzi au massage en passant par la gym, la boxe, le bar avec ses danseuses. Ils coururent jusqu’à l’entrée dont un cerbère leur interdit l’accès. Il cessa cependant d’aboyer quand il vit les cartes de visite de ses interlocuteurs et les conduisit dans la salle où trois paumés réchauffaient une bière dans leurs mains en regardant une pauvre fille maigrichonne se trémousser sur une scène kitch à faire hurler le plus mauvais décorateur de théâtre.
- On voudrait parler à Casey Simpson, dit Bobby à une serveuse en présentant son badge.
- Elle est en salle de repos, c’est l’heure de sa pause, répondit la fille aux grands yeux noirs cernés. Au bout du couloir, à droite.
Ils suivirent la direction indiquée, longèrent un long couloir qui à vue de nez devait aussi desservir les toilettes et frappèrent. Une blondinette en jean et chemise de cow-boy rouge vint leur ouvrir.
- Casey Simpson ? demanda Myles.
- C’est moi. Qui êtes-vous ?
- FBI, répondit Bobby, son insigne à la main.
Casey Simpson eut un mouvement de fuite mais Myles la ceintura. Elle faisait des pieds et des mains pour se dégager mais il tenait bon.
- Doucement, ma jolie, dit-il, on répond d’abord à nos questions et après seulement, on s’en va.
Il la poussa dans la pièce qui empestait le tabac froid, la sueur et l’eau de toilette de mauvaise qualité. Des casiers à cadenas se dressaient contre le mur du fond. Deux vieux fauteuils éventrés et trois chaises bancales étaient alignés en face d’une fenêtre aux vitres crasseuses. Un cendrier sur une table basse vomissait des mégots froids.
- Qu’est-ce que vous me voulez ? demanda-t-elle visiblement inquiète.
- Casey Simpson ? Vous avez travaillé à l’hôtel West Imperial, n’est-ce pas ? commença Bobby en s’adossant au mur.
- Oui.
- Asseyez-vous. … C’était à quelle époque ? poursuivit Myles.
- Il y a environ treize mois. Je cherchais du travail, je n’ai aucune qualification et on m’a embauchée sans me demander de références. En plus, j’étais logée et nourrie.
- Quel travail faisiez-vous ? continua Bobby.
- J’étais à la buanderie, au sous-sol ; je n’avais pas le droit de monter dans les étages.
- Et vous êtes restée combien de temps ? enchaîna Myles.
- Presque six mois.
- On vous a renvoyée ?
- Ca ne vous regarde pas !
- Tout regarde le FBI, répliqua Myles.
Casey lui lança un regard désespéré et fondit en larmes. Ils avaient touché le point sensible, mais lequel ? Bobby lui donna un verre d’eau :
- Il faut tout nous dire, insista-t-il. Vous serez sous notre protection et vous ne courrez aucun risque.
Elle vida son gobelet d’un trait et le posa devant elle. Elle avait l’air complètement perdue, elle hésitait ; on aurait dit qu’elle cherchait ses mots, qu’elle rassemblait ses souvenirs. Au bout de quelques secondes qui semblèrent interminables aux deux agents fédéraux, elle commença son histoire et son visage s’anima:
- J’ai débarqué un beau matin à Washington sans un dollar en poche avec une adresse que m’avait donnée une fille que j’avais rencontrée dans le bus et que je n’ai jamais revue depuis. C’était l’adresse de l’hôtel. Elle m’avait dit que j’y trouverai facilement du travail car ils n’étaient pas trop regardant sur les qualifications.
- Elle vous a dit son nom ?
- Je crois qu’elle m’a dit s’appeler Joannie mais je ne sais pas son nom de famille.
- Et que veniez-vous faire à Washington ? demanda Myles.
- J’étais enceinte de trois mois, trop tard pour avorter. D’ailleurs, je n’en avais pas les moyens. La fille du bus m’avait dit que là-bas, on s’occuperait de moi jusqu’à la naissance du bébé et qu’on lui trouverait une bonne famille d’adoption sans que j’aie à m’occuper de quoi que ce soit.
Les deux agents fédéraux se regardèrent, incrédules.
- Qui vous a embauchée ? demanda Bobby.
- La chef du personnel, elle m’a fait un contrat que j’ai signé et j’ai commencé le lendemain. J’ai travaillé dix heures par jour dans la chaleur et l’humidité jusqu’à ce que les contractions commencent. Là, deux hommes sont venus et m’ont conduite dans une maison de la banlieue, un peu à l’écart, qui avait une pièce équipée comme à l’hôpital et mon bébé est né. Je ne l’ai pas vu, j’étais droguée, je ne sais pas si c’était une petite fille ou un petit garçon….
A ce souvenir, elle éclata en sanglots. Myles et Bobby se sentaient eux aussi très mal à l’aise mais il fallait approfondir :
- Qu’avez-vous fait après la naissance du bébé ? demanda Myles qui était hanté par la promesse qu’il avait faite à sa fiancée.
- Ils m’ont mis dans une chambre où se trouvait déjà une autre fille qui travaillait à l’hôtel et qui elle aussi venait d’avoir un enfant. C’est elle qui m’a dit que je ne devais surtout pas réclamer mon bébé, qu’il était sûrement en de bonnes mains, que je devais me montrer bien docile et que tout se passerait bien. J’ai fait comme si j’étais indifférente à la situation et au bout de trois jours, ils m’ont ramenée à l’hôtel d’où j’ai été renvoyée pour absence sans motif valable.
- Qui sont ces gens dont vous parlez ? s’enquit Bobby.
- Deux hommes que je ne reconnaîtrais même pas. J’étais tordue par la douleur, je ne pensais pas à regarder qui m’emmenait.
- Et qui a procédé à l’accouchement ?
- Une femme qui portait une tenue de bloc opératoire. Elle avait l’air de savoir ce qu’elle faisait mais j’étais dans le cirage et je ne me souviens de rien.
- Ca suffit ! s’écria Myles. Venez avec nous au FBI, on va s’occuper de ça sérieusement et on va vous mettre sous protection, vous ne risquerez rien. Ca je vous le promets ou je ne m’appelle plus Myles Leland III° du nom.
Bobby resta bouche bée devant tant de détermination mais ne put que se rendre à l’évidence : ils avaient trouvé un maillon essentiel de la chaîne que s’apprêtait à briser Sven Christensen.



Chapitre II

L’heure du déjeuner était passée depuis longtemps et Myles en avait oublié de prévenir Alexandra. Ils installèrent Casey dans un bureau et lui firent apporter un en-cas. Devant la mine défaite de leurs collègues, le reste du groupe prit peur.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda Lucy, on dirait que vous avez trouvé des squelettes dans les placards.
- On aurait préféré, avoua Myles. Je crois que Jack avait raison en évoquant une filière d’adoption illégale ; j’irai même jusqu’à dire un … trafic de nouveaux-nés. Nous vous avons ramené un témoin ; elle va consigner par écrit tout ce qu’elle nous a dit. Après, il faudra la protéger. Et vous ?
- La chef du personnel nous a donné les dossiers de ces neufs jeunes femmes qui ont presque toutes été renvoyées pour des motifs divers et variés comme absence injustifiée, faute professionnelle grave, voire même harcèlement sauf deux qui ne sont jamais revenues à l’hôtel : Anita Juarez, on sait pourquoi et une certaine Luella Do Han dont on ne sait pas ce qu’elle est devenue, expliqua Sue.
- Lucy, contacte la police de Honolulu, c’est là qu’elle est née d’après son dossier, demanda Jack. Et on va aller voir cette Casey Simpson.
Myles le retint par le bras.
- Vas-y doucement, s’il te plaît, recommanda-t-il. On vient de réveiller de douloureux souvenirs en elle. Elle est très vulnérable et très fragile.
Jack le regarda, stupéfait. Il n’avait l’habitude de voir son collègue aussi prévenant avec un témoin.
- Promis, je mettrai des gants pour lui parler.
- Je ne plaisante pas, assura Myles d’un ton grave. Quand tu auras lu son témoignage, tu comprendras.
- Un instant, Jack, fit Lucy en lui tendant un papier. Luella Do Han est décédée en mars de l’année dernière ; elle s’est suicidée. L’autopsie a révélée que, quelques jours auparavant, elle avait mis au monde un enfant dont sa famille ne sait rien. Ses parents ne savaient même pas qu’elle était enceinte ; elle avait quitté l’île pour aller travailler sur le continent.
La consternation se lisait dans les yeux de chacun.
- Encore un nom à barrer sur la liste, fit Sue d’une voix à peine audible.
Jack lui pressa affectueusement la main ; il la sentait elle aussi bouleversée et il commençait à comprendre la réaction d’Alexandra.
- Tara, Lucy, vous continuez vos recherches ; plus vite on aura localisé les autres filles, plus vite on aboutira ; je ne voudrais pas que cette sordide affaire s’éternise. Sue, tu reprends les dossiers du personnel et tu les épluches lettres par lettres.
- Il y a beaucoup de femmes dans ces emplois ; je vais faire un premier tri selon l’âge, expliqua-t-elle.
- Merci. Myles, on y va ?
Casey Simpson les attendait dans la salle d’interrogatoire. Myles lui tendit un gobelet de café et présenta Jack. Celui-ci était de plus en plus étonné de l’attitude de son ami. Il calqua son comportement sur le sien et commença :
- Nous avons pris connaissance de votre déposition et nous aimerions avoir plus de précisions si vous vous sentez prête, bien entendu.
- Ca ira, dit timidement Casey en triturant son gobelet. Je vais faire de mon mieux.
- Vous nous avez dit tout à l’heure qu’une certaine Joannie vous avait recommandé un emploi dans cet hôtel. Je suppose que vous aviez dû lui faire des confidences en chemin, interrogea Myles indirectement.
- C’est vrai. Nous étions assises l’une à côté de l’autre et nous avons partagé une boîte de cookies et de fil en aiguille, nous avons bavardé et je lui ai raconté mon histoire, avoua la jeune femme
- Bien. Alors savez-vous comment elle était au courant pour l’hôtel et tout le reste ? demanda Jack à son tour. Elle a vécu … la même situation, c’est ça ?
Elle acquiesça en hochant la tête. De l’autre côté du miroir sans tain, Demetrius et Alexandra suivait l’interrogatoire attentivement. Jack poursuivit :
- Est-ce que vous souvenez si elle vous a dit quand elle y a travaillé et quand elle a eu son bébé ?
- Si je me souviens bien, cela faisait déjà sept mois, quand nous nous sommes rencontrés. Oui, elle aurait dû avoir un bébé de sept mois, répondit Casey qui pâlissait à vue d’œil en évoquant ces pénibles moments.
Jack allait ouvrir la bouche mais Myles l’en empêcha :
- Un instant, tu veux … Mademoiselle Simpson, êtes-vous sûre que ça va ?
Elle hocha la tête en signe d’assentiment.
- Vous souvenez-vous à quel moment du voyage vous l’avez rencontrée, poursuivit Jack.
- Elle est montée dans le bus après Milwaukee et elle est descendue trois ou quatre cents kilomètres plus loin, je ne sais plus et moi, j’ai continué jusqu’ici.
- Vous avez changé plusieurs fois de bus, alors ? renchérit Myles. Et personne d’autre n’a lié conversation avec vous ?
- Pendant longtemps, j’ai voyagé avec une vieille dame qui ne savait que parler de ses chats et de ses fleurs, dit-elle en souriant un peu à cette évocation. Et après, je me suis souvent retrouvée seule. C’était pratique, je pouvais m’allonger et je dormais.
Derrière la glace, Dem appela Lucy et lui demanda de vérifier si une des femmes de la liste portait le prénom de Joannie.
- Bingo ! s’exclama-t-il en raccrochant. Elle est la première sur la liste.
- Alors vous avancez un peu ? demanda Alexandra.
- Lucy va lancer une recherche pour la retrouver.
A ce moment, les deux agents qui interrogeaient la jeune femme entrèrent :
- Vous avez entendu ? demanda Jack.
- Oui, dit Dem. Cette Joannie est le premier nom de la liste de monsieur Christensen.
- Que fait-on de Casey ? s’enquit Myles, inquiet. On ne peut pas la laisser retourner dans ce bouge où elle travaille.
- Qu’est-ce que tu proposes ? répondit Dem.
- Je propose de la mettre sous protection, ici, à Washington, fit-il.
- Il a raison, intervint Alexandra, je vais l’héberger chez moi. Personne ne le saura, sauf nous.
- Et Félicia, ajouta Dem.
- Nous avons une entière confiance en elle, assura Myles. Alors ? Qu’en pensez-vous ?
- Bon, c’est d’accord, fit Dem. Mais vous restez tous les deux avec elle et vous revenez avec elle demain matin. C’est clair ?
Alexandra approuva et se rendit dans la salle pour parler avec Casey. Les hommes les laissèrent faire connaissance et rejoignirent Lucy qui les attendait avec impatience :
- Qui c’est la meilleure ? interrogea-t-elle avec un grand sourire. Joannie Donovan, vingt et un an, elle habite à Milwaukee. L’adresse de son dossier est celle de ses parents. J’ai contacté la police locale qui l’a retrouvée à cet endroit.
- Excellent, Lucy ! fit Myles à la grande surprise de tous.
- Tu m’as coupé l’herbe sous le pied ! fit Jack. Demain, j’envoie deux agents à Milwaukee pour interroger cette Joannie Donovan.
- Récapitulons, proposa Dem à tous les agents présents. Nous avons un hôtel, le West Imperial, qui embauche légalement des jeunes femmes pour des travaux non qualifiés.
- Mais il se trouve que ces jeunes femmes ne font que passer car elles se révèlent toutes être enceintes, poursuivit Tara.
- Comme il y a beaucoup de mouvement de personnel, le grand patron s’inquiète et envoie un homme de confiance pour régler le problème, poursuivit Jack, mais cet homme a rapidement des soupçons lorsqu’on découvre le corps d’une de ses anciennes employées dans les conditions que vous connaissez.
- Il raconte l’histoire à Alexandra qui suit le même cours de danse que sa femme enchaîna Bobby et nous voilà avec une histoire sordide sur les bras.
- Nous avons une liste de neuf noms, continua Myles. Nous savons que deux de ces jeunes femmes sont décédées de façon suspecte peu après avoir accouché, nous en gardons une ici, bien vivante, et la quatrième vit à Milwaukee où une équipe ira demain à la première heure. Nous devons en retrouver encore cinq Dieu sait où !
- Jack et moi avons interrogé la chef du personnel et les responsables des différents secteurs qui n’étaient pas plus étonnés que ça de l’instabilité de ce personnel dans la mesure où les travaux sont difficiles, conclut Sue. Nous sommes aussi allés dans les sous-sols et aucune femme n’y travaillait à ce moment-là. D’après les dossiers que nous avons consultés, la plus jeunes des femmes employées actuellement a quarante huit ans.
- Demain est un autre jour, fit Dem avec philosophie. Laissez tout ça mijoter dans vos petites têtes cette nuit et faites-moi part du fruit de vos cogitations nocturnes dès votre arrivée. Sur ce, bonne soirée ! … Myles, attends un moment !
Ils attendirent que le bureau se vide. Dem se servit un café et vint s’asseoir au bureau de Bobby, face à Myles :
- J’ai remarqué que tu prenais cette affaire particulièrement à cœur. C’est parce que c’est Alexandra qui nous l’a apportée et que tu veux te surpasser ?
Myles haussa les épaules et ne répondit pas. Dem enchaîna :
- C’était juste une supposition, j’étais sûr de ta réaction mais je voulais vérifier. Il y a autre chose de plus … personnel ?
Myles se redressa et se passa la main dans les cheveux :
- Tu te souviens quand Donna était enceinte, tu ne voulais pas de ce bébé.
- Alexandra est enceinte ?
- Non, elle a des problèmes de ce côté-là et elle ne peut pas comprendre que quelqu’un qui a la chance de pouvoir avoir un bébé, l’abandonne. C’est pour ça qu’elle est aussi impliquée et du coup, elle m’a fait juré de tout faire pour résoudre cette affaire.
- Je ne pense pas me tromper en affirmant que nous sommes tous concernés et tous impliqués.
Le téléphone de Myles sonna.
- Elles m’attendent dans ma voiture, j’y vais. A demain.
- C’est ça, à demain et soyez vigilants.
« Recommandation idiote ! » songea Dem alors que Myles franchissait la porte. Il resta un moment assis dans la pièce vide à réfléchir sur la chance qu’il avait d’avoir une famille qu’il aimait et deux superbes enfants. Il n’échangerait sa place avec personne d’autre.
Myles monta dans sa voiture où Alexandra était déjà installée. Elle lui désigna le siège arrière où Casey était tapie :
- Tout va bien, on peut y aller.
- Et dehors ? demanda Myles en ajustant son oreillette.
Une voix lui répondit que tout allait bien et il démarra. Il se renseigna à nouveau avant de pénétrer dans le parking en sous sol de l’immeuble sa fiancée et quand la lourde porte métallique se fut refermée, ils sortirent du véhicule. Ils se dirigèrent vers l’ascenseur privé dont eux seuls possédaient le code d’accès et arrivèrent enfin à l’appartement.
- Voilà, c’est ici, fit Alexandra en invitant Casey à entrer. Mettez-vous à l’aise.
Pendant que Myles vérifiait toutes les ouvertures, elle lui servit à boire.
- Tout va bien, dit-il en revenant s’asseoir près des jeunes femmes. Il ne nous reste plus qu’à nous installer le plus confortablement possible et essayer de passer une bonne nuit.
- Tu as raison, renchérit Alexandra. Venez, je vais vous montrer votre chambre.
- Merci, vous êtes très gentils tous les deux, fit Casey, confuse. Je suis très embarrassée, je n’ai pas l’habitude qu’on s’occupe de moi avec autant d’attention.
- Vous n’avez plus vos parents ? demanda Myles.
- Si, mais je ne les ai pas revus depuis que je suis partie, ils ne savent même pas que j’attendais un enfant, répondit-elle.
Myles avait touché un autre point sensible.
- Suivez-moi, coupa Alexandra. Vous dormirez dans la chambre d’amis au fond du couloir, elle a sa propre salle de bains.
- C’est que je n’ai ni vêtements ni brosse à dents, remarqua Casey embarrassée.
Alexandra lui sourit gentiment :
- On vous trouvera ce qu’il faut. Ma chambre est juste là …
- Et moi, je dormirai sur un canapé, coupa Myles. Je vous laisse, je m’occupe du dîner.
Alexandra apporta des vêtements propres à la jeune fille :
- Je pense que ça devrait vous aller.
- Merci beaucoup. Mademoiselle Warren …
- Je m’appelle Alexandra
- Alexandra, … je … je ne voudrais pas paraître indiscrète, mais monsieur Leland a l’air de bien connaître la maison.
Alexandra flaira le piège :
- Comme les autres membres de l’équipe ; ici, c’est le refuge après des soirées prolongées ou les jours de tempête de neige quand ils ne peuvent pas prendre la route pour rentrer chez eux. Et rassurez-vous, quand Myles dit qu’il va préparer le dîner, il se contente de réchauffer ce qui est dans le réfrigérateur.
Elles entrèrent dans la cuisine en riant.
- Mesdames, vous êtes servies ! fit Myles en les invitant à s’asseoir.



Chapitre III


Le lendemain, au bureau, Myles rapporta le fruit de sa conversation avec la jeune Casey qu’il avait laissé au septième étage, dans le bureau d’Alexandra :
- Elle se souvient que la jeune femme qui lui a conseillé de se tenir tranquille après la naissance du bébé s’appelait Angéla Desmond. Elle venait de la région de Philadelphie où elle est retournée aussitôt. Elle nous a dit aussi que la chef du personnel descendait parfois dans les sous-sols mais celui qui y venait le plus souvent, c’était le comptable.
- Une sorte de Randy ! s’exclama Jack.
- Il venait leur demander des nouvelles de leur santé, ce que ne fait pas le nôtre, précisa Myles. Il voulait savoir comment se déroulait la grossesse et il les rassurait en leur disant que tout allait bien se passer.
- Quelqu’un a parlé avec ce monsieur si prévenant ? demanda Dem.
- Nous devons le voir aujourd’hui, dit Sue, il revient d’un séjour au Bahamas.
- Tiens donc ! s’exclama Lucy, un petit comptable qui s’offre des vacances aux Bahamas ! Plutôt louche, non ?
- Tout à fait, renchérit Jack. Cherche-nous ce que tu peux trouver sur cette Angéla Desmond, elle est aussi sur la liste. Il nous en reste encore quatre.
Tara arriva avec une liasse de documents dans une main et une barre chocolatée dans l’autre.
- J’ai du nouveau, annonça-t-elle la bouche pleine. La police du New Jersey a retrouvé une famille qui a adopté un bébé par une filière parallèle, il y a quelques mois. Ils veulent légaliser l’adoption, à leurs risques et périls, ils ont sans doute des remords. C’est le bureau de New York qui est chargé du dossier.
- On ne t’a jamais dit qu’on ne parlait pas la bouche pleine, remarqua Myles. Mais continue, c’est très intéressant.
Bobby le foudroya du regard ; il n’aimait pas qu’on fasse des remarques à Tara. Dem rompit la glace :
- Bien, alors Tara et Bobby, vous filez là-bas tout de suite et vous assistez à l’interrogatoire. Sue et Jack, allez voir si ce comptable du nom de … Peter Cossiga a bien bronzé, je vais envoyer une autre équipe à Milwaukee. Myles, je suis désolé mais il faut qu’on parle encore avec ta protégée. Si tu veux bien aller la chercher. Merci à tous et tenez-moi au courant.
Myles monta chercher Casey qui se rendait utile en classant des documents pour Betty.
- Bonjour, Betty, fit-il, je dois vous enlever la jeune demoiselle qui va nous apporter son aide. Chacun son tour. Merci.
Casey fit un petit signe amical à Betty et suivit son guide qui la mena à la bibliothèque où Dem attendait.

Tara et Bobby, de leur côté, atterrissaient à New York et se rendirent au siège du FBI. Un couple proche de la quarantaine était assis dans une pièce aux stores baissés. Ils avaient près d’eux une nacelle dans laquelle dormait un petit garçon de quatre ou cinq mois qui portait une tenue de base-ball. Tara trouva l’idée amusante mais ne dit rien. L’interrogatoire démarra.
Sue et Jack se rendirent à nouveau au West Imperial pour rencontrer le comptable. Il n’était pas encore arrivé. Ils demandèrent son adresse et se rendirent chez lui, à Arlington, une banlieue tranquille de Washington. Ils trouvèrent porte close. Ils interrogèrent les voisins qui dirent ne pas avoir revu monsieur Cossiga depuis son départ en vacances, il y avait deux semaines. Ils firent le tour de la maison, un pavillon de taille moyenne bordé d’une pelouse un peu haute avec un garage attenant. Portes et volets étaient bien fermés.
- Ca sent mauvais, remarqua Sue qui avait l’odorat plus développé que son compagnon en tentant d’ouvrir le garage. Je crains le pire.
- J’appelle un juge pour qu’il nous délivre une commission, dit-il en joignant le geste à la parole.
Moins d’une heure plus tard, Dem et Myles apportaient le document, accompagnés des pompiers et du coroner. La porte fut forcée et on découvrit un corps en état de décomposition avancée sur le siège avant d’une Mercedes. Un voisin, médecin, s’approcha et ne reconnut pas Cossiga. Encore un mystère à élucider ! Décidément, cette affaire devenait de plus en plus glauque ; Myles et Dem se regardèrent avec la même expression d’incompréhension et de dégoût. Ils rentrèrent au bureau en recommandant bien qu’on leur envoie le rapport du médecin légiste le plus rapidement possible.
En chemin, Dem demanda à Lucy de lancer un avis de recherche sur Peter Cossiga.
- L’ami Cossiga ne va sûrement pas refaire surface, déclara Myles. Ca se gâte pour lui.
Dem opina du bonnet.
A la fin, de la journée au bureau, les groupes se réunirent à nouveau pour faire le point.
- Monsieur et madame Brodsky ont adopté ce petit garçon qu’ils ont appelé Sacha à sa naissance en juillet, dit Tara. Il était tellement mignon ! Si vous l’aviez vu avec …
- Reviens sur terre, fit Bobby en lui claquant les doigts sous le nez. Comme Tara s’apprêtait à vous le dire, ils ont été contactés par téléphone par un homme qui leur a dit connaître leur problème, à savoir la stérilité, et qu’il pouvait les aider à adopter un bébé dès sa naissance moyennant un million de dollars.
- Wahoo ! C’est énorme ! s’exclama Myles. Ces salauds se sont fait pas mal de blé sur le dos de gens désespérés !
- En effet, poursuivit Tara. Quelques jours plus tard, il les rappelait en leur demandant de se tenir prêt, qu’un bébé allait naître dans les jours suivants et qu’il serait à eux, moyennant finance et discrétion. Ils avaient rendez-vous au West Imperial, ici à Washington, où on leur avait dit de réserver une chambre sous un faux nom. Au bout de deux jours, vers minuit, un homme les appelés pour les avertir que le colis était arrivé.
- Le colis ? Quel colis ? demanda Myles.
- Le bébé si tu préfères, enchaîna Bobby. Il les a faits descendre au sous-sol, a empoché l’argent, leur a donné l’enfant et les a faits sortir par une porte dérobée. Après quoi, il a disparu. Comme il faisait très sombre, ils n’ont pas pu le voir. Les Brodsky ont pris un taxi et sont descendus dans un autre hôtel pour la nuit. Ils étaient désemparés. Le lendemain, à la première heure, monsieur Brodsky est allé louer une voiture et ils sont rentrés à New York après avoir acheté le matériel nécessaire pour le voyage du petit Sacha. Voilà toute l’histoire.
- Et maintenant, ils ont des remords, conclut Myles. Ca me donne une idée.
- Une seule ? s’inquiéta Lucy. Elle doit s’ennuyer toute seule !
- Très drôle, répliqua Myles en levant les yeux au ciel. Je pensais que nous pourrions, Alexandra et moi, nous faire passer pour un couple en mal d’enfant peut-être en allant traîner du côté du West Imperial …
- Mais on n’a toujours pas retrouvé Cossiga, remarqua Jack. Il semble être la clé de voûte de l’affaire.
Son téléphone sonna. Quand il raccrocha, il avait l’air perplexe.
- D’après les premiers résultats de l’autopsie, l’homme est mort d’une overdose. C’est un homme jeune, de race blanche, un mètre quatre vingt deux, soixante dix kilos ; d’après ces empreintes, il s’agirait d‘un dénommé Nathan Patterson, sans domicile fixe, petit dealer et gros consommateur d’héroïne qui traînait souvent du côté de l’hôtel.
- Quel lien avec notre comptable en goguette ? dit Sue.
- Chantage ? avança Bobby. Il rôde dans les parages de l’hôtel ou de la maison où se déroulent les naissances, découvre que le chef est Cossiga, le menace de tout révéler s’il ne lui donne pas une certaine somme d’argent et se fait buter à la première rencontre.
- Oui, mais pourquoi dans le garage de Cossiga ? remarqua Myles. Il aurait pu faire ça ailleurs. Il se désigne comme coupable. A moins que …
- A moins que Cossiga ne soit pas le cerveau de tout ça et que nous sommes partis sur une fausse piste, l’interrompit Tara.
- C’est ça, poursuivit Myles, les vacances de Cossiga, c’est du bidon ! Il doit être mort à l’heure qu’il est !
- Bon ! s’exclama Dem, on repart à zéro sur cette partie de l’enquête. Tara et Sue vous continuez à rechercher les quatre filles qui manquent à l’appel. Est-ce que monsieur et madame Myles Leland III° du nom peuvent entrer en scène ?
- J’arrange ça avec madame mais vous devrez vous charger de Casey, répondit Myles.
- Pas de problème, signa Sue. Lucy et moi, on s’en occupe.
Myles signa « merci » et fila au septième étage. Il exposa le plan à Alexandra qui approuva et dans la demi-heure qui suivit, ils étaient dans leur logement respectif à préparer leur valise. Puis, Myles passa prendre Alexandra et appela l’hôtel pour réserver une chambre. Comme il avait annoncé qu’ils arrivaient par l’avion de Boston qui atterrissait vers vingt et une heures, ils prirent le temps de dîner tranquillement et de mettre leur stratégie au point. A vingt trois heures, un jeune couple très élégant se présenta à la réception du West Imperial.
- Myles Leland III°du nom, voici mon épouse, nous avons réservé une suite.
- Qu’est-ce qui vous amène parmi nous ? demanda le réceptionniste quelque peu indiscret en lui tendant un registre à signer.
En parfaits comédiens qu’ils étaient, Alexandra et Myles se regardèrent d’un air triste. Il lui sembla même que les yeux de sa fiancée se brouillaient.
- Nous venons consulter un spécialiste, expliqua-t-il.
- Je suis désolé, je ne voulais pas être indiscret, s’excusa le réceptionniste, un jeune homme quelque peu gauche dans son attitude.
- Rassurez-vous, reprit Myles, personne n’est malade, enfin pas au sens où vous l’entendez.
- Viens, chéri, montons vite à la chambre, intervint Alexandra.
- Je vous envoie vos bagages, annonça le jeune homme.
L’immense hall de l’hôtel était presque vide et l’ascenseur les attendait.
- Ouf ! Une chose de faite, soupira Myles, mais de grâce, mon cœur, ne m’appelle plus jamais « chéri », c’est trop vulgaire !
- Désolée, mais il fallait bien donner le change.
- Là, je crois qu’on a réussi. Ah ! Nous voici arrivés.
Ils sortirent et longèrent le long corridor qui les mena à leur suite. Le bagagiste les rejoignit peu après et Myles lui donna un généreux pourboire.
- C’est déprimant, ces chambres ! s’exclama Alexandra quand il eut fermé la porte derrière lui. Ca n’a rien de romantique.
- Je vais quand même commander du champagne et on va passer à la deuxième partie du plan. Prête ?
- C’est celle que je redoute, mais je suis prête.
Dix minutes plus tard, le serveur apportait le champagne quand il entendit des voix qui troublaient la paix de la nuit.
- Tu te rends compte que tu n’es même pas capable de me donner un héritier ! criait la voix de l’homme. Et que va devenir ma fortune ?
- Ta fortune ! Ta fortune ! renchérit la voix de la femme. Tu n’as qu’à t’enterrer avec, ta fortune !
- Si j’avais su, j’aurais épousé Lucy et j’aurais déjà un héritier !
- Eh bien ! Adoptons ! proposa la femme.
- Adopter ! Tu rêves, il faut des années pour obtenir un enfant et même pas un nouveau-né ! Moi, je n’ai qu’un an avant que l’héritage ne passe à mon frère…
Il fut interrompu par des coups à la porte.
- Service d’étage !
- Laissez tout devant la porte et prenez le billet que je glisse dessous.
Myles s’adossa au mur, rouge et essoufflé et regarda Alexandra, assise sur le lit qui riait de toutes ses dents.
- Très bon minutage ! fit-elle en venant lui taper dans la main.
- On a bien mérité le champagne.
Il ébouriffa un peu plus ses cheveux, ouvrit la porte et regarda de chaque côté, persuadé qu’on l’observait. Il prit le plateau et rentra.
- Madame est servie ! annonça-t-il en lui tendant une flûte du breuvage frais et pétillant. Maintenant, on passe à la troisième partie.
Il la prit dans ses bras et l’embrassa. Comme d’habitude, elle chavira.
- C’est ça, la troisième partie ? murmura-t-elle.
- Non, c’est juste l’entracte.
Vers deux heures du matin, le barman de l’hôtel vit arriver un homme échevelé, débraillé et visiblement éméché.
- Bonsoir, monsieur, je vous sers un café ?
- Non, mon garçon, donnez-moi un scotch, un double ! commanda Myles.
- Ca va comme vous voulez ?
- Pas du tout ! hoqueta Myles. Ma femme ne peut pas me donner d’héritier et si je n’ai pas d’enfant d’ici un an, mon père me déshérite et…
Il vida son verre d’un trait et fit signe au barman de se rapprocher:
- Il y a beaucoup d’argent en jeu, chuchota-t-il sur le ton de la confidence.
- Je suis désolé, je ne peux rien faire pour vous.
- Si mon gars, cria le prétendu ivrogne, tu peux me servir un autre verre !
- Vous devriez aller vous coucher, monsieur, fit le barman inquiet pour la tranquillité de son bar. Je vais vous faire reconduire.
Et il fit signe au bagagiste d’aider monsieur Leland à regagner sa chambre. Quand la porte se fut refermée, Myles se précipita en courant dans la salle de bains et vomit tout l’alcool qu’il avait ingurgité. Il prit une douche et alla se coucher.
- Ca va aller ? demanda Alexandra, un peu inquiète.
- Ne me demande plus de boire de l’alcool fort, je ne supporte vraiment plus.
Il se cala contre elle et s’endormit aussitôt.



Chapitre IV

- Oups ! On dirait que la nuit a été difficile ! s’exclama Tara en voyant arriver le couple en mal d’enfant.
Myles se précipita sur le café, puis sortit en courant. Ses amis le suivaient des yeux et cherchaient à comprendre.
- Il a « la gueule de bois », expliqua Alexandra. Il a bu un scotch, au bar, à deux heures du matin et depuis il est malade comme un chien. Oh ! Pardon, Lévi !
- Ca faisait partie de votre scénario ? demanda Bobby en riant. Quelle abnégation !
- Tu sais, depuis son séjour en Irak, il a l’estomac détraqué et ne supporte plus les alcools forts, fit Alexandra en se retournant.
Myles venait d’entrer blanc comme un linge.
- Tu devais aller à l’infirmerie, lui conseilla Jack.
- Sans façon. Tu veux qu’Arlen m’achève ! s’exclama Myles en rangeant son mouchoir. Revenons plutôt à notre affaire. Nous avons fait connaître de façon détournée notre problème. Nous espérons que quelqu’un réagira rapidement. Comment va Casey ?
- Elle va bien, ne t’inquiète pas pour elle, répondit Tara. Lucy et Sue s’occupent d’elle et ne devraient pas tarder à arriver.
- Je vais vous faire part des résultats de l’équipe que j’ai envoyée à Milwaukee. Ils ont retrouvé Joannie Donovan ; elle est mariée et a un enfant. Elle vit heureuse, si tant est qu’on peut l’être après avoir abandonné son bébé. Son mari connaît les faits mais il ne savait pas dans quelles conditions l’abandon s’est passé. Il aimerait retrouver cet enfant et lui donner son nom.
- C’est une intention louable, remarqua Myles qui reprenait des couleurs peu à peu. Et les autres ?
Tara avala rapidement les jellys qu’elle venait de se fourrer dans la bouche et attrapa une liasse de feuilles griffonnées dans tous les sens.
- Nous avons deux femmes qui viennent d’Europe de l’Est, elles étaient en situation irrégulière et ont été reconduites dans leur pays, en l’occurrence la Tchétchénie. Elles se livraient à la prostitution. Si vous voulez connaître leurs noms, Myles vous les lira, moi, je n’y arrive pas. Mais pour elles, on ne peut plus rien faire. En revanche, il nous reste Samantha Lewis, de Charlotte et Lynn Andrews, de Washington DC. Elles n’habitent plus à l’adresse indiquée dans leur dossier.
- Nous avons envoyé des équipes pour les localiser, précisa Jack.
- Neuf bébés qui ont été volés à leurs mères, c’est horrible ! s’exclama Alexandra.
Myles l’entoura d’un bras protecteur :
- Console-toi en disant que ces enfants sont sans doute plus heureux dans les familles qui les ont recueillis, surtout ceux des deux jeunes Tchétchènes.
- Rien ne vaut l’amour d’une mère et d’un père, ajouta-t-elle.
Mais ça, Myles ne connaissait pas bien, il le découvrait depuis quelques mois seulement.
- Et vous deux ? Prochaine étape ? demanda Dem.
- Nous allons retourner à l’hôtel avec des mines défaites car nous sommes sensés avoir consulté un autre spécialiste en vain, dit Myles. Après quoi, nous aurons une discussion un peu vive en public avant de regagner notre chambre pour la nuit.
- Est-ce que tu as pris les micros, les caméras ? s’enquit Jack.
- Ma broche contient une caméra miniature, précisa la jeune femme.
- Moi, j’ai ma montre fétiche équipée d’un micro, ajouta Myles en agitant sa main gauche, et la valise contenant l’argent a une puce pour la localiser, … si par hasard on la perdait.
- A quelle heure retournez-vous à l’hôtel ? demanda Dem.
- Dix-sept heures me semble une heure correcte, fit Alexandra. Ca va me laisser le temps de voir quelques dossiers en attente. A toute à l’heure.
Elle se libéra du bras de son fiancé et se rendit à son bureau. Dans le couloir, elle croisa Sue et Lévi qui escortaient joyeusement Casey Simpson en grande conversation avec Lucy qui venait de découvrir qu’elles avaient une passion commune, les chaussures. Elles bavardèrent quelques instants avant de regagner leurs bureaux respectifs. Aujourd’hui, Casey restait avec Lucy et s’était proposée pour effectuer du rangement dans la bibliothèque.
En fin d’après-midi, le portier du West Imperial vit sortir d’un taxi ce jeune couple élégant qui était arrivé la veille et qui se disputait en entrant dans le hall. La femme avait les yeux rougis, elle avait visiblement pleuré et le jeune homme parlait très fort et tout le monde pouvait entendre ce qu’il disait :
- Les choses sont claires maintenant, par ta faute, je n’hériterai pas de la fortune de mon père. Incapable de procréer ! C’est inimaginable, mais que sais-tu faire à part passer du temps chez les coiffeurs, esthéticiennes et autres boutiques de mode où tu dépenses sans compter ! Quand je pense que notre contrat de mariage ne nous autorise pas à divorcer ! Je me suis bien fait avoir par la mafia d’avocats que paie grassement ta famille !
- Je t’en prie, Myles, suppliait l’accusée, tais-toi. Nos problèmes ne regardent personne. Nous allons contacter cette « mafia » d’avocats, comme tu dis et ils nous trouverons un bébé à adopter et dans les temps.
- C’est hors de question ! s’écria Myles. Je ne veux plus rien avoir à faire avec eux ! Je le trouverai tout seul, cet enfant à adopter !
Il traversa le hall à grandes enjambées, très énervé, suivi par sa compagne qui essayait de le calmer. Derrière son bureau, le concierge de l’hôtel, qui n’avait pas perdu une miette de l’altercation, décrocha son téléphone et composa un numéro :
- C’est moi, dit-il à voix basse. Je crois que j’ai des clients potentiels pour le prochain môme.
Et il indiqua le numéro de la suite de ses clients.
Dans la chambre, Myles et Alexandra poursuivaient leur conversation animée qui se termina sur ces mots qu’elle hurla comme hystérique :
- Je ne te parle plus, je ne veux plus t’entendre !
Une porte claqua, ce fut le silence. Ils se regardèrent ébahis par ce qu’ils venaient de faire et surtout par ce qu’ils avaient réussi à se dire. Myles entraîna sa fiancée dans la salle de bains et fit couler la douche. Il lui fit signe de se taire, alla fermer la porte d’entrée et mettre la sécurité, puis il revint. Ils étaient tous les deux en sueur et leurs visages étaient rouges.
- Tu as été très convaincante, lui dit-il en dénouant sa cravate.
- Je te retourne le compliment, tu as été parfaitement odieux, répondit-elle. J’espère que tu ne pensais pas ce que tu as dit.
Il se retourna, surpris, les sourcils levés, le regard incrédule. Il acheva de déboutonner le dernier bouton de sa chemise.
- Tu plaisantes ou tu es sérieuse ?
- Je suis sérieuse. J’avais l’impression que tu me parlais, à moi, avoua-t-elle.
Il comprit qu’il y était allé trop fort. Il la prit dans ses bras :
- Tu sais très bien que je ne pensais pas un traître mot de ce que j’ai dit concernant …, tu sais quoi. Rien, tu m’entends bien, rien ne pourra m’éloigner de toi.
Il lui souleva le menton et plongea son regard bleu délavé dans ses yeux couleur d’émeraude et il y vit naître une toute petite lueur qui fit disparaître peu à peu le doute et la tristesse qui s’étaient insinués un court instant en elle. Elle avait besoin de savourer le goût sucré de ses lèvres et attira son visage vers elle. A son contact, elle sentit une énergie nouvelle l’envahir et elle reprit confiance. Ils auraient voulu prolonger ce baiser indéfiniment mais le téléphone de la salle de bains émit un son strident. Myles décrocha :
- Leland ! … Qui êtes-vous ? … Oui, bien sûr que nous sommes intéressés. … un million de dollars ? … C’est beaucoup mais je peux les réunir en quelques heures … Deux heures du matin, dans la ruelle, nous y serons … et vous nous donnerez le bébé aussitôt ? … D’accord !
Il raccrocha en regardant Alexandra.
- Bingo ! s’exclama-t-il, nous les tenons !
- Puisses-tu dire vrai, renchérit-elle.
Ils quittèrent l’hôtel et se rendirent dans une banque d’où ils ressortirent une heure plus tard après avoir « parlementé » avec Jack, qui se faisait passer pour un manager, portant une mallette qui semblait bien lourde. Ils avaient échafaudé ensemble le plan qu’ils appliqueraient dans la nuit.


Cette nuit de fin d'automne était bien froide, le ciel clair et étoilé annonçait des gelées. Myles s’avançait dans la ruelle, Alexandra accrochée à un bras et la mallette dans l’autre main. Un lampadaire, à l’angle, éclairait faiblement cet endroit sinistre, jonché d’immondices, de poubelles renversées et de cartons sous lesquels dormaient des clochards. Un chien efflanqué fouillait un sac en papier d’où il tira un hamburger moisi qu’il engloutit aussitôt et se lança à la poursuite d’un rat qui détalait le long du mur. La jeune femme frissonna à cette vue. La portière d’une voiture garée au fond de ce coupe-gorge s’ouvrit et … le concierge de l’hôtel s’approcha :
- Vous avez l’argent ? demanda-t-il en regardant autour de lui.
- L’enfant d’abord, ordonna Myles.
L’homme se retourna et fit un signe en direction du véhicule. Un autre homme en sortit, tenant un ballot de chiffon dans les bras. Il le remit à Alexandra qui serra le bébé contre elle. Il était bien emmitouflé mais il fallait le mettre au chaud le plus vite possible. Elle recula doucement tandis que Myles ouvrait la mallette et la tendait au concierge. A cet instant, des cartons se soulevèrent et des voitures barrèrent le passage. Dem et son équipe mirent la main sur les deux hommes qui n’opposèrent aucune résistance tant ils avaient été surpris.
L’enfant se mit à pleurer. La jeune femme le berça délicatement et monta avec lui dans l’ambulance où Myles la rejoignit. Il était attendri par le tableau qui s’offrait à ses yeux et songea qu’elle serait une très jolie maman. Elle ne voulait pas lâcher ce petit être et le tint contre elle jusqu’à l’arrivée à l’hôpital.
- Mon Dieu ! s’exclama le médecin qui examina le nouveau-né à son admission, mais il vient de naître ! Ce jeune homme semble cependant en parfaite santé.
- Est-ce que je peux…, commença Alexandra.
- Viens maintenant, il est tard, coupa Myles qui imaginait facilement la suite. Il faut retrouver sa mère.

Au bureau, les interrogatoires allaient bon train. Le concierge finit par avouer où se trouvait cette maison aménagée en clinique et confirma que le comptable était bien le cerveau de toute cette sombre histoire. Dem envoya ses hommes sur place et ils découvrirent deux jeunes femmes sur le point d’accoucher et la maman du petit garçon. L’autre homme, en revanche, avoua qu’il avait tué Cossiga sur ordre du concierge et qu’il avait jeté le corps dans un étang dans le Maryland.
- Et voilà, fit Jack en revenant, suivi de Bobby, Myles et Dem. Mission accomplie ! Deux jeunes mamans mettront leurs bébés au monde dans de bonnes conditions et une troisième a retrouvé le sien. Les services sociaux s’occuperont bien d’elles.
- Et pour les autres enfants ? demanda Sue.
- Ce sera plus délicat car certains sont déjà grands et heureux dans leurs familles d‘adoption ; les polices locales et les services sociaux s’en chargent, répondit Jack.
- Et pour Casey ? hasarda Myles.
- Même réponse, mais le tout est de savoir si ces jeunes femmes veulent retrouver leur enfant et le garder. Une des filles qu’on a retrouvée a déjà fait savoir qu’elle n’avait pas les moyens d’élever un gosse; en plus, c’est une junkie. Il va y avoir des procédures longues et douloureuses maintenant, conclut Dem. Bon, la nuit sera courte, mais profitez des quelques heures qui vous restent pour vous reposer un peu. Merci à tous et à plus tard.
Myles et Alexandra quittèrent les locaux du FBI dans la même voiture et se rendirent à l’appartement de la jeune femme où ils finirent la nuit, heureux d’avoir contribué à l’arrestation de ces malfaiteurs. Les différents services de police du pays avaient été alertés et le réseau serait démantelé rapidement. Le plus difficile restait à faire, retrouver le bébé de Casey qui voulait reprendre son enfant qui avait maintenant presque sept mois.
- Je n’arrive pas à croire que cette enquête soit déjà finie ! En moins d'un mois, nous avons réussi un tour de force! s’exclama Alexandra en se resservant du café.
- Tu y as repris goût, on dirait, constata Myles en repliant son journal.
Il la rejoignit près de la baie vitrée d’où elle regardait tomber de minuscules flocons de neige. Il la prit par la taille et l’embrassa dans le cou :
- Dans un peu moins de trois semaines, nous serons mariés et il neigera sans doute encore plus que maintenant, dit-il.
- C’est vrai, répondit-elle en se laissant aller contre lui, ça non plus je n’arrive pas à y croire.
- Et ça, tu arrives à le croire ? fit-il en la retournant face à lui et en l’embrassant.
Elle se retrouva à nouveau pantelante dans ses bras. Elle se racla la gorge et le repoussa doucement :
- J’adore quand tu m’embrasses mais…
- … nous devons partir, il est l’heure, coupa-t-il.
Ils éclatèrent de rire ; ils se connaissaient bien maintenant. Alexandra salua Félicia qui arrivait et ils prirent l’ascenseur jusqu’au parking souterrain.
La jeune femme rejoignit son bureau et consulta son agenda. Elle fronça les sourcils et appela Betty. De leur côté, les agents n’avaient pas chômé ; ils avaient retrouvé le corps du comptable dans un étang du Maryland
Environ deux semaines plus tard, un couple arriva avec une ravissante petite fille nommée Kelly. Lorsque Casey la vit, son sang ne fit qu’un tour ; son instinct maternel parlait pour elle, c’était son bébé. Elle regarda la fillette qui n’avait d’yeux que pour Lévi.
- Je peux ? demanda-t-elle timidement.
- Bien sûr, dit la femme en lui tendant le bébé. Allez-y, n’ayez pas peur.
Elle s’approcha de l’enfant et lui parla doucement. La petite lui sourit et babilla en lui désignant le chien. Casey la serra tendrement contre elle, enfin ! Monsieur et madame Fitzpatrick, qui avait « acheté » la petite Kelly, s’étaient manifestés spontanément lorsque la presse avait relaté le démantèlement du réseau d’adoption clandestin. Des tests avaient été pratiqués sur les jeunes femmes et sur le bébé et il s’était avéré que Casey Simpson était la mère. Un grand moment d’émotion pour le bureau !
Casey remercia toute l’équipe et partit avec les Fitzpatrick. Il y avait encore un long chemin à parcourir jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre mais cela s’annonçait bien.
- Et pour les autres ? demanda Sue.
- On recherche toujours la maman du petit Brodsky qui est si mignon, répondit Tara. Pour les autres, ça semble encore plus long et encore plus difficile.
Myles avait décroché son téléphone et cherchait à joindre Alexandra pour lui annoncer la bonne nouvelle quand son portable sonna c’était justement elle qui lui demandait de la rejoindre au cabinet du docteur Franklin sans donner plus de précisions. Il se précipita en trombe vers l’ascenseur sans dire un mot et se retrouva une demi-heure après devant la secrétaire qui l’introduisit dans le cabinet où l’attendait le médecin.
- Bonjour, monsieur Leland, dit Jane Franklin en l’invitant à s’asseoir. Alexandra ne va pas tarder, elle se rhabille.
- Mais que se passe-t-il ? demanda-t-il inquiet.
- Si vous voulez patienter quelques instants, répondit le médecin.
Alexandra entra dans la pièce, tout sourire :
- Merci d’être venu si vite, mon cœur, lui dit-elle, je voulais que tu sois là. Tout d’abord, je veux que tu saches que je viens d’accomplir ma toute dernière mission pour le FBI.
- Mais pourquoi….
Il fut interrompu par la secrétaire qui apportait des documents au docteur Franklin. Elle y jeta un rapide coup d’œil et les regarda tous les deux, Myles inquiet, Alexandra rayonnante.
- Cela confirme ce que je pensais. Félicitations, vous allez être parents.
Alexandra regarda Myles qui avait rougi :
- Ca veut dire que … tu es … enceinte ? demanda-t-il incrédule.
- Oui, confirma la jeune femme, … mais tu n’as pas l’air …
- C’est une merveilleuse surprise, murmura-t-il en lui baisant la main.
Ils quittèrent le cabinet médical et se rendirent dans la maison de banlieue. Myles ne dit pas un mot durant tout le trajet. Alexandra ne brisa pas ce silence et le laissa à ses réflexions. Elle pensait qu’il avait besoin de se faire à cette idée et qu’une fois chez lui, il voudrait s’isoler un instant pour réfléchir.
C’est exactement ce qui se produisit. Elle le laissa au salon avec pour seule lumière le feu dans la cheminée et alla prendre une douche et se changer. Quand elle redescendit vêtue de son éternel jean délavé et de son pull géant blanc, elle vit une bouteille de champagne qui rafraîchissait dans un seau à glace et Myles qui lui tendait les bras.
- Je suis le plus heureux des hommes, lui dit-il en la serrant contre lui. C’est un immense bonheur que tu me donnes.
Il se pencha pour l’embrasser mais fut interrompu par la sonnette de la porte.
- Assieds-toi là, dit-il en la conduisant près de la cheminée.
Il revint peu après, les bras chargés d’une brassée de roses rouges délicieusement parfumées qu’il lui tendit. Elle était très touchée et le fut encore plus en lisant le petit mot qui accompagnait les fleurs : « Pour la plus merveilleuse femmes dont un homme puisse rêver qui rend bien ternes les plus belles roses du monde. Avec tout mon amour, Myles. » Elle le regarda, émue. Il avait rempli les flûtes de champagne et lui en présenta une.
- A l’homme que j’aime plus que tout au monde, dit-elle en choquant sa flûte contre la sienne.
Ils burent une gorgée et Myles mit les fleurs dans le vase qu’il avait déjà préparé ; il prit ensuite Alexandra dans ses bras et l’embrassa en espérant ne pas être interrompu.
- Quand allons-nous le dire à la famille et aux amis ? demanda-t-il en la prenant sur ses genoux.
- A notre retour de voyage de noces, ne serait-ce que pour éviter les coups de fils de Maman qui voudra savoir comment je vais.
- Sage décision, approuva-t-il, ce sera notre secret pour quelques temps encore ; mais à propos, quand va-t-il montrer le bout de son nez, ce bébé ?
- Théoriquement en septembre.
- Alors, il est minuscule ? Tu crois que … si …, il s’en apercevra ?
Elle lui fit non de la tête tout en l’embrassant et il la porta jusqu’à la chambre. Dehors, dans la nuit, les flocons de neige dansaient à la lumière des réverbères et les décorations de Noël commençaient à scintiller aux fenêtres.




Chapitre V


De lourds nuages s’amoncelaient dans le ciel de Boston. Dans la rue, les passants couraient, les bras chargés de paquets pour regagner leurs intérieurs douillets, avant la neige. On annonçait une tempête imminente. Il n’était que quatorze heures mais on avait déjà dû allumer les lumières.
Chez les Leland, les hommes achevaient de s’habiller pour la cérémonie. Myles, selon son habitude, s’énervait sur son nœud papillon qu’Andrew essayait tant bien que mal de lui nouer ; il avait demandé au moins vingt fois à Jack s’il avait bien les alliances et regardé une bonne centaine de fois sa montre de crainte d’être en retard. Madame Leland poussa la porte entrouverte et regarda ses deux fils aux prises avec ce maudit bout de tissu qu’il fallait se mettre autour du cou pour être élégant.
- Ah, Maman ! Tu tombes bien, s’écria Andrew. Myles n’arrête pas de bouger, je n’y arriverai jamais !
- C’est toi qui es maladroit, mon pauvre garçon, répliqua Myles, tu m’étrangles !
Leur mère s’avança calmement. Elle était très élégante dans une robe griffée en soie grège. Elle s’approcha du marié qui se figea au garde à vous et réussit son tour de magie : le nœud papillon était enfin en place. Jack les observa un instant : c’est drôle comme Myles pouvait ressembler à sa mère ! Son instinct lui disait qu’ils avaient besoin d’être seuls et il quitta la pièce suivi de Andrew.
- Tu es nerveux à ce que je vois, constata-t-elle en passant sa main sur sa joue.
Myles frissonna, il n’était pas habitué à des démonstrations d’affection de sa part.
- On le serait à moins, assura-t-il. J’ai vécu des situations difficiles mais comme celle-là, jamais !
Elisabeth Leland sourit.
- Mon fils, un agent spécial du F.B.I., va connaître la première peur de sa vie et cela le jour de son mariage ! plaisanta-t-elle.
Elle rectifia un bouton de sa chemise qui était mal fermé et lui prit les mains. Il sentit qu’elle avait quelque chose d’important à lui dire mais qu’elle ne savait pas comment s’y prendre. Cela ne lui ressemblait pas.
- Myles, commença-t-elle, la voix légèrement enrouée, Myles, … je ne te l’ai jamais dit, mais … je suis très fière de toi, de l’homme que tu es devenu.
Sa voix se brisa, elle se tut. Myles la serra contre lui pour la première fois de sa vie. Ce fut également une grande surprise pour Philip Leland qui arriva à cet instant précis.
- Ca va vous deux ? demanda-t-il un peu inquiet.
Et après s’être assuré que tout allait bien, il reprit :
- Je crois qu’il est temps de partir. Courage, fiston, c’est la dernière ligne droite, ajouta-t-il en donnant une tape affectueuse dans le dos de son fils.


Chez les Warren, les dames étaient prêtes ; les demoiselles d’honneur portaient des robes de soie parme qui leur allaient à ravir. Anne s’approcha d’Alexandra et lui tendit son manteau de fourrure blanche :
- Te voilà prête à sauter le pas, tu tiens le coup ?
Alexandra acquiesça en souriant :
- Tout va bien et vous ?
Tara, Lucy, Sue et Anne semblaient nerveuses. Seul Lévi gardait son calme, malgré la cravate qu’il portait avec élégance. James et Katherine Warren apparurent dans l’encadrement de la porte.
- Cette fois, ça y est, il est temps ; êtes-vous prêtes, mesdemoiselles ? demanda le père de la mariée.
Il regarda sa fille avec tendresse :
- Tu es magnifique, lui dit-il en l’embrassant. Tu es aussi jolie que l’était ta mère le jour de notre mariage.
- Il dit des sottises, reprit Katherine, tu es mille fois plus belle.
C’est vrai qu’elle était belle mais c’est ce que l’on dit de toutes les mariées. Alexandra portait une robe de soie blanche rebrodée de perles, au décolleté bateau et manches longues en tulle brodé. Ses cheveux, piqués de petites roses blanches en soie, tombaient en cascade bouclée sur ses épaules. Sa mère l’aida à enfiler son manteau et ils se mirent en route.
Dans la petite chapelle du couvent où ils avaient décidé de célébrer leur union, tout était prêt pour la cérémonie. Myles et ses amis étaient déjà là. Les invités s’installaient rapidement, ravis de pouvoir se réchauffer. Alexandra arriva enfin. Jack qui supervisait l’organisation vint embrasser Sue rapidement et fit signe à Andrew. Celui-ci plaça son frère près de l’autel, les garçons d’honneur juste derrière lui et la musique commença ; les portes de la chapelle s’ouvrirent sur les demoiselles d’honneur intimidées mais souriantes, suivies à quelques mètres par la mariée au bras de son père. Myles se retourna et n’avait d’yeux que pour elle ; elle rayonnait de bonheur. Elle le regardait aussi, il était superbe et altier. Elle s’avançait vers lui et ne quittait pas son regard. Plus rien n’existait autour d’eux.
Quand elle fut à sa hauteur, elle donna son bouquet à Anne et le prêtre commença à officier. Le moment tant attendu de l’échange des consentements arriva enfin. Le silence complet se fit. Après les formules traditionnelles, il prononça enfin la phrase magique :
- Alexandra, Myles, devant Dieu et devant les hommes, je vous déclare mari et femme. Vous pouvez embrasser la mariée.
La famille et les amis s’agitaient autour d’eux, mais ils ne s’en rendaient pas compte. Il lui baisa le bout des doigts, glissa sa main sur sa joue pour essuyer une petite larme et caressa doucement ses lèvres avec les siennes comme s’il avait peur de trop en faire. Les flashes crépitaient autour d’eux, tout le monde voulait saisir cet instant. Puis son baiser se fit plus appuyé et on les applaudit.
- Vive les mariés ! s’écria Bobby.
Ils faisaient maintenant face à la foule, souriant, heureux et traversèrent la petite chapelle en se tenant par la main pour regagner les voitures qui attendaient sur le parvis. Il faisait presque nuit et la neige tombait dru ; au loin, une chorale des rues entonna un chant de Noël « Chestnuts are roasting in an open fire… ». Ils se regardèrent, émus ; c’était sur cet air-là qu’ils s’étaient retrouvés un an plus tôt, jour pour jour, alors que tout espoir semblait perdu. La neige tombait de plus en plus fort et Alexandra frissonna malgré sa fourrure. Myles la fit monter dans la limousine et le cortège prit la direction de la salle de réception.
- Voulez-vous poussez un peu le chauffage, demanda Myles au chauffeur, ma femme a froid. Merci.
« Ma femme », il avait dit « ma femme », c’était sorti spontanément. Il regarda sa main gauche où brillait un anneau d’or jaune et prit celle d’Alexandra dans les siennes, là où quelques instant auparavant il avait glissé le plus simple des anneaux en or blanc. Elle posa sa tête sur son épaule et se laissa aller à son bonheur tout neuf.
La salle de réception était superbement décorée, les buffets bien achalandés et le champagne coulait à flots. Les familles avaient décidé de donner un cocktail qui ne retiendrait pas trop longtemps les invités en cette veille de Noël. La musique attira tous les amateurs sur la piste de danse et quelle ne fut pas la surprise de Myles quand il vit son frère danser avec Lucy.
- Je me dois, en tant que témoin, de danser avec la mariée, fit Jack en tapant sur l’épaule de son ami.
- Alors, laisse-moi Sue, répondit Myles.
Ils échangèrent leurs cavalières.
- On dirait que Lucy s’entend très bien avec ton beau-frère, constata Jack. Ce serait amusant qu’elle devienne ta belle-sœur !
Alexandra trouva l’idée amusante et pas impossible du tout. Vers vingt heures, un roulement de tambour annonça qu’il était le moment de lancer le bouquet. Toutes les jeunes femmes célibataires se réunirent, la mariée tourna le dos, et hop ! les fleurs atterrirent dans les bras de Lucy que Andrew regardait avec admiration. Après quoi, les jeunes mariés s’éclipsèrent. Les Leland gardaient les parents d’Alexandra et les amis du jeune couple pour le Réveillon et les Warren organisaient le lendemain un brunch de Noël avant que chacun ne regagne son domicile.

La plus belle suite de l’hôtel offrait une vue imprenable sur Boston et sur la neige qui tombait de plus en plus fort. Alexandra remonta la couette sur ses épaules et se serra un plus contre Myles qui jouait avec ses cheveux.
- Tu crois que ce sera une petite fille ? demanda-t-il.
- Pourquoi ?
- Je voudrais qu’elle ait tes cheveux et tes yeux.
- Et si c’était un garçon ?
- Aucune importance, s’il te ressemble, il sera magnifique.
- De toute façon, il ressemblera à toi, à moi ou à nous deux en même temps et pour nous, ce sera le plus beau bébé de la terre parce que ce sera le nôtre.
Il se retourna et se pencha sur elle pour l’embrasser pour la centième fois de la nuit et pour la centième fois, elle y répondit avec autant de passion. Le jour se levait et elle commençait à distinguer les traits de son visage et ses cheveux ébouriffés dans lesquels elle avait passé la main mainte et mainte fois. Il s’allongea sur le dos et elle caressa son torse musclé qui portaient les cicatrices indélébiles de cette année agitée, elle suivit du doigt la ligne de ses sourcils en accent circonflexe et de son nez et dessina les contours de ses lèvres dont elle ne savait toujours pas pourquoi elles avaient ce goût sucré. Il avait fermé les yeux et semblait paisible et heureux comme elle ne l’avait encore jamais vu. Elle plaqua un gros baiser sur ce petit grain de beauté, à la base de son cou, en bas à gauche, qui le chatouilla. Il referma ses bras sur elle en riant. Il se sentait comblé et heureux.

Chez les Warren, c’était l’effervescence, chacun avait un petit cadeau sous l’immense sapin. Les jeunes mariés traversèrent une marée de papiers cadeau déchirés avant de pouvoir saluer leurs et amis.
- Joyeux Noël à tous ! dirent-ils en chœur.
- Alors, mon pote, la vie est belle ? demanda Bobby.
- Magnifique, répondit Myles en cherchant sa femme des yeux.
Elle parlait avec sa mère. Dans un coin, Jack et Sue lui signèrent joyeux Noël, Tara vint l’embrasser et Lucy et Andrew qui se tenaient par la main l’invitèrent à s’approcher du buffet.
- Tu as vu, dit Elisabeth à son fils, ton frère semble bien s’entendre avec mademoiselle Dodson. Elle est charmante, un peu vive parfois, mais charmante. Et toi, comment vas-tu ?
- Comme le plus heureux des hommes, répondit-il en l’embrassant sur la joue.
Alexandra les regardait de loin et était heureuse de voir que les distances entre mère et fils se réduisaient au fil du temps. L’atmosphère était détendue. James et Philippe proposait le thé et le café, Katherine et Elisabeth faisait passer les plateaux de petits fours et les conversations allaient bon train tandis que les fils de Dem et Donna jouaient avec des cadeaux auxquels ils ne s’attendaient pas.
- Je te remercie pour les garçons, dit Donna. Ils sont fous de joie à l’idée d’aller faire du poney tous les samedis. Je te souhaite aussi beaucoup de bonheur ; Myles est souvent sur une autre planète mais il t’aime et c’est ça le plus important.
- Merci, Donna, répondit-elle en l’embrassant.
- Hé ! Je vais être jaloux ! s’exclama Dem et il ajouta à l’intention de Myles qui s’approchait :
- Et, tu n’as pas intérêt à lui faire du mal …
- … sinon j’aurai à faire à vous tous, je sais, coupa le principal intéressé, amusé. Parce que vous croyez que les Leland sont capables de faire du mal quand ils sont réellement amoureux ? Suivez mon regard.
Et tous les yeux se posèrent sur Lucy et Andrew qui avaient complètement oublié la foule autour d’eux et se murmuraient des choses à l’oreille.
- Ils ont passé la nuit ensemble, dit Dem sur le ton de confidence.
- Je ne voudrais pas vous bousculer, intervint James, mais il est temps que je vous conduise à l’aéroport. Les bagages sont dans la voiture et on n’a pas encore annulé de vols, je viens de me renseigner.
En effet, le vol « United Airlines » décolla à quinze heures comme prévu et atterrit le lendemain à Vienne, sous la neige. La ville qu’Alexandra trouvait la plus romantique au monde était à eux et le mythique hôtel « Sacher » leur ouvrait ses portes.

FIN