
UNE HISTOIRE D’AMITIE.
Chapitre I
C’était un matin comme les autres matins d’été. Le soleil pointait ses premiers rayons et la journée s’annonçait belle. Myles regarda le réveil et décida de se lever ; il aurait le temps de traîner un peu avant qu’Alexandra ne se réveille, dans une demi-heure. Un matin comme les autres? Peut-être pas. Elle avait passé la nuit chez lui et quelle nuit ! Il suffisait de regarder les draps froissés. Il sourit en y repensant, il était très satisfait de sa performance et regarda la jeune femme allongée près de lui. Le soleil dansait dans ses cheveux auburn étalés sur l’oreiller ; il avait très envie de l’embrasser mais il savait où cela les aurait mener et il préféra rester sage. Il démêla un drap, l’en recouvrit doucement, enfila son peignoir et quitta la chambre.
Dans la cuisine, une bonne odeur de café lui chatouilla agréablement les narines. Il sortit chercher son journal devant la porte et prit son petit déjeuner tranquillement. « Pour une fois que j'ai le temps ! » songea-t-il. Il regarda dehors et vit ses voisins se rendre au travail ou faire un jogging. Il alla dans la salle de bains et apprécia une douche bien chaude, puis il entreprit de se raser et de se sécher les cheveux. Au passage, il vérifia qu’il n’avait pas de poils rebelles dans les oreilles.
Alexandra ouvrit les yeux et constata qu’elle n’avait pas entendu le réveil. « Myles, tu es épuisant! » se dit-elle en se souvenant de cette nuit. Elle bondit du lit, chercha un vêtement pour cacher sa nudité mais ne trouva que la chemise de son amant roulée en boule sous le lit.
- Quel chantier ! s’exclama-t-elle pour elle-même en l’enfilant.
Elle cogna à la porte de la salle de bains où elle entendait le sèche-cheveux fonctionner à pleine puissance et la radio qui donnait le bulletin météo.
- Ouvre-moi, Myles ! cria-t-elle. Je suis en retard, vite, dépêche-toi !
Il n’entendait rien, il y avait trop de bruit ; elle continua à tambouriner à la porte.
- Myles, ouvre-moi ! S’il te plaît. Mais rien, le sèche-cheveux soufflait trop fort ; elle essaya de tourner le bouton de la porte, il avait verrouillé.- Je t’en prie, mon cœur, ouvre, je suis pressée ! insista-t-elle. La porte s’ouvrit enfin et il apparut en T-shirt et caleçon de soie rayé, les cheveux impeccablement coiffés.- Désolé, je ne t’ai pas entendu frapper ; bonjour, mon cœur, bien dormi ? dit-il en lui donnant un baiser sur le nez. Hm ! Tu as l’air de méchante humeur.- Pourquoi ne m’as-tu pas réveillée ? Tu sais très bien que j’ai rendez-vous avec Marty Pavone et je vais être en retard maintenant. Sois gentil, prépare-moi quelque chose à grignoter en route, merci. Elle s’engouffra dans la salle de bains. Quand elle sortit enroulée dans une serviette, Myles était habillé avec élégance comme à son habitude et il lui avait préparé des beignets :- Merci beaucoup, mon cœur, mais je ne veux pas de ton grignotage à toi. Laisse tomber, je me débrouillerai. Je m’habille et j’arrive. Elle revint peu après vêtue d’une robe en lin orange, très élégante qui mettait sa jolie silhouette en valeur. Myles l’aida à enfiler sa veste et ils partirent pour une longue journée de travail.
- Tu es bien taciturne, ce matin, lui fit-il remarquer une fois dans la voiture. C’est à cause de moi ?
- Oui, lui répondit-elle.
- J’ai fait quelque chose qui t’a déplu ? s’inquiéta-t-il. Je n’ai pas été à la hauteur, c’est ça ?
Elle lui lança un de ses regards qui le faisait craquer et lui caressa la joue :
- Décidément, les hommes, vous êtes tous les mêmes, vous avez toujours peur que votre virilité soit remise en cause ! Moi qui croyais avoir trouvé l’exception ! Non, mon cœur, tu as été parfait comme toujours, seulement tu ne m’as pas réveillée et tu connais les enjeux de ma journée. Je n’aurai pas beaucoup de temps pour me préparer psychologiquement. Et à propos, le jour où nous vivrons vraiment ensemble, il faudra prévoir une deuxième salle de bains.
Myles prit sa main et déposa un baiser au creux de son poignet, là où il savait qu’elle vaporisait son parfum au jasmin. - Pardonne-moi, je voulais juste te laisser dormir un peu plus longtemps. Pour la salle de bains, on y pensera le moment venu. On déjeune ensemble ?demanda-t-il.-D’accord. Si je peux choisir. - Pas de problème!
- Ce sera au sushi bar.
La circulation était fluide, la météo annonçait une journée superbe et le parking du FBI commençait à se remplir.
- Bonjour à tous, lança Myles à la cantonade. Belle journée pleine de promesses et de joies !
Lucy lui lança un regard soupçonneux :
- Alexandra, murmura-t-elle à Tara.
- Alexandra, approuva-t-elle.
Chacun se mit au travail, qui sur un dossier, qui au téléphone, qui sur son ordinateur. Jack apparut quelques minutes plus tard en compagnie d’un inconnu. L’homme était grand, brun, portait des lunettes et était vêtu de façon plutôt décontractée.
- Myles, l’interpella Jack, j’ai quelqu’un pour toi.
Il leva les yeux de son écran et son expression d’abord surprise, puis joyeuse étonna tout le monde :
- Tommy, s’écria-t-il en se précipitant vers l’homme, Tommy Stafford ! Ce n’est pas possible !
Les deux hommes se donnèrent une accolade chaleureuse qui montrait la joie qu’ils avaient à se retrouver.
- Voici Tommy Stafford, mon vieux copain de lycée.
Et il présenta à son ami ses collègues de travail. Ils partirent dans la salle de réunion.
- Myles a un copain de lycée ! Je n’en reviens pas ! s’exclama Lucy.
- Personne n’est parfait, ajouta Jack. Il ne nous en a jamais parlé, à toi Lucy ?
- Tu rêves, je n’étais pas dans ses confidences, répliqua celle-ci.
Dans la salle de réunion, les questions allaient bon train :
- Alors qu’est-ce que tu fais à Washington ? demanda Myles curieux Ca fait combien de temps qu’on ne s’est pas vu ? Cinq ans, je crois.
- C’est bien ça, cinq ans ! J’ai trouvé du travail ici et je vais y faire venir ma famille, dit Tommy.
- Tu es marié ?
- Oui, avec Lauren, une femme adorable qui vit pour l’instant à Richmond et j'ai une petite fille de trois ans, Riley. J’espère bientôt les faire venir maintenant que ça va mieux pour moi. Et toi ? Marié ?
- Pas encore; tu travailles dans quelle branche ?
- Je suis dans le bâtiment, j’ai été embauché pour un gros chantier ici même : le nouveau centre commercial nord, si tu es au courant
La porte s’ouvrit sur Lucy :
- Désolée de vous interrompre mais on a besoin de toi.
- J’arrive.
Puis s’adressant à Tommy :
- On déjeune ensemble ? Ma pause est dans environ une heure. Attends-moi dans le hall. On discutera plus longtemps.
- A tout à l’heure, alors.
Ils se séparèrent sur une poignée de main.Tommy se rendit dans le hall où il décida de rester pour attendre son vieux copain. Il s’installa dans un coin et ouvrit son journal. En première page, apparaissait un article sur le projet du nouveau centre commercial dont il allait s’occuper ; enfin un travail qui lui permettrait de vivre à nouveau en famille. Le temps passa rapidement et il vit Myles arriver à l’heure prévue accompagné d’une jeune femme. Il lui fit signe de la main.
- Ah ! Tommy, je te présente Alexandra Warren ; Alexandra, voici Tommy Stafford.
- Je suis ravie de vous connaître, dit la jeune femme en lui tendant la main.
- Moi aussi, répondit Tommy.
- Alexandra et moi sommes fiancés, précisa Myles très fier.
- Félicitations ! s’exclama Tommy. Je ne sais pas si je dois féliciter Myles ou si je dois vous plaindre.
- Ce qui signifie ? demanda Myles piqué au vif.
- Ce qui signifie que tu es un sacré veinard, mais qu’avec ton caractère, ta fiancée ne peut pas en dire autant, expliqua Tommy.
- Je crois que j’ai déjà une petite idée de ce caractère et ça me convient très bien, répliqua Alexandra.
- Merci mon cœur, toi au moins tu m’aimes pour ce que je suis, poursuivit Myles en lui plaquant un gros baiser sur la joue. Si on allait déguster quelques sushis.
- Arrosés de thé au jasmin, précisa –t-elle.
- Je dois t’avertir, dit Myles à son ami, que la femme de ma vie est un amateur éclairé de japonaiseries.
Elle le foudroya du regard et partit d’un rire cristallin en expliquant qu’il ne comprendrait jamais rien à l’Asie, même s’il parlait le chinois. Ils partirent en devisant joyeusement. Le restaurant n’était qu’à deux pâtés de maisons, la journée était magnifique et ils marchèrent avec plaisir dans les rues encombrées de passants qui savouraient le plaisir d’un beau jour inondé de soleil.
- Raconte-nous ce que tu as fait depuis cinq ans, dit Myles à son ami, tandis qu’ils dégustaient leurs sushis.
Tommy hésita un instant. Il était visiblement gêné. Il prit une profonde aspiration et commença :
- Contrairement à toi, j’ai mal tourné. J’ai été licencié de mon travail peu après t’avoir revu ; j’avais le moral plus bas que terre et une chose en entraînant une autre, je me suis mis à boire et à me droguer. Et un jour, j’ai rencontré Lauren, ça a été le déclic. Je me suis fait désintoxiquer et maintenant je suis clean. J’ai retrouvé un travail fixe et tout va bien.
- Si je comprends bien, dit Myles, tu as galéré pendant tout ce temps et tu n’es même pas venu m’en parler. Pourquoi ? Tu sais bien que je suis toujours là pour toi.
Tommy regarda Myles :
- Tu me connais, toujours cet orgueil mal placé ! Mais parle- moi plutôt de toi ou de vous deux.
- Nous deux, c’est une curieuse histoire qui serait beaucoup trop longue à raconter. Il faudra nous réserver une soirée avec ta femme et ta fille et nous pourrons rattraper le temps perdu. Qu’en penses-tu, mon cœur ?
- Ce sera avec plaisir. J’aimerais bien faire la connaissance de votre femme et de votre enfant, ajouta la jeune femme.
- Tu sais que Tommy était le capitaine de l’équipe de foot au lycée, dit Myles à Alexandra. Toutes les filles voulaient sortir avec lui.
- Myles jouait aussi au foot, mais si les filles voulaient sortir avec lui, c’était parce qu’il avait une belle voiture qui en mettait plein la vue, expliqua Tommy.
- Chacun porte sa croix, dit Alexandra avec philosophie.
- Et vous, vous deviez avoir une foule de petits amis, fit Tommy.
Alexandra se racla la gorge, elle se sentait gênée de répondre. Elle se demandait si elle allait éluder la question ou y répondre:
- Mes années de lycée et d’université ont été difficiles. On me surnommait « l’intello »car je ne quittais jamais la bibliothèque, sauf pour aller à mon cours de danse ou encore « la barrique ».
- La barrique ! s’exclama Myles. Quelle idée ! Pourquoi ?
- Eh bien ! Disons que je n’ai pas toujours été comme je suis aujourd’hui et que si un garçon me saluait, c’était uniquement parce que je pouvais l’aider à faire un devoir. Mais j’aimerais mieux ne plus en parler.
La pause déjeuner se termina sur la promesse de reprendre contact bientôt et Myles donna sa carte à Tommy.
Chapitre II
Ce soir-là, Myles était rentré chez lui de bonne heure et coupait ses roses fanées. Alexandra avait été retenue par Marty Pavone ; elle lui avait demandé de ne pas l’attendre, elle rentrerait directement chez elle. Soudain, une voiture de police s’arrêta devant la maison. Deux hommes en sortirent :
- Bonsoir, dit l’un d’eux, vous êtes Myles Leland ?
- Myles Leland III°du nom pour vous servir, ne put-il s’empêcher de préciser. J’appartiens au FBI. Que se passe-t-il ? Un de mes voisins a déposé une plainte ?
- Pas du tout. Connaissez-vous un certain Tommy Stafford ? demanda l’autre policier.
- Oui, c’est un vieil ami… que se passe-t-il ? s’inquiéta Myles.
- Nous avons trouvé votre carte de visite sur lui.
- Comment sur lui ?
- Je suis désolé, poursuivit le policier. Il s’est suicidé en se jetant par la fenêtre de son appartement.
Un voile passa devant les yeux de Myles. Il se retint au montant d’une pergola en attrapant à pleine main une branche de rosier qui la transperça de ses épines acérées. Il ne réagit même pas à la douleur. Ce fut l’un des policiers qui le dégagea.
- Il faut désinfecter ça, dit-il en examinant la main qui saignait abondamment.
- Quoi ?... Comment ?... Oh ! Oui, je vais le faire. Où est Tommy ? Est-ce que je peux le voir ?
- Oui, bien sûr, on aimerait aussi vous poser quelques questions. Pourriez-vous venir reconnaître le corps à l’institut médico-légal. ?
Myles nettoya rapidement sa plaie et mit un pansement. Après avoir fermé la porte, il suivit les officiers de police. Dans sa tête, tout était confus, il venait de retrouver son meilleur ami et l’avait perdu aussitôt. Il tenta de joindre Alexandra mais elle était sur messagerie, elle devait être encore au travail ; il lui demanda de le rappeler dès qu’elle le pourrait.
Le trajet jusqu’à l’institut lui sembla interminable. Les policiers lui posèrent quelques questions et lui apprirent que Tommy avait laissé une lettre d’adieu dans laquelle il expliquait à sa femme les raisons de son suicide : la vie était trop difficile et lui devenait insupportable. Il sentait l’alcool à plein nez et avait sniffé de la cocaïne.
- Je n’y crois pas un instant, s’écria Myles. Nous avons déjeuné ensemble et il m’a annoncé qu’il avait retrouvé du travail et qu’il comptait faire venir sa femme et sa fille à Washington. Il avait arrêté la drogue. Il était clean, maintenant !
La traversée des longs couloirs blancs de la morgue fut un supplice. Il se trouva enfin dans la pièce où on allait lui montrer le corps. Des cadavres, il en avait vu plus qu’il n’aurait souhaité et, là, ce soir, il devrait reconnaître celui de son meilleur ami. Quelqu’un approcha un chariot et découvrit la forme allongée là : c’était bien Tommy !
L’agent du FBI confirma ses craintes et dit qu’il irait lui-même annoncer la triste nouvelle à son épouse.
- Ca va aller ? demanda le légiste.
Myles acquiesça et se fit reconduire par les deux policiers. En chemin, il essaya de joindre encore une fois Alexandra, en vain. Arrivé chez lui, il se changea et se mit en route pour Richmond. Il espérait que la circulation serait fluide pour arriver avant la nuit. Il lui fallait presque deux heures pour couvrir tout le trajet ; il programma son GPS et se mit en route.
La route lui parut interminable, la circulation était dense à cette heure de la journée. Sa tête bourdonnait, il ne comprenait pas ce qui avait pu se passer entre le moment où Tommy l’avait quitté et le moment où il s’était soi-disant jeté par la fenêtre. Il semblait si heureux de recommencer à zéro, de faire venir sa femme et sa petite fille et de mener une vraie vie de famille. Comment allait-il annoncer la nouvelle à cette pauvre femme qu’il ne connaissait même pas ? Il n’avait jamais aimé se livrer à ce genre d’exercice et à chaque fois qu’il devait le faire, il cherchait un nouveau moyen pour dire les choses mais aucun ne lui convenait.
La nuit commençait à tomber quand il arriva devant la maison des Stafford. Une jolie petite fille brune était assise sur les marches. Myles s’approcha et s’assit à côté d’elle :
- Bonjour, je suppose que tu es Riley, dit-il aussi doucement qu’il le put.
- Oui, et toi ? demanda la fillette.
Une jeune femme sortit à cet instant de la maison :
- Rentre, Riley et vous, monsieur, laissez nous tranquille, sinon j’appelle la police.
Myles se releva et se présenta :
- Je m’appelle Myles Leland, je suis un ami de Tommy.
- Myles Leland… , mais oui, vous êtes le copain de lycée de Tommy ! Entrez donc ! Je suis ravie de vous connaître, mais vous savez, Tommy n’est pas là, il est à Washington pour du travail. Qu’est-ce qui vous amène ? Je lui dirai que vous êtes passé quand il rentrera.
Myles regarda autour de lui la modeste maison qui abritait la famille de son ami :
- Je sais, nous avons déjeuné ensemble. On peut s’asseoir ? demanda-t-il.
Lauren lui désigna une chaise et s’assit de l’autre côté de la table, sa fille sur les genoux. Elle était intriguée par l’attitude de son visiteur :
- Que se passe-t-il ? Il est arrivé quelque chose à Tommy ?
- Je suis désolé,… la police l’a trouvé … au pied de son immeuble,… il se serait jeté par la fenêtre.
Il avait des difficultés à maîtriser son émotion et retenait ses larmes. Lauren le regarda incrédule et s’effondra sur la table. Myles se précipita vers elle, s’agenouilla et la prit dans ses bras. La fillette s’accrocha à son cou, elle ne comprenait pas pourquoi tout le monde était soudain si triste.
Myles rentra chez lui aux premières lueurs de l’aube; Alexandra l’avait appelé mais il avait laissé son téléphone dans sa voiture. Il était trop tard maintenant pour qu’il lui raconte ce qu'il était arrivé à Tommy. Il était épuisé mais ne put dormir ; il se prépara une grande quantité de café et prit une douche. Il décida de se rendre au FBI sans attendre et de commencer son enquête. Il voulait savoir, il avait promis à Lauren et à Riley qu’il ferait son possible pour éclaircir ce mystère. Non, ce n’était pas un suicide, il en était certain, ça ne pouvait pas être un suicide.
Il s’assit à son bureau, alluma son ordinateur plus par réflexe que par nécessité et appela le commissariat qui avait en charge l’affaire. L’officier responsable de l’enquête venait juste d’arriver et ils parlèrent un long moment. Il apprit que, d’après le rapport du médecin légiste, Tommy s’était défénestré sous l’emprise de la drogue et de l’alcool, ce qui ne faisait que confirmer ce que lui avaient dit les deux policiers qui l'avaient prévenu du drame, la veille.
- Il m’avait assuré quelques heures auparavant qu’il avait arrêté, dit Myles incrédule. Je crois ce qu’il m’a dit, il n’avait aucune raison de me mentir. Pouvez- vous me faire parvenir les conclusions préliminaires de l’enquête ? Merci.
Il raccrocha son téléphone et sur l’écran de son ordinateur s’affichait déjà le rapport. qu’il imprima aussitôt.
Des pas et des bavardages joyeux se firent entendre dans le couloir et peu après apparurent ses collègues, tous ensemble.
- Wahoo ! s’exclama Lucy en voyant le visage défait de Myles, la nuit a été difficile, on dirait.
- Alexandra, affirma Bobby.
- Alexandra, acquiesça Tara.
Mais Myles, contrairement à son habitude ne réagit pas. Jack comprit qu’il se passait quelque chose de grave.
- Myles, dit-il gentiment, qu’est-ce qu’il y a ?
Il leva ses yeux rougis vers Jack et murmura :
- Tommy Stafford est mort hier soir.
Un souffle glacial s’abattit sur le bureau. Lucy se mordit la lèvre de rage :
- Je te demande pardon, Myles, je suis vraiment la reine des gaffeuses, je suis désolée.
- Ca va, c’est bon, tu ne pouvais pas savoir. Tenez, dit-il en leur tendant des feuillets, voilà ce que m’a fait parvenir la police.
Ils prirent connaissance du dossier. Sur les lieux du crime, aucune empreinte sauf celles de Tommy lui-même et de la femme de ménage.
- Je vais prendre sur mes vacances pour mener une enquête plus approfondie, annonça Myles.
- Attends, dit Dem, on peut peut-être la reprendre à notre compte, ne serait-ce qu’à cause de la drogue. On va demander à Alexandra ce qu’elle en pense. Elle est dans son bureau, je suppose…. Hé, Myles, je te parle !
- Comment ?... Alexandra ?...Je n’en sais rien, je ne l’ai pas vue depuis hier midi.
Il décrocha son téléphone et obtint Betty, sa secrétaire qui lui confirma qu’elle était bien arrivée :
- Je vais y aller et lui exposer la situation, elle ne sait pas encore pour Tommy. Elle travaillait avec Pavone et j’ai fait l’aller et retour dans la nuit entre Washington et Richmond où habitent les Stafford.
Il se rendit chez Alexandra qui l’accueillit avec un sentiment de déjà vu. Elle referma le classeur dans lequel elle venait de ranger un dossier et le sourire qui se dessinait sur ses lèvres disparut aussitôt qu elle vit la tête de Myles.
- Mon Dieu, murmura-t-elle, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Ne me dis pas que tu t’es encore fait tirer dessus !
- Pire que ça, dit-il d'une voix blanche. Tommy est mort !
-Oh ! non, mon cœur ! Ce n’est pas possible !
Elle lui prit les mains et les serra très fort. Elle ne connaissait pas bien son meilleur ami mais elle respectait les sentiments qu’il lui portait. Elle l’attira contre elle et il se laissa aller à sa douleur. Il n’était pas dans l’éducation d’un Leland de laisser libre cours à ses émotions mais il savait qu’Alexandra ne lui en tiendrait pas rigueur et qu’il pouvait compter sur son soutien indéfectible.
- Tu aurais dû me rappeler, même tard, lui dit-elle. Comme tu as dû souffrir toute la nuit à ressasser ces évènements tout seul!
Elle caressait ses cheveux comme elle aurait fait avec un enfant qui a du chagrin. Savait-il seulement ce qu’était qu’être consolé? Elle avait souvent eu des doutes. Elle ne connaissait pas encore les parents de Myles, mais elle avait appris par sa mère qu’Elisabeth Leland était froide et distante et Philip semblait du même acabit. Elle les avait déjà catalogués de psychorigides. Alors après, pourquoi s’étonner que leur fils soit ainsi ? Il assumait toujours toutes les situations même les plus délicates ; la seule fois où il avait craqué, il avait trouvé une aide auprès de Sue qui lui avait conseillé de « s’ouvrir » et il s’était retrouvé au septième étage, au service juridique, à lui dire qu’il l’aimait.
Elle sentait qu’il se calmait peu à peu. Elle le fit asseoir, lui donna un verre d’eau et lui tendit une boîte de mouchoirs. Il reprenait pied, petit à petit.
- Je suis désolé, mon cœur, je n’aurai pas dû t’imposer ça, s’excusa-t-il.
Elle remonta une mèche de cheveux qui lui retombait sur les yeux :
- Je suis aussi là pour ça, le rassura-t-elle.
- Merci.
Il vida son verre et lui expliqua l’idée de Dem. Alexandra abonda dans son sens mais suggéra la plus grande prudence.
- En ce qui te concerne, il y a conflit d’intérêt, tu de…..
- Non, j’ai promis à Lauren de l’aider et je le ferai.
- J’étais sûre de ta réponse, dit Alexandra en souriant, je commence à bien te connaître. Je n’en attendais pas moins de toi, mais je t’en prie, pas d’imprudence. Promets-le moi.
- C’est promis, fit-il en la serrant dans ses bras. Je t’aime !
- Je t’aime aussi.
Quand il ouvrit la porte, il se sentait déjà mieux et prêt à mener son enquête à bien. Il refit le trajet en sens inverse et lorsqu’il entra dans le bureau, il marchait d’un pas résolu, la tête haute. Ses amis constatèrent le changement, cependant, personne ne fit de remarque.
Chapitre III
- La balle est dans notre camp, annonça Myles. Ce que nous savons est dans ce dossier, c’est-à-dire pas grand-chose.
- Je propose qu’on fasse une enquête de voisinage, poursuivit Jack. Même si la police a déjà interrogé les autres locataires, il faut recommencer. On va parler à nouveau au gardien de l’immeuble. Bobby, Tara et Dem, vous vous en chargez.
- Moi, je vais aller faire un tour au syndicat du bâtiment, ajouta Myles, on ne sait jamais, je peux peut-être rencontrer ses collègues.
- Lucy, tu fouilles dans le passé de Tommy à la recherche de la moindre contravention, et Jack continua en signant, Sue et moi allons à la morgue bavarder avec le médecin légiste. Allez, au travail, merci.
L’immeuble du syndicat du bâtiment était un imposant édifice moderne en verre et acier qui reflétait la toute puissance de l’organisation. Le leader en était Gus Iverson. Il avait la main mise sur tous les chantiers du district et sur les embauches. C’était le grand manitou qui avait un pouvoir immense. Myles traversa le grand hall et se rendit dans une salle attenante où des ouvriers étaient rassemblés devant un grand tableau électronique qui affichait leur affectation de la semaine. Certains affichaient une mine réjouie parce qu’ils avaient du travail, d’autres lançaient des jurons et invectivaient le petit homme derrière le guichet qui tapotait sur un ordinateur.
- Vous connaissez Tommy Stafford ? demanda-t-il sans se présenter..
- Jamais entendu parler, répondit le bonhomme.
- En cherchant bien, poursuivit Myles en exhibant un billet de vingt dollars, la machine pourrait peut-être me renseigner. Vous savez, vous tournez le dos et j’en profite pour regarder.
Le vieillard s’empara discrètement de l’argent, appuya sur quelques touches et positionna son écran pour que Myles puisse le voir, puis il fit mine de ramasser un objet par terre. Quand il se releva, l’agent du FBI avait eu le temps de noter le dernier travail de Tommy : le chantier du grand hôpital.
Tara et Bobby venaient de pénétrer dans l’immeuble où s’était déroulé le drame. Les lieux étaient tristes et malodorants mais c’était sans doute tout ce que Tommy pouvait se payer pour l’instant.
- J’espère qu’il n’avait pas l’intention de faire vivre sa famille dans un tel taudis ! s’exclama Tara dégoûtée.
Le gardien donnait nonchalamment un coup de balai symbolique au pied de l’escalier.
- FBI ! annonça Bobby en présentant son badge. On aurait quelques questions à vous poser au sujet de la mort de Tommy Stafford.
- J’ai déjà tout dit à la police, grogna l’homme. Je ne vois pas ce que les fédéraux viennent faire là-dedans. Il s’est jeté par la fenêtre, un point c’est tout.
- Comment le savez-vous ?
- Je l’ai vu tomber, affirma l’homme.
Bobby et Tara se regardèrent :
- Et où étiez- vous quand il est tombé ? demanda Bobby.
- Sur le pas de la porte, je l’ai vu tomber, répéta-t-il.
- Donc, il était remonté dans son appartement avant, ça semble logique. A quelle heure l’avez- vous vu monter ? demanda Tara.
- J’ai dit aux flics un peu avant quinze heures, je le sais parce que c’était l’heure de mon feuilleton.
- Et vous n’avez vu monter personne d’autre après lui ? Une personne inconnue? ajouta Bobby.
- Non, personne, affirma l’homme nerveux, personne, je le jure !
- Merci, vous nous avez beaucoup aidés, conclut Bobby.
Ils sortirent tous les deux et prirent une grande bouffée d’air frais.
- Il ment, c’est évident, constata Tara, tu as vu comme il était nerveux ?
-. Ah ! Voilà Dem, alors ?
- Rien de rien, personne n’a vu ou entendu quoi que ce soit. La majorité des gens était sortie, rapporta Dem, déçu. Ca ne va pas beaucoup aider Myles. Et vous ?
- Rien non plus, mais le gardien a eu une attitude bizarre. On va le surveiller.
Jack et Sue étaient déjà revenus quand les autres arrivèrent.
- Alors, demanda Myles, quoi de neuf ?
Jack se racla la gorge, c’était mauvais signe, cela signifiait qu’il avait une mauvaise nouvelle à faire passer. Il prit enfin la parole :
- Voilà le rapport du médecin légiste. Tommy avait le nez bourré de cocaïne et son foie était ravagé par l’abus d’alcool. Il ne lui restait que quelques mois à vivre. Tout laisse à penser au suicide.
Myles se redressa d’un bond, furieux :
- Il ne s’est pas suicidé ! Mettez-vous ça dans la tête ! Il m’a dit qu’il ne se droguait plus et à table, il n’a bu que du thé. Et on ne vient pas voir ses amis pour se suicider quelques heures après ! Non, ce n’est pas un suicide !
En temps normal, Lucy aurait trouvé quelque chose à dire mais ce fut le silence. Sue le rompit :
- Je suis désolée, Myles, lui dit-elle, mais il était au bout du rouleau ; il était très malade, il voulait sans doute te dire adieu !
- Il ne s’est pas suicidé, s’entêta Myles. Il avait une assurance vie et en cas de suicide, l’assurance ne paie pas. Il n’aurait sûrement pas laissé sa femme et sa fille sans le sou !
Il était écarlate quand il eut fini de parler. Lucy fouilla dans ses documents et en tira une feuille.
- Il a raison, dit-elle, il a contracté une police d’assurance au bénéfice de sa femme ; en cas de suicide…
- … l’assurance ne paie pas, continua Dem. Ca commence à sentir mauvais. Si Tommy était le gars que tu nous décris, alors il s’est passé quelque chose et il faut découvrir quoi.
- Je vais aller dans un bar que fréquente habituellement les ouvriers du bâtiment et je vais montrer sa photo, j’en apprendrai peut-être davantage, dit Myles.
- D’accord, mais tu gardes le contact, ordonna Jack. Pas de risques inutiles mais je suppose que ton ange gardien du septième t’a déjà averti.
Il lança un coup d’œil complice à son ami qui esquissa un timide sourire et partit.
Myles était passé chez lui pour troquer son costume trois pièces sur mesure contre un blouson et un jean. Il se gara devant le bar et entra. Il montra la photo de Tommy à plusieurs personnes qui regardaient avec délectation des danseuses à demi dévêtues. Personne ne le connaissait. Il arriva enfin à une table où trois hommes buvaient du whisky.
- Connaissez-vous cet homme ? demanda-t-il en essayant de prendre un accent du peuple.
- Montrez, dit le plus âgé en prenant le portrait de Tommy. Et vous les gars, vous le connaissez ?
Les deux autres hochèrent la tête négativement.
- Désolé, dit l’homme en lui rendant la photo.
- Merci quand même, fit Myles en tournant les talons.
L’homme fit signe à l’un de ses compagnons qui suivit l’agent du FBI dehors.
- Eh ! Monsieur ! l’interpella-t-il quand ils furent dehors, venez par ici. Je crois bien que je le connais votre gars.
- Comment ? demanda Myles, heureux de trouver enfin une réponse positive.
Il n’eut pas le loisir d’en dire davantage, l’autre lui balança un magistral coup de poing dans l’estomac qui lui coupa le souffle ; il se plia en deux et son adversaire, sans lui laisser le temps de réagir l’envoya contre le mur au fond de la ruelle. L’arrivée du cuisinier qui venait vider ses poubelles mit fin à la bagarre très inégale. L’homme s’enfuit à toutes jambes et le cuisinier aida Myles à se remettre debout en grimaçant. Il appela Jack qui arriva presque aussitôt.
- Dans quel état tu t’es mis ! s’exclama Jack en le voyant. Je t’emmène à l’hôpital.
- Non, ça va, l’infirmerie fera l’affaire, assura Myles.
- Comme tu voudras. Comment ça s’est passé, raconte !
Myles lui raconta sa mésaventure :
- Ce type avait des mains comme des battoirs, il aurait pu assommer un bœuf sans difficultés, assura –t-il.
Et il lui raconta sa quête infructueuse sur le chemin du FBI. Jack le conduisit de force à l’infirmerie où Arlen se fit un malin plaisir à le palper sans douceur, sous toutes les coutures, pour soi-disant vérifier s’il n’y avait rien de cassé. Elle finit par lui poser un strip au-dessus de l’œil gauche et le fit sortir en lui donnant une tape sur les fesses. Il la détestait de plus en plus.
Alexandra avertit par Jack l’attendait avec les autres. Elle fut tout de suite rassurée lorsqu’elle l’entendit fulminer contre l’infirmière.
- Cette Arlen, je l’aurai un jour, grognait-il.
- Bien, je vois que tu n’es pas mort, ironisa la jeune femme, alors je remonte travailler. Si par hasard tu as besoin de compagnie ce soir, je suis à la danse.
Il la regarda partir, éberlué :
- On risque sa vie et c’est tout ce qu’on vous dit ! s’exclama-t-il.
Lucy et Sue se regardaient en riant sous cape. Elles étaient soulagées, il allait bien.
- Tara, tu vois avec Myles pour établir un portrait robot, il faut qu’on mette la main sur ce type ; on verra auprès de nos indics, dit Jack.
Tara se mit aussitôt au travail et en quelques minutes, ils firent un portrait assez ressemblant.
- Je suis sûr que ce type rôde encore dans ce bar à l’heure qu’il est, dit Myles.
- Tu ne vas pas y retourner, j’espère, s’insurgea Dem.
- Pas seul, en tout cas, dit une voix à l’autre bout de la salle.
Ils se retournèrent, Alexandra était là, son sac de sport à la main.
- Elle a raison. Voilà ce que nous allons faire, dit Jack.
Myles pénétra une nouvelle fois dans ce triste bar et, comme il l’avait deviné, l’homme aux mains d’acier était toujours là, à reluquer les danseuses ; il s’avança vers lui et dit :
- Salut, je peux vous parler dehors ? Suivez-moi.
L’autre, qui ne semblait pas plus surpris que ça, n’hésita pas un instant et le suivit à l’extérieur, dans la ruelle Myles le conduisit exactement à l’endroit où il l’avait agressé quelques heurs auparavant. A ce moment, Bobby, Dem et Jack intervinrent et lui passèrent les menottes. L’homme avait un air stupide qui les aurait fait rire en temps normal, mais l’heure n’était pas à la plaisanterie. Il fallait l’interroger le plus vite possible et lui faire cracher le morceau afin de faire avancer l’enquête.
Chapitre IV
Myles se tenait derrière la glace sans tain et suivait attentivement l’interrogatoire. L’homme se nommait Sean Flanagan et travaillait pour Gus Iverson, le patron du syndicat du bâtiment en tant que chauffeur et homme de main à l’occasion. Lucy avait fait des recherches et découvert qu’il était un ancien boxeur et qu’il avait été condamné plusieurs fois pour coups et blessures.
- C’est parfait tout ça, dit Jack. En tant qu’ancien boxeur, vos mains vous servent d’arme. On va vous condamner pour agression à main armée sur un membre du FBI.
- Quel membre du FBI ?demanda Flanagan.
- Celui que vous avez agressé tout à l’heure dans la ruelle derrière le bar. Pourquoi ? demanda Dem
- Je savais pas que c’était un fédéral. C’est Pete Grisham qui m’a dit que c’était un encaisseur et m’a demandé de le virer.
- Et qui est ce Pete Grisham ? s’enquit Jack.
- C’est un permanent du syndicat, le bras droit de monsieur Iverson.
Jack et Dem sortirent laissant l’homme seul dans la salle d’interrogatoire et allèrent rejoindre Bobby et Myles.
- Il faut aller chercher ce Grisham, dit Jack. Amenez-le ici sous un prétexte quelconque.
Le mobile de la mort de Tommy n’était toujours pas établi, les preuves matérielles n’étaient pas suffisantes mais les choses commençaient à se décanter. Le syndicat du bâtiment y était pour quelque chose.
Grisham prit la place de Flanagan dans la salle et derrière la vitre, un homme l’observait attentivement. C’était l’agent d’entretien de l’immeuble de Tommy.
- J’en suis sûr, je l’ai vu monter dans l’ascenseur à l’heure où vous dites ; il était accompagné d’un autre homme plus âgé, de taille moyenne et qui portait des lunettes.
Myles lui aurait sauté au cou, enfin un témoignage ! Il remercia l’homme et le raccompagna à l’ascenseur. Toute l’équipe se réunit pour faire le point.
- Demain, j’irai au siège du syndicat, annonça Myles, on va bien finir par avancer.
- Pourquoi pas, dit Dem, mais pas tout seul.
- Bon, il se fait tard, la journée a été longue, je propose qu’on reprenne demain matin à la première heure, conclut Jack.
- Qu’est ce que tu fais ce soir, Myles ? demanda Sue.
- Je vais essayer de dormir, je n’en peux plus. Je vais passer prendre Alexandra et nous rentrerons comme un vieux couple.
- Quel programme ! s’exclama Lucy.
Et ce fut le premier éclat de rire de la journée.
Alexandra rejoignit Myles au parking devant le cours de danse. Il avait les traits tirés et un petit hématome au niveau du sourcil. Il lui baisa le bout des doigts et fit démarrer la voiture.
- Je te suggère d’aller chez moi parce que ton réfrigérateur est vide et que je meure de faim. Comment te sens-tu ?
- Vidé, mais à part ça, ça va, répondit-il en étouffant un bâillement. Je crois que je serai capable de dormir vingt-quatre heures d’affilées. Mais il faut que j’avance ; ça m’agace, cette enquête qui piétine !
Elle posa la main sur son bras pour lui montrer qu’elle le soutenait.
- Demain sera un autre jour ; repose-toi d’abord, après, tu auras les idées plus claires. Je vais nous préparer un dîner léger et tu iras dormir. Moi, j’ai encore un dossier à boucler.
- Comme tu veux ; de toute façon, je ne serai pas de bonne compagnie, ce soir. D’ailleurs, tu vois, je ne t’ai même pas demandé comment ça c’était passé avec Marty Pavone.
- Nous avons trouvé un compromis intéressant ; l’affaire ne devrait pas tarder à passer en jugement.
- Le compromis, c’est sur tes bases ou sur les siennes ?
- Devine ?
- Tu es la meilleure, mon cœur, je n’en ai pas douté un instant ; je n’aimerais pas me retrouver au tribunal en face de toi ! Mais dis-moi, la « barrique », c’était pourquoi ?
Son regard chavira et des larmes perlèrent à ses paupières :
- Tu veux vraiment que je te raconte ?
- Oui, sauf si c’est trop pénible pour toi.
- Au lycée, commença-t-elle, j’étais obèse, une véritable obèse. Alors, avec ma taille, tu imagines le poids et la masse que je représentais. Je me noyais dans les études et ma seule passion était la danse. Je ne manquais aucun cours et au spectacle de fin d’année, on me reléguait au fond de la scène, là où l’éclairage était le moins bon. J’étais victime de tous les sarcasmes possibles et imaginables.
- J’ai du mal à t’imaginer obèse.
- Je te montrerai des photos. Quand j’ai su que j’étais admise à Harvard, j’ai décidé de me prendre en main. Je suis allée consulter un spécialiste. Avec son aide, j’ai perdu plus de la moitié de mon poids sur plusieurs années ; à l’université, c’était pareil, on se moquait encore de moi, les deux premières années. Puis j’ai pris figure humaine et la tendance s’est inversée. Je ne suis pas tombée dans le piège. Mais pour me venger de tout le monde, le soir de la remise des diplômes, j’ai plongé dans la piscine du campus.
- Et pourquoi pour te venger ?
- Je voulais leur montrer ce qu’avait vécu le major de leur promo
- Je ne comprends pas, quelqu’un qui plonge dans la piscine du campus le soir de la remise des diplômes, ça a dû se faire, je suppose ?
- Oui, tu as raison, il y a eu des précédents, sauf que moi, je n’avais pas de … maillot de bain sur moi…..
- Tu veux dire que tu étais … nue ?
- Comme un ver.
- J’aurais bien aimé voir ça !
- Myles !
- Je n’en reviens pas, tu as osé faire ça !
- Oui et je peux t’assurer que je n’attends qu’une occasion pour me venger de mes camarades de lycée maintenant. Et je crois bien qu’ils ont prévu une réunion d’anciens élèves, c’est ce que ma mère m’a dit et mon école de danse va assurer une partie du spectacle. Je m’en réjouis d’avance.
- Tu es bien amère, ce soir !
Il était tard, la circulation fluide et ils mirent moins de temps que d’habitude pour arriver à destination. Ils saluèrent Stanton qui leur ouvrit l’ascenseur et ils montèrent. Myles dormait littéralement debout. Elle le poussa dehors gentiment :
- Tu devrais aller te mettre à l’aise pendant que je prépare le dîner.
Il marcha comme un automate jusqu’à la chambre et elle alla s’affairer à la cuisine. Au bout d’un moment, comme elle ne le voyait pas réapparaître, elle partit à sa recherche et le découvrit endormi tout habillé en travers du lit. Elle sourit en le voyant ainsi. Elle dénoua sa cravate, déboutonna son col et ôta ses chaussures. Il ne bougea pas. Elle le recouvrit d’une couverture légère. Le baiser qu’elle lui donna ne provoqua aucune réaction de sa part, il dormait profondément. Elle alla sur la terrasse déguster sa salade toute seule.
Quand elle le rejoignit un peu plus tard, il n’avait pas bougé d’un pouce. Elle caressa son visage et ses cheveux, l’embrassa sur le front et s’allongea à côté de lui. Elle lut encore un dossier avant d’éteindre la lampe. Il était très tard, elle aussi était fatiguée. « Demain serait un autre jour » lui avait-elle dit.
Le lendemain matin, Myles se rendit au siège du syndicat accompagné de Bobby et Dem. De nombreux ouvriers étaient là qui attendaient qu’on leur attribue un travail. Il traversa la foule et grimpa sur une chaise d’où il parla.
- Je suis Myles Leland et j’appartiens au FBI. J’enquête sur la mort de Tommy Stafford. Si quelqu’un parmi vous sait quelque chose, il doit parler.
Il n’utilisa pas son vocabulaire pompeux qu’il savait si bien manipuler mais des mots simples, clairs pour tous. Les ouvriers l’écoutaient attentivement.
Soudain, la porte de la salle s’ouvrit sur un homme d’un certain âge, élégamment vêtu et les ouvriers commencèrent à se disperser. Ils avaient visiblement peur de lui.
- Ils n’ont rien à vous dire, sortez d’ici ! cria-t-il.
Les agents n’insistèrent pas et sortirent.
- Qui est ce type ? demanda Bobby à un ouvrier.
- C’est monsieur Iverson, le patron, répondit quelqu’un.
De retour au bureau, ils lancèrent des recherches sur cet Iverson. Le téléphone du bureau de Myles sonna.
- Leland, se présenta-t-il. Oui … faites-le monter, merci. Je crois que nous avons du nouveau, dit-il à ses collègues.
Un ouvrier qui avait entendu la harangue de Myles entra dans le bureau.
- Bonjour, je m’appelle Franck Dawson. Tommy était un type bien, c’était mon ami.
Myles le conduisit à la salle de réunion et l’homme commença à raconter son histoire :
- Tommy avait découvert au cours de son travail sur le chantier de l’hôpital que Iverson prélevait pour son propre compte d’importantes quantités de matériaux et qu’il compensait le manque en le remplaçant par des produits de mauvaise qualité. Il avait menacé de tout révéler à la police ou peut-être bien au FBI et l’autre jour, à la réception du matériel, il a eu une altercation avec Iverson et il est mort le lendemain. C’est tout ce que je sais.
- Merci, dit Dem, vous nous avez beaucoup aidés. Nous allons inviter Iverson à venir nous rejoindre en tant que témoin et nous verrons.
La porte s’ouvrit sur Lucy qui tendit un paquet à Myles :
- Ce sont les effets personnels de Tommy, dit-elle. J’ai signé pour toi.
- Merci, je vais les rapporter à sa femme.
Et il reprit la route de Richmond. Lauren le reçut dans sa petite maison, seule. Riley était chez une voisine.
- Ce sont les objets que la police a trouvés sur Tommy, expliqua-t-il.
Lentement, elle ouvrit la boîte ; elle découvrit son alliance, une photo de Riley et elle, son portefeuille, de la menue monnaie, un stylo et des lunettes. Lauren observa les lunettes ;
- Ce ne sont pas celles de Tommy, constata-t-elle. Il doit y avoir une erreur, ce ne sont pas des verres de myope. La police a dû se tromper et me donner des lunettes qui appartiennent à quelqu’un d’autre.
- Vous êtes sûre ? s’étonna Myles.
- Absolument, de plus il portait de petites lunettes, celles-là sont énormes.
Myles appela le policier chargé de l’enquête qui lui confirma que les lunettes avaient bien été découvertes dans la main de Tommy.
- Je vais éclaircir ce mystère, assura-t-il.
Et il se remit en route pour Washington. Aussitôt arrivé, il exposa le problème à ses amis.
- Nous allons nous renseigner auprès du fabricant de la monture pour commencer, dit Dem. Lucy, tu veux t’en charger.
La réponse ne se fit pas attendre.
- Le fabricant livre à douze opticiens en ville ; seulement … seulement le modèle dont je leur ai donné la référence n’est fourni qu’à trois revendeurs qui font dans les produits de luxe : Chase Optic, Clearsight et Paris. Voici les adresses !
- Bon travail, Lucy ! la félicita Jack. Myles et Sue, vous allez vérifier dans ces trois magasins ; nous, nous allons interroger Iverson. Bobby, Dem vous allez lui lancer une invitation pour commencer, on verra après.
Chez Paris, on avait bien fabriqué des lunettes de ce genre mais pour myope ; chez Clearsight, c’étaient des verres progressifs et d’autres dont la dioptrie était différente. Il ne restait plus que Chase Optic. Le directeur les reconnut aussitôt :
- Ce sont celles que nous avons fabriquées pour Monsieur Iverson, il y a un mois. Je m’en souviens bien parce que nous avons eu des difficultés à les lui ajuster, il est revenu plusieurs fois en nous menaçant de nous retirer sa clientèle. Il est astigmate.
- Bingo ! s’écria Myles en sortant du magasin. Cette fois, nous le tenons !
Sue était heureuse de le voir à nouveau lui-même. Quand ils arrivèrent au bureau, Iverson était dans la salle d’interrogatoire ; ils appelèrent Dem et Jack et la machine se mit en route.
- Où étiez-vous lundi dernier en fin d’après-midi, vers dix-sept heures, monsieur Iverson ? demanda Jack.
- Je jouais au poker avec des amis, répondit –il. Ils peuvent en témoigner.
- Je n’en doute pas, poursuivit Dem. Vous allez nous donner leurs noms et nous vérifierons.
Il lui tendit un bloc sur lequel il écrivit quatre noms.
- Merci.
Il mit le bloc sur la table et fit mine de lire :
- Je ne comprends pas ce vous avez écrit ici, fit Jack en plissant les yeux.
Iverson plissa les yeux à son tour :
- Je suis désolé, je n’ai pas mes lunettes, s’excusa-t-il.
- Celles-là vont peut-être vous aider à lire, déclara Dem en exhibant la paire de lunettes trouvée dans la main de Tommy, même si elles sont cassées ; vous savez, elles ont fait une chute de quinze étages mais elles sont toujours en meilleur état que celui qui vous les arrachés.
Iverson était très mal à l’aise, la sueur perlait à son front ; soudain, la porte s’ouvrit sur Bobby qui accompagnait Grisham :
- Oh ! Pardon ! s’exclama-t-il.
Grisham aperçut son patron et entra dans une rage folle :
- C’est lui qui m’a dit de droguer Tommy et de le faire boire. Et c’est lui qui l’a poussé par la fenêtre !!!
Bobby eut toutes les peines du monde à le calmer. S’il ne l’avait pas retenu, il aurait pulvérisé son patron, il le fusillait du regard. Iverson était liquéfié, il balbutia quelques mots mais comprit qu’il ne servirait à rien de se défendre, c’en était fait de lui et de ses magouilles ; il devait payer l’addition et elle était salée. :
- Je veux voir mon avocat, murmura-t-il.
Myles était derrière la vitre et n’avait pas perdu une miette de la scène. Il se sentit soudain plus léger ; il avait réussi, avec l’aide de toute l’équipe. Il avait tenu sa promesse ; pour une fois son obstination l’avait servi. Une jeune femme et sa petite fille pourront marcher la tête haute dans la rue ; leur époux et père était quelqu’un de bien. Il n’en avait jamais douté. Il prit son téléphone et appela Lauren pour lui annoncer la nouvelle. Désormais, elle serait à l’abri du besoin, l’assurance allait payer son dû.
Dans le bureau, c’était la joie. Ils étaient tous contents que l’affaire se termine bien.
- C’était une idée de génie de faire semblant de te tromper de porte, dit Tara à l’adresse de Bobby.
- Pas mal, n’est-ce pas ? Tu aurais dû voir la tête d’Iverson ! renchérit-il en lui tapant la main.
- Quel salaud, ce type, dit Dem, avec ce qu’on a découvert, il va falloir que des experts passent pour vérifier toutes les constructions de sa boîte. Il y aura sûrement des problèmes. J’ai appris, il y a un instant qu’on avait déjà constaté des fissures sur un des murs du bâtiment.
- On ne sait pas ce qui sera encore découvert, poursuivit Jack. Il les autres constructions et il y a aussi son agression contre Myles.
- Ca va faire un sacrée addition, dit Sue. Il va aller en prison pour un bon bout de temps…
- … et je ne lui porterai sûrement pas d’oranges, coupa une voix connue.
Myles entra accompagné d’Alexandra. Il l’avait trouvée dans le couloir en conversation animée avec Randy qui lui voulait connaître les raisons pour lesquelles elle avait dû changer trois fois dans le mois l’ampoule de sa lampe de bureau. Elle lui avait déclaré qu’il n’avait qu'à fournir du matériel de qualité et qu’il n’y aurait plus problèmes.
Il fit quelques pas et prit la parole :
- Merci à tous, dit-il, je suis très touché de l’aide que vous m’avez apportée...
- Ce n’est pas toi qu’on a aidé, coupa Bobby, c’est une femme et une gamine qui allaient se retrouver dans le pétrin.
Myles était trop heureux du dénouement pour se rebiffer :
- Alors, merci pour Lauren et pour Riley, conclut-il
- Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Bobby.
- Un karaoké, ça vous dit avant le week-end ? proposa Tara.
Un oui unanime se fit entendre et tout le monde fila en direction des ascenseurs.
Chapitre V
La semaine avait été difficile et ils se séparèrent peu avant minuit. Tara et Bobby partirent ensemble, Sue et Lévi avec Jack et Dem raccompagna Lucy. Myles et Alexandra décidèrent de passer la nuit dans la maison de banlieue.
- C’est la dernière fois que je me livre à ce genre d’exercice, vitupéra Myles. Je me suis encore ridiculisé.
- Pas du tout, mon cœur, je t’ai trouvé excellent en Jerry Lewis.
- Voilà, c’est bien ce que je disais, toi aussi tu te moques de moi, dit-il, boudeur.
- Pas du tout, répliqua-t-elle, je suis sincère quand je dis que tu étais excellent dans le rôle du comique de service.
Il la foudroya du regard. Lui, le comique de service ! Elle, elle s’en moquait, le tirage au sort l’avait avantagé, elle était tombée sur « Evergreen ». Il gara la voiture dans l’allée. Alexandra sentait qu’il était blessé dans son amour propre ; elle l’attira à elle par le col da sa veste et lui plaqua un énorme baiser sur la bouche. Il fit mine de se refuser puis céda à ses avances.
- Comment résister à ça ! s’exclama-t-il. Alors tu trouves que j’étais bien en comique ?
- Tu es un comique qui s’ignore, mon cœur. Tu as bien vu que tout le monde a apprécié ta prestation.
- Peut-être, mais toi, tu as eu un rappel.
Elle éclata de rire en sortant de la voiture. Les roses exhalaient leur parfum suave, la terre était rafraîchie par l’arrosage automatique. La nuit s’annonçait silencieuse. A cette heure tardive, les rues étaient désertes. Beaucoup d’habitants du quartier étaient sans doute partis en week-end au bord de la mer. La lune serait pleine dans quelques jours et elle illuminait le ciel, on y voyait presque comme en plein jour.
- Il ne manque plus que l’odeur du jasmin et ce sera parfait, constata Alexandra.
- Je te promets d’y penser, dit Myles.
- Tu sais, ajouta-t-elle, tant que tu y seras, ajoute aussi des pivoines et des iris, ça fait des bouquets superbes, mais pas des iris hollandais. Enfin, je te dirai lesquels quand tu seras décidé.
- Mais tu vas me massacrer mon jardin ! Ce matin, c’était la salle de bains !
- A propos, Maman m’a appelé ce matin, dit Alexandra.
- Ah bon ? Elle va bien,
- Elle va bien, merci. Elle souhaiterait que nous allions à Boston assez rapidement pour régler les détails de notre mariage. Elle a prévu un dîner avec tes parents quand ils seront rentrés d’Europe.
- Ils rentrent dans une dizaine de jours, je crois, réfléchit Myles. La dernière fois que mon père m’a appelé, ils étaient à Berlin. Ils vont passer plusieurs jours à Paris et rentreront après, si je me souviens bien.
- Alors, je lui dirai que nous sommes libres dans deux semaines, d’accord ?
- D’accord ! Quand je pense qu’on va se marier ! dit-il rêveur.
- Tu le regrettes ?
- Non, mon cœur, la rassura-t-il en lui baisant la main, mais cela me semble tellement irréel. Je n’y croirais que lorsque je verrai mon alliance à mon doigt.
- Dis-moi, quand comptes-tu l’annoncer officiellement à toute l’équipe ?
- Pourquoi ne pas organiser une petite soirée où nous officialiserons notre relation ?
- Il faudra y penser rapidement, conclut Alexandra.
Il la prit par la taille et la pinça légèrement :
- Aïe ! s’exclama-t-elle. Qu’est-ce qui te prends ?
- J’ai du mal à t’imaginer obèse, expliqua-t-il. Tu n’as pas un gramme de graisse.
- Ca n’est pas une raison pour me faire un bleu ! grogna-t-elle en lui rendant la pareille. Toi non plus d’ailleurs, tu n’en as pas !
- Aïe ! s’écria-t-il en riant.
Parfois, ils se prenaient à chahuter comme des adolescents, comme à cet âge où les autres le font habituellement. Pour eux, l’adolescence avait été différente de celle des autres, l’éducation de l’un et la morphologie de l’autre avaient forgé leur caractère. Mais maintenant la vie leur souriait et ils étaient libres de faire ce qu’ils voulaient. Ils continuèrent à marcher jusqu’à l’entrée, tendrement enlacés. Myles déverrouilla la porte et ils entrèrent sans allumer. Il ouvrit toutes les fenêtres et se laissa tomber sur le canapé. Il avait posé sa cravate sur une chaise, déboutonné le col de sa chemise et rejeté sa tête en arrière. Il ferma les yeux. Il avait besoin de souffler et l’atmosphère de cette nuit d’été y était propice. Juste quelques minutes de solitude dans l’obscurité relative de son salon. Seul un rayon de lune caressait son visage en en dessinant les reliefs et se faufilait dans ses cheveux blonds, leur donnant des reflets argentés.
Elle le laissa à ses rêveries. Elle savait qu’il éprouvait ce besoin de se retrouver, par moment, en tête à tête avec lui-même. C’étaient des instants privilégiés qu’il se réservait et ne partageait avec personne, son jardin secret. Elle le respectait, tout comme il respectait le sien, la danse. Ils n’avaient pas eu à en parler, les choses étaient claires pour l’un comme pour l’autre. Elle alla prendre une douche.
Elle avait fermé les yeux et savourait la caresse de l’eau tiède sur son corps. Ses longs cheveux défaits lui collaient dans le dos. Soudain, elle sentit un souffle, la porte de la douche s’était ouverte. Un baiser dans le cou la troubla, elle se retourna. Myles l’avait rejointe,…. tout habillé. Mais il ne le resta pas longtemps, elle arracha les boutons de sa chemise et noya son visage dans sa poitrine dégoulinante d’eau qui sentait toujours la lavande anglaise. Le reste des vêtements suivit. Il se laissa faire, il aimait sentir le contact de ses lèvres douces sur sa peau. Il la prit dans ses bras, leurs bouches se trouvèrent et ce fut comme une renaissance, un nouveau baptême, une nouvelle découverte qui se termina dans la chambre et les laissa épuisés et mouillés.
Ce samedi matin-là, Weber ne fit aucun bruit, seuls les oiseaux chantaient et le soleil jouait sur les murs clairs. Alexandra avait ouvert les yeux à l’aube naissante, les draps étaient humides à cause de ses cheveux. Elle se leva sans faire de bruit et se rendit à la salle de bains pour les brosser et elle les attacha avec une pince ; quand elle revint dans la chambre, Myles dormait toujours, étendu sur le dos, l’oreiller sur le visage. L’ombre sculptait sa poitrine, elle passa doucement son doigt sur la petite cicatrice de l’épaule. Il frémit et s’éveilla. Il aimait ces matins où elle le tirait de son sommeil en douceur et voir son visage souriant. Elle l’embrassa dans le cou, là où se trouvait ce petit grain de beauté qui l’excitait si furieusement. Les bretelles de sa nuisette glissèrent bientôt, il chercha ses lèvres et ils roulèrent sur le lit. La nuit passée ensemble ne les avait pas rassasiés. Leurs corps étaient encore avides d’étreintes. Ils étaient heureux, seuls au monde et ils avaient tout un week-end devant eux pour s’aimer.
FIN
Chapitre I
C’était un matin comme les autres matins d’été. Le soleil pointait ses premiers rayons et la journée s’annonçait belle. Myles regarda le réveil et décida de se lever ; il aurait le temps de traîner un peu avant qu’Alexandra ne se réveille, dans une demi-heure. Un matin comme les autres? Peut-être pas. Elle avait passé la nuit chez lui et quelle nuit ! Il suffisait de regarder les draps froissés. Il sourit en y repensant, il était très satisfait de sa performance et regarda la jeune femme allongée près de lui. Le soleil dansait dans ses cheveux auburn étalés sur l’oreiller ; il avait très envie de l’embrasser mais il savait où cela les aurait mener et il préféra rester sage. Il démêla un drap, l’en recouvrit doucement, enfila son peignoir et quitta la chambre.
Dans la cuisine, une bonne odeur de café lui chatouilla agréablement les narines. Il sortit chercher son journal devant la porte et prit son petit déjeuner tranquillement. « Pour une fois que j'ai le temps ! » songea-t-il. Il regarda dehors et vit ses voisins se rendre au travail ou faire un jogging. Il alla dans la salle de bains et apprécia une douche bien chaude, puis il entreprit de se raser et de se sécher les cheveux. Au passage, il vérifia qu’il n’avait pas de poils rebelles dans les oreilles.
Alexandra ouvrit les yeux et constata qu’elle n’avait pas entendu le réveil. « Myles, tu es épuisant! » se dit-elle en se souvenant de cette nuit. Elle bondit du lit, chercha un vêtement pour cacher sa nudité mais ne trouva que la chemise de son amant roulée en boule sous le lit.
- Quel chantier ! s’exclama-t-elle pour elle-même en l’enfilant.
Elle cogna à la porte de la salle de bains où elle entendait le sèche-cheveux fonctionner à pleine puissance et la radio qui donnait le bulletin météo.
- Ouvre-moi, Myles ! cria-t-elle. Je suis en retard, vite, dépêche-toi !
Il n’entendait rien, il y avait trop de bruit ; elle continua à tambouriner à la porte.
- Myles, ouvre-moi ! S’il te plaît. Mais rien, le sèche-cheveux soufflait trop fort ; elle essaya de tourner le bouton de la porte, il avait verrouillé.- Je t’en prie, mon cœur, ouvre, je suis pressée ! insista-t-elle. La porte s’ouvrit enfin et il apparut en T-shirt et caleçon de soie rayé, les cheveux impeccablement coiffés.- Désolé, je ne t’ai pas entendu frapper ; bonjour, mon cœur, bien dormi ? dit-il en lui donnant un baiser sur le nez. Hm ! Tu as l’air de méchante humeur.- Pourquoi ne m’as-tu pas réveillée ? Tu sais très bien que j’ai rendez-vous avec Marty Pavone et je vais être en retard maintenant. Sois gentil, prépare-moi quelque chose à grignoter en route, merci. Elle s’engouffra dans la salle de bains. Quand elle sortit enroulée dans une serviette, Myles était habillé avec élégance comme à son habitude et il lui avait préparé des beignets :- Merci beaucoup, mon cœur, mais je ne veux pas de ton grignotage à toi. Laisse tomber, je me débrouillerai. Je m’habille et j’arrive. Elle revint peu après vêtue d’une robe en lin orange, très élégante qui mettait sa jolie silhouette en valeur. Myles l’aida à enfiler sa veste et ils partirent pour une longue journée de travail.
- Tu es bien taciturne, ce matin, lui fit-il remarquer une fois dans la voiture. C’est à cause de moi ?
- Oui, lui répondit-elle.
- J’ai fait quelque chose qui t’a déplu ? s’inquiéta-t-il. Je n’ai pas été à la hauteur, c’est ça ?
Elle lui lança un de ses regards qui le faisait craquer et lui caressa la joue :
- Décidément, les hommes, vous êtes tous les mêmes, vous avez toujours peur que votre virilité soit remise en cause ! Moi qui croyais avoir trouvé l’exception ! Non, mon cœur, tu as été parfait comme toujours, seulement tu ne m’as pas réveillée et tu connais les enjeux de ma journée. Je n’aurai pas beaucoup de temps pour me préparer psychologiquement. Et à propos, le jour où nous vivrons vraiment ensemble, il faudra prévoir une deuxième salle de bains.
Myles prit sa main et déposa un baiser au creux de son poignet, là où il savait qu’elle vaporisait son parfum au jasmin. - Pardonne-moi, je voulais juste te laisser dormir un peu plus longtemps. Pour la salle de bains, on y pensera le moment venu. On déjeune ensemble ?demanda-t-il.-D’accord. Si je peux choisir. - Pas de problème!
- Ce sera au sushi bar.
La circulation était fluide, la météo annonçait une journée superbe et le parking du FBI commençait à se remplir.
- Bonjour à tous, lança Myles à la cantonade. Belle journée pleine de promesses et de joies !
Lucy lui lança un regard soupçonneux :
- Alexandra, murmura-t-elle à Tara.
- Alexandra, approuva-t-elle.
Chacun se mit au travail, qui sur un dossier, qui au téléphone, qui sur son ordinateur. Jack apparut quelques minutes plus tard en compagnie d’un inconnu. L’homme était grand, brun, portait des lunettes et était vêtu de façon plutôt décontractée.
- Myles, l’interpella Jack, j’ai quelqu’un pour toi.
Il leva les yeux de son écran et son expression d’abord surprise, puis joyeuse étonna tout le monde :
- Tommy, s’écria-t-il en se précipitant vers l’homme, Tommy Stafford ! Ce n’est pas possible !
Les deux hommes se donnèrent une accolade chaleureuse qui montrait la joie qu’ils avaient à se retrouver.
- Voici Tommy Stafford, mon vieux copain de lycée.
Et il présenta à son ami ses collègues de travail. Ils partirent dans la salle de réunion.
- Myles a un copain de lycée ! Je n’en reviens pas ! s’exclama Lucy.
- Personne n’est parfait, ajouta Jack. Il ne nous en a jamais parlé, à toi Lucy ?
- Tu rêves, je n’étais pas dans ses confidences, répliqua celle-ci.
Dans la salle de réunion, les questions allaient bon train :
- Alors qu’est-ce que tu fais à Washington ? demanda Myles curieux Ca fait combien de temps qu’on ne s’est pas vu ? Cinq ans, je crois.
- C’est bien ça, cinq ans ! J’ai trouvé du travail ici et je vais y faire venir ma famille, dit Tommy.
- Tu es marié ?
- Oui, avec Lauren, une femme adorable qui vit pour l’instant à Richmond et j'ai une petite fille de trois ans, Riley. J’espère bientôt les faire venir maintenant que ça va mieux pour moi. Et toi ? Marié ?
- Pas encore; tu travailles dans quelle branche ?
- Je suis dans le bâtiment, j’ai été embauché pour un gros chantier ici même : le nouveau centre commercial nord, si tu es au courant
La porte s’ouvrit sur Lucy :
- Désolée de vous interrompre mais on a besoin de toi.
- J’arrive.
Puis s’adressant à Tommy :
- On déjeune ensemble ? Ma pause est dans environ une heure. Attends-moi dans le hall. On discutera plus longtemps.
- A tout à l’heure, alors.
Ils se séparèrent sur une poignée de main.Tommy se rendit dans le hall où il décida de rester pour attendre son vieux copain. Il s’installa dans un coin et ouvrit son journal. En première page, apparaissait un article sur le projet du nouveau centre commercial dont il allait s’occuper ; enfin un travail qui lui permettrait de vivre à nouveau en famille. Le temps passa rapidement et il vit Myles arriver à l’heure prévue accompagné d’une jeune femme. Il lui fit signe de la main.
- Ah ! Tommy, je te présente Alexandra Warren ; Alexandra, voici Tommy Stafford.
- Je suis ravie de vous connaître, dit la jeune femme en lui tendant la main.
- Moi aussi, répondit Tommy.
- Alexandra et moi sommes fiancés, précisa Myles très fier.
- Félicitations ! s’exclama Tommy. Je ne sais pas si je dois féliciter Myles ou si je dois vous plaindre.
- Ce qui signifie ? demanda Myles piqué au vif.
- Ce qui signifie que tu es un sacré veinard, mais qu’avec ton caractère, ta fiancée ne peut pas en dire autant, expliqua Tommy.
- Je crois que j’ai déjà une petite idée de ce caractère et ça me convient très bien, répliqua Alexandra.
- Merci mon cœur, toi au moins tu m’aimes pour ce que je suis, poursuivit Myles en lui plaquant un gros baiser sur la joue. Si on allait déguster quelques sushis.
- Arrosés de thé au jasmin, précisa –t-elle.
- Je dois t’avertir, dit Myles à son ami, que la femme de ma vie est un amateur éclairé de japonaiseries.
Elle le foudroya du regard et partit d’un rire cristallin en expliquant qu’il ne comprendrait jamais rien à l’Asie, même s’il parlait le chinois. Ils partirent en devisant joyeusement. Le restaurant n’était qu’à deux pâtés de maisons, la journée était magnifique et ils marchèrent avec plaisir dans les rues encombrées de passants qui savouraient le plaisir d’un beau jour inondé de soleil.
- Raconte-nous ce que tu as fait depuis cinq ans, dit Myles à son ami, tandis qu’ils dégustaient leurs sushis.
Tommy hésita un instant. Il était visiblement gêné. Il prit une profonde aspiration et commença :
- Contrairement à toi, j’ai mal tourné. J’ai été licencié de mon travail peu après t’avoir revu ; j’avais le moral plus bas que terre et une chose en entraînant une autre, je me suis mis à boire et à me droguer. Et un jour, j’ai rencontré Lauren, ça a été le déclic. Je me suis fait désintoxiquer et maintenant je suis clean. J’ai retrouvé un travail fixe et tout va bien.
- Si je comprends bien, dit Myles, tu as galéré pendant tout ce temps et tu n’es même pas venu m’en parler. Pourquoi ? Tu sais bien que je suis toujours là pour toi.
Tommy regarda Myles :
- Tu me connais, toujours cet orgueil mal placé ! Mais parle- moi plutôt de toi ou de vous deux.
- Nous deux, c’est une curieuse histoire qui serait beaucoup trop longue à raconter. Il faudra nous réserver une soirée avec ta femme et ta fille et nous pourrons rattraper le temps perdu. Qu’en penses-tu, mon cœur ?
- Ce sera avec plaisir. J’aimerais bien faire la connaissance de votre femme et de votre enfant, ajouta la jeune femme.
- Tu sais que Tommy était le capitaine de l’équipe de foot au lycée, dit Myles à Alexandra. Toutes les filles voulaient sortir avec lui.
- Myles jouait aussi au foot, mais si les filles voulaient sortir avec lui, c’était parce qu’il avait une belle voiture qui en mettait plein la vue, expliqua Tommy.
- Chacun porte sa croix, dit Alexandra avec philosophie.
- Et vous, vous deviez avoir une foule de petits amis, fit Tommy.
Alexandra se racla la gorge, elle se sentait gênée de répondre. Elle se demandait si elle allait éluder la question ou y répondre:
- Mes années de lycée et d’université ont été difficiles. On me surnommait « l’intello »car je ne quittais jamais la bibliothèque, sauf pour aller à mon cours de danse ou encore « la barrique ».
- La barrique ! s’exclama Myles. Quelle idée ! Pourquoi ?
- Eh bien ! Disons que je n’ai pas toujours été comme je suis aujourd’hui et que si un garçon me saluait, c’était uniquement parce que je pouvais l’aider à faire un devoir. Mais j’aimerais mieux ne plus en parler.
La pause déjeuner se termina sur la promesse de reprendre contact bientôt et Myles donna sa carte à Tommy.
Chapitre II
Ce soir-là, Myles était rentré chez lui de bonne heure et coupait ses roses fanées. Alexandra avait été retenue par Marty Pavone ; elle lui avait demandé de ne pas l’attendre, elle rentrerait directement chez elle. Soudain, une voiture de police s’arrêta devant la maison. Deux hommes en sortirent :
- Bonsoir, dit l’un d’eux, vous êtes Myles Leland ?
- Myles Leland III°du nom pour vous servir, ne put-il s’empêcher de préciser. J’appartiens au FBI. Que se passe-t-il ? Un de mes voisins a déposé une plainte ?
- Pas du tout. Connaissez-vous un certain Tommy Stafford ? demanda l’autre policier.
- Oui, c’est un vieil ami… que se passe-t-il ? s’inquiéta Myles.
- Nous avons trouvé votre carte de visite sur lui.
- Comment sur lui ?
- Je suis désolé, poursuivit le policier. Il s’est suicidé en se jetant par la fenêtre de son appartement.
Un voile passa devant les yeux de Myles. Il se retint au montant d’une pergola en attrapant à pleine main une branche de rosier qui la transperça de ses épines acérées. Il ne réagit même pas à la douleur. Ce fut l’un des policiers qui le dégagea.
- Il faut désinfecter ça, dit-il en examinant la main qui saignait abondamment.
- Quoi ?... Comment ?... Oh ! Oui, je vais le faire. Où est Tommy ? Est-ce que je peux le voir ?
- Oui, bien sûr, on aimerait aussi vous poser quelques questions. Pourriez-vous venir reconnaître le corps à l’institut médico-légal. ?
Myles nettoya rapidement sa plaie et mit un pansement. Après avoir fermé la porte, il suivit les officiers de police. Dans sa tête, tout était confus, il venait de retrouver son meilleur ami et l’avait perdu aussitôt. Il tenta de joindre Alexandra mais elle était sur messagerie, elle devait être encore au travail ; il lui demanda de le rappeler dès qu’elle le pourrait.
Le trajet jusqu’à l’institut lui sembla interminable. Les policiers lui posèrent quelques questions et lui apprirent que Tommy avait laissé une lettre d’adieu dans laquelle il expliquait à sa femme les raisons de son suicide : la vie était trop difficile et lui devenait insupportable. Il sentait l’alcool à plein nez et avait sniffé de la cocaïne.
- Je n’y crois pas un instant, s’écria Myles. Nous avons déjeuné ensemble et il m’a annoncé qu’il avait retrouvé du travail et qu’il comptait faire venir sa femme et sa fille à Washington. Il avait arrêté la drogue. Il était clean, maintenant !
La traversée des longs couloirs blancs de la morgue fut un supplice. Il se trouva enfin dans la pièce où on allait lui montrer le corps. Des cadavres, il en avait vu plus qu’il n’aurait souhaité et, là, ce soir, il devrait reconnaître celui de son meilleur ami. Quelqu’un approcha un chariot et découvrit la forme allongée là : c’était bien Tommy !
L’agent du FBI confirma ses craintes et dit qu’il irait lui-même annoncer la triste nouvelle à son épouse.
- Ca va aller ? demanda le légiste.
Myles acquiesça et se fit reconduire par les deux policiers. En chemin, il essaya de joindre encore une fois Alexandra, en vain. Arrivé chez lui, il se changea et se mit en route pour Richmond. Il espérait que la circulation serait fluide pour arriver avant la nuit. Il lui fallait presque deux heures pour couvrir tout le trajet ; il programma son GPS et se mit en route.
La route lui parut interminable, la circulation était dense à cette heure de la journée. Sa tête bourdonnait, il ne comprenait pas ce qui avait pu se passer entre le moment où Tommy l’avait quitté et le moment où il s’était soi-disant jeté par la fenêtre. Il semblait si heureux de recommencer à zéro, de faire venir sa femme et sa petite fille et de mener une vraie vie de famille. Comment allait-il annoncer la nouvelle à cette pauvre femme qu’il ne connaissait même pas ? Il n’avait jamais aimé se livrer à ce genre d’exercice et à chaque fois qu’il devait le faire, il cherchait un nouveau moyen pour dire les choses mais aucun ne lui convenait.
La nuit commençait à tomber quand il arriva devant la maison des Stafford. Une jolie petite fille brune était assise sur les marches. Myles s’approcha et s’assit à côté d’elle :
- Bonjour, je suppose que tu es Riley, dit-il aussi doucement qu’il le put.
- Oui, et toi ? demanda la fillette.
Une jeune femme sortit à cet instant de la maison :
- Rentre, Riley et vous, monsieur, laissez nous tranquille, sinon j’appelle la police.
Myles se releva et se présenta :
- Je m’appelle Myles Leland, je suis un ami de Tommy.
- Myles Leland… , mais oui, vous êtes le copain de lycée de Tommy ! Entrez donc ! Je suis ravie de vous connaître, mais vous savez, Tommy n’est pas là, il est à Washington pour du travail. Qu’est-ce qui vous amène ? Je lui dirai que vous êtes passé quand il rentrera.
Myles regarda autour de lui la modeste maison qui abritait la famille de son ami :
- Je sais, nous avons déjeuné ensemble. On peut s’asseoir ? demanda-t-il.
Lauren lui désigna une chaise et s’assit de l’autre côté de la table, sa fille sur les genoux. Elle était intriguée par l’attitude de son visiteur :
- Que se passe-t-il ? Il est arrivé quelque chose à Tommy ?
- Je suis désolé,… la police l’a trouvé … au pied de son immeuble,… il se serait jeté par la fenêtre.
Il avait des difficultés à maîtriser son émotion et retenait ses larmes. Lauren le regarda incrédule et s’effondra sur la table. Myles se précipita vers elle, s’agenouilla et la prit dans ses bras. La fillette s’accrocha à son cou, elle ne comprenait pas pourquoi tout le monde était soudain si triste.
Myles rentra chez lui aux premières lueurs de l’aube; Alexandra l’avait appelé mais il avait laissé son téléphone dans sa voiture. Il était trop tard maintenant pour qu’il lui raconte ce qu'il était arrivé à Tommy. Il était épuisé mais ne put dormir ; il se prépara une grande quantité de café et prit une douche. Il décida de se rendre au FBI sans attendre et de commencer son enquête. Il voulait savoir, il avait promis à Lauren et à Riley qu’il ferait son possible pour éclaircir ce mystère. Non, ce n’était pas un suicide, il en était certain, ça ne pouvait pas être un suicide.
Il s’assit à son bureau, alluma son ordinateur plus par réflexe que par nécessité et appela le commissariat qui avait en charge l’affaire. L’officier responsable de l’enquête venait juste d’arriver et ils parlèrent un long moment. Il apprit que, d’après le rapport du médecin légiste, Tommy s’était défénestré sous l’emprise de la drogue et de l’alcool, ce qui ne faisait que confirmer ce que lui avaient dit les deux policiers qui l'avaient prévenu du drame, la veille.
- Il m’avait assuré quelques heures auparavant qu’il avait arrêté, dit Myles incrédule. Je crois ce qu’il m’a dit, il n’avait aucune raison de me mentir. Pouvez- vous me faire parvenir les conclusions préliminaires de l’enquête ? Merci.
Il raccrocha son téléphone et sur l’écran de son ordinateur s’affichait déjà le rapport. qu’il imprima aussitôt.
Des pas et des bavardages joyeux se firent entendre dans le couloir et peu après apparurent ses collègues, tous ensemble.
- Wahoo ! s’exclama Lucy en voyant le visage défait de Myles, la nuit a été difficile, on dirait.
- Alexandra, affirma Bobby.
- Alexandra, acquiesça Tara.
Mais Myles, contrairement à son habitude ne réagit pas. Jack comprit qu’il se passait quelque chose de grave.
- Myles, dit-il gentiment, qu’est-ce qu’il y a ?
Il leva ses yeux rougis vers Jack et murmura :
- Tommy Stafford est mort hier soir.
Un souffle glacial s’abattit sur le bureau. Lucy se mordit la lèvre de rage :
- Je te demande pardon, Myles, je suis vraiment la reine des gaffeuses, je suis désolée.
- Ca va, c’est bon, tu ne pouvais pas savoir. Tenez, dit-il en leur tendant des feuillets, voilà ce que m’a fait parvenir la police.
Ils prirent connaissance du dossier. Sur les lieux du crime, aucune empreinte sauf celles de Tommy lui-même et de la femme de ménage.
- Je vais prendre sur mes vacances pour mener une enquête plus approfondie, annonça Myles.
- Attends, dit Dem, on peut peut-être la reprendre à notre compte, ne serait-ce qu’à cause de la drogue. On va demander à Alexandra ce qu’elle en pense. Elle est dans son bureau, je suppose…. Hé, Myles, je te parle !
- Comment ?... Alexandra ?...Je n’en sais rien, je ne l’ai pas vue depuis hier midi.
Il décrocha son téléphone et obtint Betty, sa secrétaire qui lui confirma qu’elle était bien arrivée :
- Je vais y aller et lui exposer la situation, elle ne sait pas encore pour Tommy. Elle travaillait avec Pavone et j’ai fait l’aller et retour dans la nuit entre Washington et Richmond où habitent les Stafford.
Il se rendit chez Alexandra qui l’accueillit avec un sentiment de déjà vu. Elle referma le classeur dans lequel elle venait de ranger un dossier et le sourire qui se dessinait sur ses lèvres disparut aussitôt qu elle vit la tête de Myles.
- Mon Dieu, murmura-t-elle, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Ne me dis pas que tu t’es encore fait tirer dessus !
- Pire que ça, dit-il d'une voix blanche. Tommy est mort !
-Oh ! non, mon cœur ! Ce n’est pas possible !
Elle lui prit les mains et les serra très fort. Elle ne connaissait pas bien son meilleur ami mais elle respectait les sentiments qu’il lui portait. Elle l’attira contre elle et il se laissa aller à sa douleur. Il n’était pas dans l’éducation d’un Leland de laisser libre cours à ses émotions mais il savait qu’Alexandra ne lui en tiendrait pas rigueur et qu’il pouvait compter sur son soutien indéfectible.
- Tu aurais dû me rappeler, même tard, lui dit-elle. Comme tu as dû souffrir toute la nuit à ressasser ces évènements tout seul!
Elle caressait ses cheveux comme elle aurait fait avec un enfant qui a du chagrin. Savait-il seulement ce qu’était qu’être consolé? Elle avait souvent eu des doutes. Elle ne connaissait pas encore les parents de Myles, mais elle avait appris par sa mère qu’Elisabeth Leland était froide et distante et Philip semblait du même acabit. Elle les avait déjà catalogués de psychorigides. Alors après, pourquoi s’étonner que leur fils soit ainsi ? Il assumait toujours toutes les situations même les plus délicates ; la seule fois où il avait craqué, il avait trouvé une aide auprès de Sue qui lui avait conseillé de « s’ouvrir » et il s’était retrouvé au septième étage, au service juridique, à lui dire qu’il l’aimait.
Elle sentait qu’il se calmait peu à peu. Elle le fit asseoir, lui donna un verre d’eau et lui tendit une boîte de mouchoirs. Il reprenait pied, petit à petit.
- Je suis désolé, mon cœur, je n’aurai pas dû t’imposer ça, s’excusa-t-il.
Elle remonta une mèche de cheveux qui lui retombait sur les yeux :
- Je suis aussi là pour ça, le rassura-t-elle.
- Merci.
Il vida son verre et lui expliqua l’idée de Dem. Alexandra abonda dans son sens mais suggéra la plus grande prudence.
- En ce qui te concerne, il y a conflit d’intérêt, tu de…..
- Non, j’ai promis à Lauren de l’aider et je le ferai.
- J’étais sûre de ta réponse, dit Alexandra en souriant, je commence à bien te connaître. Je n’en attendais pas moins de toi, mais je t’en prie, pas d’imprudence. Promets-le moi.
- C’est promis, fit-il en la serrant dans ses bras. Je t’aime !
- Je t’aime aussi.
Quand il ouvrit la porte, il se sentait déjà mieux et prêt à mener son enquête à bien. Il refit le trajet en sens inverse et lorsqu’il entra dans le bureau, il marchait d’un pas résolu, la tête haute. Ses amis constatèrent le changement, cependant, personne ne fit de remarque.
Chapitre III
- La balle est dans notre camp, annonça Myles. Ce que nous savons est dans ce dossier, c’est-à-dire pas grand-chose.
- Je propose qu’on fasse une enquête de voisinage, poursuivit Jack. Même si la police a déjà interrogé les autres locataires, il faut recommencer. On va parler à nouveau au gardien de l’immeuble. Bobby, Tara et Dem, vous vous en chargez.
- Moi, je vais aller faire un tour au syndicat du bâtiment, ajouta Myles, on ne sait jamais, je peux peut-être rencontrer ses collègues.
- Lucy, tu fouilles dans le passé de Tommy à la recherche de la moindre contravention, et Jack continua en signant, Sue et moi allons à la morgue bavarder avec le médecin légiste. Allez, au travail, merci.
L’immeuble du syndicat du bâtiment était un imposant édifice moderne en verre et acier qui reflétait la toute puissance de l’organisation. Le leader en était Gus Iverson. Il avait la main mise sur tous les chantiers du district et sur les embauches. C’était le grand manitou qui avait un pouvoir immense. Myles traversa le grand hall et se rendit dans une salle attenante où des ouvriers étaient rassemblés devant un grand tableau électronique qui affichait leur affectation de la semaine. Certains affichaient une mine réjouie parce qu’ils avaient du travail, d’autres lançaient des jurons et invectivaient le petit homme derrière le guichet qui tapotait sur un ordinateur.
- Vous connaissez Tommy Stafford ? demanda-t-il sans se présenter..
- Jamais entendu parler, répondit le bonhomme.
- En cherchant bien, poursuivit Myles en exhibant un billet de vingt dollars, la machine pourrait peut-être me renseigner. Vous savez, vous tournez le dos et j’en profite pour regarder.
Le vieillard s’empara discrètement de l’argent, appuya sur quelques touches et positionna son écran pour que Myles puisse le voir, puis il fit mine de ramasser un objet par terre. Quand il se releva, l’agent du FBI avait eu le temps de noter le dernier travail de Tommy : le chantier du grand hôpital.
Tara et Bobby venaient de pénétrer dans l’immeuble où s’était déroulé le drame. Les lieux étaient tristes et malodorants mais c’était sans doute tout ce que Tommy pouvait se payer pour l’instant.
- J’espère qu’il n’avait pas l’intention de faire vivre sa famille dans un tel taudis ! s’exclama Tara dégoûtée.
Le gardien donnait nonchalamment un coup de balai symbolique au pied de l’escalier.
- FBI ! annonça Bobby en présentant son badge. On aurait quelques questions à vous poser au sujet de la mort de Tommy Stafford.
- J’ai déjà tout dit à la police, grogna l’homme. Je ne vois pas ce que les fédéraux viennent faire là-dedans. Il s’est jeté par la fenêtre, un point c’est tout.
- Comment le savez-vous ?
- Je l’ai vu tomber, affirma l’homme.
Bobby et Tara se regardèrent :
- Et où étiez- vous quand il est tombé ? demanda Bobby.
- Sur le pas de la porte, je l’ai vu tomber, répéta-t-il.
- Donc, il était remonté dans son appartement avant, ça semble logique. A quelle heure l’avez- vous vu monter ? demanda Tara.
- J’ai dit aux flics un peu avant quinze heures, je le sais parce que c’était l’heure de mon feuilleton.
- Et vous n’avez vu monter personne d’autre après lui ? Une personne inconnue? ajouta Bobby.
- Non, personne, affirma l’homme nerveux, personne, je le jure !
- Merci, vous nous avez beaucoup aidés, conclut Bobby.
Ils sortirent tous les deux et prirent une grande bouffée d’air frais.
- Il ment, c’est évident, constata Tara, tu as vu comme il était nerveux ?
-. Ah ! Voilà Dem, alors ?
- Rien de rien, personne n’a vu ou entendu quoi que ce soit. La majorité des gens était sortie, rapporta Dem, déçu. Ca ne va pas beaucoup aider Myles. Et vous ?
- Rien non plus, mais le gardien a eu une attitude bizarre. On va le surveiller.
Jack et Sue étaient déjà revenus quand les autres arrivèrent.
- Alors, demanda Myles, quoi de neuf ?
Jack se racla la gorge, c’était mauvais signe, cela signifiait qu’il avait une mauvaise nouvelle à faire passer. Il prit enfin la parole :
- Voilà le rapport du médecin légiste. Tommy avait le nez bourré de cocaïne et son foie était ravagé par l’abus d’alcool. Il ne lui restait que quelques mois à vivre. Tout laisse à penser au suicide.
Myles se redressa d’un bond, furieux :
- Il ne s’est pas suicidé ! Mettez-vous ça dans la tête ! Il m’a dit qu’il ne se droguait plus et à table, il n’a bu que du thé. Et on ne vient pas voir ses amis pour se suicider quelques heures après ! Non, ce n’est pas un suicide !
En temps normal, Lucy aurait trouvé quelque chose à dire mais ce fut le silence. Sue le rompit :
- Je suis désolée, Myles, lui dit-elle, mais il était au bout du rouleau ; il était très malade, il voulait sans doute te dire adieu !
- Il ne s’est pas suicidé, s’entêta Myles. Il avait une assurance vie et en cas de suicide, l’assurance ne paie pas. Il n’aurait sûrement pas laissé sa femme et sa fille sans le sou !
Il était écarlate quand il eut fini de parler. Lucy fouilla dans ses documents et en tira une feuille.
- Il a raison, dit-elle, il a contracté une police d’assurance au bénéfice de sa femme ; en cas de suicide…
- … l’assurance ne paie pas, continua Dem. Ca commence à sentir mauvais. Si Tommy était le gars que tu nous décris, alors il s’est passé quelque chose et il faut découvrir quoi.
- Je vais aller dans un bar que fréquente habituellement les ouvriers du bâtiment et je vais montrer sa photo, j’en apprendrai peut-être davantage, dit Myles.
- D’accord, mais tu gardes le contact, ordonna Jack. Pas de risques inutiles mais je suppose que ton ange gardien du septième t’a déjà averti.
Il lança un coup d’œil complice à son ami qui esquissa un timide sourire et partit.
Myles était passé chez lui pour troquer son costume trois pièces sur mesure contre un blouson et un jean. Il se gara devant le bar et entra. Il montra la photo de Tommy à plusieurs personnes qui regardaient avec délectation des danseuses à demi dévêtues. Personne ne le connaissait. Il arriva enfin à une table où trois hommes buvaient du whisky.
- Connaissez-vous cet homme ? demanda-t-il en essayant de prendre un accent du peuple.
- Montrez, dit le plus âgé en prenant le portrait de Tommy. Et vous les gars, vous le connaissez ?
Les deux autres hochèrent la tête négativement.
- Désolé, dit l’homme en lui rendant la photo.
- Merci quand même, fit Myles en tournant les talons.
L’homme fit signe à l’un de ses compagnons qui suivit l’agent du FBI dehors.
- Eh ! Monsieur ! l’interpella-t-il quand ils furent dehors, venez par ici. Je crois bien que je le connais votre gars.
- Comment ? demanda Myles, heureux de trouver enfin une réponse positive.
Il n’eut pas le loisir d’en dire davantage, l’autre lui balança un magistral coup de poing dans l’estomac qui lui coupa le souffle ; il se plia en deux et son adversaire, sans lui laisser le temps de réagir l’envoya contre le mur au fond de la ruelle. L’arrivée du cuisinier qui venait vider ses poubelles mit fin à la bagarre très inégale. L’homme s’enfuit à toutes jambes et le cuisinier aida Myles à se remettre debout en grimaçant. Il appela Jack qui arriva presque aussitôt.
- Dans quel état tu t’es mis ! s’exclama Jack en le voyant. Je t’emmène à l’hôpital.
- Non, ça va, l’infirmerie fera l’affaire, assura Myles.
- Comme tu voudras. Comment ça s’est passé, raconte !
Myles lui raconta sa mésaventure :
- Ce type avait des mains comme des battoirs, il aurait pu assommer un bœuf sans difficultés, assura –t-il.
Et il lui raconta sa quête infructueuse sur le chemin du FBI. Jack le conduisit de force à l’infirmerie où Arlen se fit un malin plaisir à le palper sans douceur, sous toutes les coutures, pour soi-disant vérifier s’il n’y avait rien de cassé. Elle finit par lui poser un strip au-dessus de l’œil gauche et le fit sortir en lui donnant une tape sur les fesses. Il la détestait de plus en plus.
Alexandra avertit par Jack l’attendait avec les autres. Elle fut tout de suite rassurée lorsqu’elle l’entendit fulminer contre l’infirmière.
- Cette Arlen, je l’aurai un jour, grognait-il.
- Bien, je vois que tu n’es pas mort, ironisa la jeune femme, alors je remonte travailler. Si par hasard tu as besoin de compagnie ce soir, je suis à la danse.
Il la regarda partir, éberlué :
- On risque sa vie et c’est tout ce qu’on vous dit ! s’exclama-t-il.
Lucy et Sue se regardaient en riant sous cape. Elles étaient soulagées, il allait bien.
- Tara, tu vois avec Myles pour établir un portrait robot, il faut qu’on mette la main sur ce type ; on verra auprès de nos indics, dit Jack.
Tara se mit aussitôt au travail et en quelques minutes, ils firent un portrait assez ressemblant.
- Je suis sûr que ce type rôde encore dans ce bar à l’heure qu’il est, dit Myles.
- Tu ne vas pas y retourner, j’espère, s’insurgea Dem.
- Pas seul, en tout cas, dit une voix à l’autre bout de la salle.
Ils se retournèrent, Alexandra était là, son sac de sport à la main.
- Elle a raison. Voilà ce que nous allons faire, dit Jack.
Myles pénétra une nouvelle fois dans ce triste bar et, comme il l’avait deviné, l’homme aux mains d’acier était toujours là, à reluquer les danseuses ; il s’avança vers lui et dit :
- Salut, je peux vous parler dehors ? Suivez-moi.
L’autre, qui ne semblait pas plus surpris que ça, n’hésita pas un instant et le suivit à l’extérieur, dans la ruelle Myles le conduisit exactement à l’endroit où il l’avait agressé quelques heurs auparavant. A ce moment, Bobby, Dem et Jack intervinrent et lui passèrent les menottes. L’homme avait un air stupide qui les aurait fait rire en temps normal, mais l’heure n’était pas à la plaisanterie. Il fallait l’interroger le plus vite possible et lui faire cracher le morceau afin de faire avancer l’enquête.
Chapitre IV
Myles se tenait derrière la glace sans tain et suivait attentivement l’interrogatoire. L’homme se nommait Sean Flanagan et travaillait pour Gus Iverson, le patron du syndicat du bâtiment en tant que chauffeur et homme de main à l’occasion. Lucy avait fait des recherches et découvert qu’il était un ancien boxeur et qu’il avait été condamné plusieurs fois pour coups et blessures.
- C’est parfait tout ça, dit Jack. En tant qu’ancien boxeur, vos mains vous servent d’arme. On va vous condamner pour agression à main armée sur un membre du FBI.
- Quel membre du FBI ?demanda Flanagan.
- Celui que vous avez agressé tout à l’heure dans la ruelle derrière le bar. Pourquoi ? demanda Dem
- Je savais pas que c’était un fédéral. C’est Pete Grisham qui m’a dit que c’était un encaisseur et m’a demandé de le virer.
- Et qui est ce Pete Grisham ? s’enquit Jack.
- C’est un permanent du syndicat, le bras droit de monsieur Iverson.
Jack et Dem sortirent laissant l’homme seul dans la salle d’interrogatoire et allèrent rejoindre Bobby et Myles.
- Il faut aller chercher ce Grisham, dit Jack. Amenez-le ici sous un prétexte quelconque.
Le mobile de la mort de Tommy n’était toujours pas établi, les preuves matérielles n’étaient pas suffisantes mais les choses commençaient à se décanter. Le syndicat du bâtiment y était pour quelque chose.
Grisham prit la place de Flanagan dans la salle et derrière la vitre, un homme l’observait attentivement. C’était l’agent d’entretien de l’immeuble de Tommy.
- J’en suis sûr, je l’ai vu monter dans l’ascenseur à l’heure où vous dites ; il était accompagné d’un autre homme plus âgé, de taille moyenne et qui portait des lunettes.
Myles lui aurait sauté au cou, enfin un témoignage ! Il remercia l’homme et le raccompagna à l’ascenseur. Toute l’équipe se réunit pour faire le point.
- Demain, j’irai au siège du syndicat, annonça Myles, on va bien finir par avancer.
- Pourquoi pas, dit Dem, mais pas tout seul.
- Bon, il se fait tard, la journée a été longue, je propose qu’on reprenne demain matin à la première heure, conclut Jack.
- Qu’est ce que tu fais ce soir, Myles ? demanda Sue.
- Je vais essayer de dormir, je n’en peux plus. Je vais passer prendre Alexandra et nous rentrerons comme un vieux couple.
- Quel programme ! s’exclama Lucy.
Et ce fut le premier éclat de rire de la journée.
Alexandra rejoignit Myles au parking devant le cours de danse. Il avait les traits tirés et un petit hématome au niveau du sourcil. Il lui baisa le bout des doigts et fit démarrer la voiture.
- Je te suggère d’aller chez moi parce que ton réfrigérateur est vide et que je meure de faim. Comment te sens-tu ?
- Vidé, mais à part ça, ça va, répondit-il en étouffant un bâillement. Je crois que je serai capable de dormir vingt-quatre heures d’affilées. Mais il faut que j’avance ; ça m’agace, cette enquête qui piétine !
Elle posa la main sur son bras pour lui montrer qu’elle le soutenait.
- Demain sera un autre jour ; repose-toi d’abord, après, tu auras les idées plus claires. Je vais nous préparer un dîner léger et tu iras dormir. Moi, j’ai encore un dossier à boucler.
- Comme tu veux ; de toute façon, je ne serai pas de bonne compagnie, ce soir. D’ailleurs, tu vois, je ne t’ai même pas demandé comment ça c’était passé avec Marty Pavone.
- Nous avons trouvé un compromis intéressant ; l’affaire ne devrait pas tarder à passer en jugement.
- Le compromis, c’est sur tes bases ou sur les siennes ?
- Devine ?
- Tu es la meilleure, mon cœur, je n’en ai pas douté un instant ; je n’aimerais pas me retrouver au tribunal en face de toi ! Mais dis-moi, la « barrique », c’était pourquoi ?
Son regard chavira et des larmes perlèrent à ses paupières :
- Tu veux vraiment que je te raconte ?
- Oui, sauf si c’est trop pénible pour toi.
- Au lycée, commença-t-elle, j’étais obèse, une véritable obèse. Alors, avec ma taille, tu imagines le poids et la masse que je représentais. Je me noyais dans les études et ma seule passion était la danse. Je ne manquais aucun cours et au spectacle de fin d’année, on me reléguait au fond de la scène, là où l’éclairage était le moins bon. J’étais victime de tous les sarcasmes possibles et imaginables.
- J’ai du mal à t’imaginer obèse.
- Je te montrerai des photos. Quand j’ai su que j’étais admise à Harvard, j’ai décidé de me prendre en main. Je suis allée consulter un spécialiste. Avec son aide, j’ai perdu plus de la moitié de mon poids sur plusieurs années ; à l’université, c’était pareil, on se moquait encore de moi, les deux premières années. Puis j’ai pris figure humaine et la tendance s’est inversée. Je ne suis pas tombée dans le piège. Mais pour me venger de tout le monde, le soir de la remise des diplômes, j’ai plongé dans la piscine du campus.
- Et pourquoi pour te venger ?
- Je voulais leur montrer ce qu’avait vécu le major de leur promo
- Je ne comprends pas, quelqu’un qui plonge dans la piscine du campus le soir de la remise des diplômes, ça a dû se faire, je suppose ?
- Oui, tu as raison, il y a eu des précédents, sauf que moi, je n’avais pas de … maillot de bain sur moi…..
- Tu veux dire que tu étais … nue ?
- Comme un ver.
- J’aurais bien aimé voir ça !
- Myles !
- Je n’en reviens pas, tu as osé faire ça !
- Oui et je peux t’assurer que je n’attends qu’une occasion pour me venger de mes camarades de lycée maintenant. Et je crois bien qu’ils ont prévu une réunion d’anciens élèves, c’est ce que ma mère m’a dit et mon école de danse va assurer une partie du spectacle. Je m’en réjouis d’avance.
- Tu es bien amère, ce soir !
Il était tard, la circulation fluide et ils mirent moins de temps que d’habitude pour arriver à destination. Ils saluèrent Stanton qui leur ouvrit l’ascenseur et ils montèrent. Myles dormait littéralement debout. Elle le poussa dehors gentiment :
- Tu devrais aller te mettre à l’aise pendant que je prépare le dîner.
Il marcha comme un automate jusqu’à la chambre et elle alla s’affairer à la cuisine. Au bout d’un moment, comme elle ne le voyait pas réapparaître, elle partit à sa recherche et le découvrit endormi tout habillé en travers du lit. Elle sourit en le voyant ainsi. Elle dénoua sa cravate, déboutonna son col et ôta ses chaussures. Il ne bougea pas. Elle le recouvrit d’une couverture légère. Le baiser qu’elle lui donna ne provoqua aucune réaction de sa part, il dormait profondément. Elle alla sur la terrasse déguster sa salade toute seule.
Quand elle le rejoignit un peu plus tard, il n’avait pas bougé d’un pouce. Elle caressa son visage et ses cheveux, l’embrassa sur le front et s’allongea à côté de lui. Elle lut encore un dossier avant d’éteindre la lampe. Il était très tard, elle aussi était fatiguée. « Demain serait un autre jour » lui avait-elle dit.
Le lendemain matin, Myles se rendit au siège du syndicat accompagné de Bobby et Dem. De nombreux ouvriers étaient là qui attendaient qu’on leur attribue un travail. Il traversa la foule et grimpa sur une chaise d’où il parla.
- Je suis Myles Leland et j’appartiens au FBI. J’enquête sur la mort de Tommy Stafford. Si quelqu’un parmi vous sait quelque chose, il doit parler.
Il n’utilisa pas son vocabulaire pompeux qu’il savait si bien manipuler mais des mots simples, clairs pour tous. Les ouvriers l’écoutaient attentivement.
Soudain, la porte de la salle s’ouvrit sur un homme d’un certain âge, élégamment vêtu et les ouvriers commencèrent à se disperser. Ils avaient visiblement peur de lui.
- Ils n’ont rien à vous dire, sortez d’ici ! cria-t-il.
Les agents n’insistèrent pas et sortirent.
- Qui est ce type ? demanda Bobby à un ouvrier.
- C’est monsieur Iverson, le patron, répondit quelqu’un.
De retour au bureau, ils lancèrent des recherches sur cet Iverson. Le téléphone du bureau de Myles sonna.
- Leland, se présenta-t-il. Oui … faites-le monter, merci. Je crois que nous avons du nouveau, dit-il à ses collègues.
Un ouvrier qui avait entendu la harangue de Myles entra dans le bureau.
- Bonjour, je m’appelle Franck Dawson. Tommy était un type bien, c’était mon ami.
Myles le conduisit à la salle de réunion et l’homme commença à raconter son histoire :
- Tommy avait découvert au cours de son travail sur le chantier de l’hôpital que Iverson prélevait pour son propre compte d’importantes quantités de matériaux et qu’il compensait le manque en le remplaçant par des produits de mauvaise qualité. Il avait menacé de tout révéler à la police ou peut-être bien au FBI et l’autre jour, à la réception du matériel, il a eu une altercation avec Iverson et il est mort le lendemain. C’est tout ce que je sais.
- Merci, dit Dem, vous nous avez beaucoup aidés. Nous allons inviter Iverson à venir nous rejoindre en tant que témoin et nous verrons.
La porte s’ouvrit sur Lucy qui tendit un paquet à Myles :
- Ce sont les effets personnels de Tommy, dit-elle. J’ai signé pour toi.
- Merci, je vais les rapporter à sa femme.
Et il reprit la route de Richmond. Lauren le reçut dans sa petite maison, seule. Riley était chez une voisine.
- Ce sont les objets que la police a trouvés sur Tommy, expliqua-t-il.
Lentement, elle ouvrit la boîte ; elle découvrit son alliance, une photo de Riley et elle, son portefeuille, de la menue monnaie, un stylo et des lunettes. Lauren observa les lunettes ;
- Ce ne sont pas celles de Tommy, constata-t-elle. Il doit y avoir une erreur, ce ne sont pas des verres de myope. La police a dû se tromper et me donner des lunettes qui appartiennent à quelqu’un d’autre.
- Vous êtes sûre ? s’étonna Myles.
- Absolument, de plus il portait de petites lunettes, celles-là sont énormes.
Myles appela le policier chargé de l’enquête qui lui confirma que les lunettes avaient bien été découvertes dans la main de Tommy.
- Je vais éclaircir ce mystère, assura-t-il.
Et il se remit en route pour Washington. Aussitôt arrivé, il exposa le problème à ses amis.
- Nous allons nous renseigner auprès du fabricant de la monture pour commencer, dit Dem. Lucy, tu veux t’en charger.
La réponse ne se fit pas attendre.
- Le fabricant livre à douze opticiens en ville ; seulement … seulement le modèle dont je leur ai donné la référence n’est fourni qu’à trois revendeurs qui font dans les produits de luxe : Chase Optic, Clearsight et Paris. Voici les adresses !
- Bon travail, Lucy ! la félicita Jack. Myles et Sue, vous allez vérifier dans ces trois magasins ; nous, nous allons interroger Iverson. Bobby, Dem vous allez lui lancer une invitation pour commencer, on verra après.
Chez Paris, on avait bien fabriqué des lunettes de ce genre mais pour myope ; chez Clearsight, c’étaient des verres progressifs et d’autres dont la dioptrie était différente. Il ne restait plus que Chase Optic. Le directeur les reconnut aussitôt :
- Ce sont celles que nous avons fabriquées pour Monsieur Iverson, il y a un mois. Je m’en souviens bien parce que nous avons eu des difficultés à les lui ajuster, il est revenu plusieurs fois en nous menaçant de nous retirer sa clientèle. Il est astigmate.
- Bingo ! s’écria Myles en sortant du magasin. Cette fois, nous le tenons !
Sue était heureuse de le voir à nouveau lui-même. Quand ils arrivèrent au bureau, Iverson était dans la salle d’interrogatoire ; ils appelèrent Dem et Jack et la machine se mit en route.
- Où étiez-vous lundi dernier en fin d’après-midi, vers dix-sept heures, monsieur Iverson ? demanda Jack.
- Je jouais au poker avec des amis, répondit –il. Ils peuvent en témoigner.
- Je n’en doute pas, poursuivit Dem. Vous allez nous donner leurs noms et nous vérifierons.
Il lui tendit un bloc sur lequel il écrivit quatre noms.
- Merci.
Il mit le bloc sur la table et fit mine de lire :
- Je ne comprends pas ce vous avez écrit ici, fit Jack en plissant les yeux.
Iverson plissa les yeux à son tour :
- Je suis désolé, je n’ai pas mes lunettes, s’excusa-t-il.
- Celles-là vont peut-être vous aider à lire, déclara Dem en exhibant la paire de lunettes trouvée dans la main de Tommy, même si elles sont cassées ; vous savez, elles ont fait une chute de quinze étages mais elles sont toujours en meilleur état que celui qui vous les arrachés.
Iverson était très mal à l’aise, la sueur perlait à son front ; soudain, la porte s’ouvrit sur Bobby qui accompagnait Grisham :
- Oh ! Pardon ! s’exclama-t-il.
Grisham aperçut son patron et entra dans une rage folle :
- C’est lui qui m’a dit de droguer Tommy et de le faire boire. Et c’est lui qui l’a poussé par la fenêtre !!!
Bobby eut toutes les peines du monde à le calmer. S’il ne l’avait pas retenu, il aurait pulvérisé son patron, il le fusillait du regard. Iverson était liquéfié, il balbutia quelques mots mais comprit qu’il ne servirait à rien de se défendre, c’en était fait de lui et de ses magouilles ; il devait payer l’addition et elle était salée. :
- Je veux voir mon avocat, murmura-t-il.
Myles était derrière la vitre et n’avait pas perdu une miette de la scène. Il se sentit soudain plus léger ; il avait réussi, avec l’aide de toute l’équipe. Il avait tenu sa promesse ; pour une fois son obstination l’avait servi. Une jeune femme et sa petite fille pourront marcher la tête haute dans la rue ; leur époux et père était quelqu’un de bien. Il n’en avait jamais douté. Il prit son téléphone et appela Lauren pour lui annoncer la nouvelle. Désormais, elle serait à l’abri du besoin, l’assurance allait payer son dû.
Dans le bureau, c’était la joie. Ils étaient tous contents que l’affaire se termine bien.
- C’était une idée de génie de faire semblant de te tromper de porte, dit Tara à l’adresse de Bobby.
- Pas mal, n’est-ce pas ? Tu aurais dû voir la tête d’Iverson ! renchérit-il en lui tapant la main.
- Quel salaud, ce type, dit Dem, avec ce qu’on a découvert, il va falloir que des experts passent pour vérifier toutes les constructions de sa boîte. Il y aura sûrement des problèmes. J’ai appris, il y a un instant qu’on avait déjà constaté des fissures sur un des murs du bâtiment.
- On ne sait pas ce qui sera encore découvert, poursuivit Jack. Il les autres constructions et il y a aussi son agression contre Myles.
- Ca va faire un sacrée addition, dit Sue. Il va aller en prison pour un bon bout de temps…
- … et je ne lui porterai sûrement pas d’oranges, coupa une voix connue.
Myles entra accompagné d’Alexandra. Il l’avait trouvée dans le couloir en conversation animée avec Randy qui lui voulait connaître les raisons pour lesquelles elle avait dû changer trois fois dans le mois l’ampoule de sa lampe de bureau. Elle lui avait déclaré qu’il n’avait qu'à fournir du matériel de qualité et qu’il n’y aurait plus problèmes.
Il fit quelques pas et prit la parole :
- Merci à tous, dit-il, je suis très touché de l’aide que vous m’avez apportée...
- Ce n’est pas toi qu’on a aidé, coupa Bobby, c’est une femme et une gamine qui allaient se retrouver dans le pétrin.
Myles était trop heureux du dénouement pour se rebiffer :
- Alors, merci pour Lauren et pour Riley, conclut-il
- Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Bobby.
- Un karaoké, ça vous dit avant le week-end ? proposa Tara.
Un oui unanime se fit entendre et tout le monde fila en direction des ascenseurs.
Chapitre V
La semaine avait été difficile et ils se séparèrent peu avant minuit. Tara et Bobby partirent ensemble, Sue et Lévi avec Jack et Dem raccompagna Lucy. Myles et Alexandra décidèrent de passer la nuit dans la maison de banlieue.
- C’est la dernière fois que je me livre à ce genre d’exercice, vitupéra Myles. Je me suis encore ridiculisé.
- Pas du tout, mon cœur, je t’ai trouvé excellent en Jerry Lewis.
- Voilà, c’est bien ce que je disais, toi aussi tu te moques de moi, dit-il, boudeur.
- Pas du tout, répliqua-t-elle, je suis sincère quand je dis que tu étais excellent dans le rôle du comique de service.
Il la foudroya du regard. Lui, le comique de service ! Elle, elle s’en moquait, le tirage au sort l’avait avantagé, elle était tombée sur « Evergreen ». Il gara la voiture dans l’allée. Alexandra sentait qu’il était blessé dans son amour propre ; elle l’attira à elle par le col da sa veste et lui plaqua un énorme baiser sur la bouche. Il fit mine de se refuser puis céda à ses avances.
- Comment résister à ça ! s’exclama-t-il. Alors tu trouves que j’étais bien en comique ?
- Tu es un comique qui s’ignore, mon cœur. Tu as bien vu que tout le monde a apprécié ta prestation.
- Peut-être, mais toi, tu as eu un rappel.
Elle éclata de rire en sortant de la voiture. Les roses exhalaient leur parfum suave, la terre était rafraîchie par l’arrosage automatique. La nuit s’annonçait silencieuse. A cette heure tardive, les rues étaient désertes. Beaucoup d’habitants du quartier étaient sans doute partis en week-end au bord de la mer. La lune serait pleine dans quelques jours et elle illuminait le ciel, on y voyait presque comme en plein jour.
- Il ne manque plus que l’odeur du jasmin et ce sera parfait, constata Alexandra.
- Je te promets d’y penser, dit Myles.
- Tu sais, ajouta-t-elle, tant que tu y seras, ajoute aussi des pivoines et des iris, ça fait des bouquets superbes, mais pas des iris hollandais. Enfin, je te dirai lesquels quand tu seras décidé.
- Mais tu vas me massacrer mon jardin ! Ce matin, c’était la salle de bains !
- A propos, Maman m’a appelé ce matin, dit Alexandra.
- Ah bon ? Elle va bien,
- Elle va bien, merci. Elle souhaiterait que nous allions à Boston assez rapidement pour régler les détails de notre mariage. Elle a prévu un dîner avec tes parents quand ils seront rentrés d’Europe.
- Ils rentrent dans une dizaine de jours, je crois, réfléchit Myles. La dernière fois que mon père m’a appelé, ils étaient à Berlin. Ils vont passer plusieurs jours à Paris et rentreront après, si je me souviens bien.
- Alors, je lui dirai que nous sommes libres dans deux semaines, d’accord ?
- D’accord ! Quand je pense qu’on va se marier ! dit-il rêveur.
- Tu le regrettes ?
- Non, mon cœur, la rassura-t-il en lui baisant la main, mais cela me semble tellement irréel. Je n’y croirais que lorsque je verrai mon alliance à mon doigt.
- Dis-moi, quand comptes-tu l’annoncer officiellement à toute l’équipe ?
- Pourquoi ne pas organiser une petite soirée où nous officialiserons notre relation ?
- Il faudra y penser rapidement, conclut Alexandra.
Il la prit par la taille et la pinça légèrement :
- Aïe ! s’exclama-t-elle. Qu’est-ce qui te prends ?
- J’ai du mal à t’imaginer obèse, expliqua-t-il. Tu n’as pas un gramme de graisse.
- Ca n’est pas une raison pour me faire un bleu ! grogna-t-elle en lui rendant la pareille. Toi non plus d’ailleurs, tu n’en as pas !
- Aïe ! s’écria-t-il en riant.
Parfois, ils se prenaient à chahuter comme des adolescents, comme à cet âge où les autres le font habituellement. Pour eux, l’adolescence avait été différente de celle des autres, l’éducation de l’un et la morphologie de l’autre avaient forgé leur caractère. Mais maintenant la vie leur souriait et ils étaient libres de faire ce qu’ils voulaient. Ils continuèrent à marcher jusqu’à l’entrée, tendrement enlacés. Myles déverrouilla la porte et ils entrèrent sans allumer. Il ouvrit toutes les fenêtres et se laissa tomber sur le canapé. Il avait posé sa cravate sur une chaise, déboutonné le col de sa chemise et rejeté sa tête en arrière. Il ferma les yeux. Il avait besoin de souffler et l’atmosphère de cette nuit d’été y était propice. Juste quelques minutes de solitude dans l’obscurité relative de son salon. Seul un rayon de lune caressait son visage en en dessinant les reliefs et se faufilait dans ses cheveux blonds, leur donnant des reflets argentés.
Elle le laissa à ses rêveries. Elle savait qu’il éprouvait ce besoin de se retrouver, par moment, en tête à tête avec lui-même. C’étaient des instants privilégiés qu’il se réservait et ne partageait avec personne, son jardin secret. Elle le respectait, tout comme il respectait le sien, la danse. Ils n’avaient pas eu à en parler, les choses étaient claires pour l’un comme pour l’autre. Elle alla prendre une douche.
Elle avait fermé les yeux et savourait la caresse de l’eau tiède sur son corps. Ses longs cheveux défaits lui collaient dans le dos. Soudain, elle sentit un souffle, la porte de la douche s’était ouverte. Un baiser dans le cou la troubla, elle se retourna. Myles l’avait rejointe,…. tout habillé. Mais il ne le resta pas longtemps, elle arracha les boutons de sa chemise et noya son visage dans sa poitrine dégoulinante d’eau qui sentait toujours la lavande anglaise. Le reste des vêtements suivit. Il se laissa faire, il aimait sentir le contact de ses lèvres douces sur sa peau. Il la prit dans ses bras, leurs bouches se trouvèrent et ce fut comme une renaissance, un nouveau baptême, une nouvelle découverte qui se termina dans la chambre et les laissa épuisés et mouillés.
Ce samedi matin-là, Weber ne fit aucun bruit, seuls les oiseaux chantaient et le soleil jouait sur les murs clairs. Alexandra avait ouvert les yeux à l’aube naissante, les draps étaient humides à cause de ses cheveux. Elle se leva sans faire de bruit et se rendit à la salle de bains pour les brosser et elle les attacha avec une pince ; quand elle revint dans la chambre, Myles dormait toujours, étendu sur le dos, l’oreiller sur le visage. L’ombre sculptait sa poitrine, elle passa doucement son doigt sur la petite cicatrice de l’épaule. Il frémit et s’éveilla. Il aimait ces matins où elle le tirait de son sommeil en douceur et voir son visage souriant. Elle l’embrassa dans le cou, là où se trouvait ce petit grain de beauté qui l’excitait si furieusement. Les bretelles de sa nuisette glissèrent bientôt, il chercha ses lèvres et ils roulèrent sur le lit. La nuit passée ensemble ne les avait pas rassasiés. Leurs corps étaient encore avides d’étreintes. Ils étaient heureux, seuls au monde et ils avaient tout un week-end devant eux pour s’aimer.
FIN
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